Vies minuscules au Panthéon
Vies minuscules
Une trentaine d’artistes autour de vies anonymes, au Panthéon

Panthéon
L’EXPOSITION
« Vies minuscules » est une exposition du Centre Pompidou, coproduite avec le Centre des monuments nationaux et présentée au Panthéon, à Paris, du 24 septembre 2026 au 31 janvier 2027. Dans ce monument où reposent Victor Hugo et Marie Curie, une trentaine d’artistes exposent des œuvres consacrées à des anonymes : un repas de famille filmé, des visages d’enfants, des lettres restées sans destinataire.
Le titre vient d’un livre de l’écrivain Pierre Michon, paru en 1984, sur huit vies d’inconnus ; les pièces, datées de 1910 à 2026, sont installées dans la nef, parmi les statues de l’édifice.Exposition « Vies minuscules » | Teaser © Centre Pompidou x Les Monuments Nationaux
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Le point de départ : une devise et un livre
La devise du fronton, le livre de MichonLes commissaires disent être partis de la devise du Panthéon, inscrite sur son fronton : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Ils annoncent trois thèmes qui reviennent d’une œuvre à l’autre : l’infime, l’intime et l’infâme. Ils désignent ainsi ce qui échappe à l’attention de tous, puis la vie privée, où restent souvent relégués les groupes dominés et d’abord les femmes, enfin les existences condamnées ou méprisées. Le troisième terme renvoie à un texte du philosophe Michel Foucault, « La vie des hommes infâmes », publié en 1977. Mathieu Potte-Bonneville, l’un des trois commissaires, est lui aussi philosophe : il a consacré un livre à Foucault en 2004.
František Kupka, Le Mec, 1910, huile sur toile, 104 × 68 cm, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Adagp, Paris 2026, photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-Claude Planchet/Dist. GrandPalaisRmn
Le livre de Pierre Michon fait le portrait de parents éloignés et de personnes croisées en passant ; à travers eux, l’écrivain raconte sa propre vie. Il a reçu les commissaires dans sa maison de la Creuse et a accepté de prêter son titre. Il leur avait préparé le manuscrit du premier chapitre, le seul qu’il dit n’avoir pas détruit. Des copies exactes de ce petit carnet, rempli au crayon d’un seul jet et sans rature, sont exposées dans la salle qui abrite une maquette du monument. De brefs passages de Vies minuscules jalonnent la visite.
Ils annoncent trois thèmes qui reviennent d’une œuvre à l’autre : l’infime, l’intime et l’infâme.
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Lettres perdues et photos d’identité : des matériaux ordinaires
Courriers sans destinataire et portraits de cabineChaque trimestre depuis 2017, l’artiste Adrianna Wallis reçoit de La Poste un carton de lettres impossibles à distribuer, qui auraient sinon été recyclées. Ces courriers portaient une adresse erronée : dans un centre de La Poste situé à Libourne, des agents les ont ouverts pour retrouver l’expéditeur ou le destinataire, sans succès. Lettres d’amour, nouvelles de famille, confidences : Adrianna Wallis en a reçu des dizaines de milliers, et neuf de ces cartons sont exposés. Certaines de ces lettres sont lues à voix haute, par l’artiste ou par des lecteurs avec qui elle travaille, lors de performances organisées autour de l’exposition.
cartons de lettres non distribuées, reçus de La Poste par Adrianna Wallis, exposés au Panthéon
D’autres artistes partent de portraits photographiques ordinaires. Christian Boltanski a utilisé des centaines de photos d’élèves d’un collège de Dijon, dont il n’a gardé que les visages. Monument (1986) en réunit sept, arrangés comme un autel au-dessus de papiers de Noël reproduits, sous autant d’ampoules allumées. L’artiste y voyait un monument aux disparus. Il disait de ces enfants : « Même s’ils n’étaient pas morts physiquement, ils étaient morts d’une certaine manière. » Alain Baczynsky a fait l’inverse : en sortant de ses séances de psychanalyse, il entrait dans la cabine photo d’une station de métro voisine pour se photographier. Il a ainsi réalisé 244 portraits entre 1979 et 1981, en notant au dos quelques mots sur la séance. Vingt-cinq d’entre eux, réunis sous le titre Regardez, il va peut-être se passer quelque chose…, sont exposés.
Mathieu Pernot, Photomatons, 1995–1997, retirage, ensemble de 20 photomatons couleur, 4,8 × 4 cm chacun, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Adagp, Paris, 2026. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Georges Meguerditchian/Dist. GrandPalaisRmn
Focus : la cabine de la gare d’Arles
En 1995, alors étudiant à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, Mathieu Pernot rencontre les Gorgan, une famille rom dont les caravanes stationnaient entre la gare de fret et le Rhône. Tout près, à la gare, une cabine de photomaton servait aux habitants du terrain pour leurs photos d’identité : il y emmène des enfants. Les petits tirages couleur les montrent de face, de profil ou se détournant de l’objectif. Le photographe dit avoir voulu éprouver ce dispositif contraignant avec des enfants qui vivaient hors de bien des cadres sociaux ; un jour, raconte-t-il, l’un d’eux s’est accroché à la barre de la cabine pour tourner sur lui-même. C’est l’une de ses premières séries.
Commandes et sculptrices : une tente, des passerelles et deux bronzes
Deux commandes et des sculptrices à l’honneurDeux œuvres ont été commandées pour « Vies minuscules ». Dans le transept nord, l’un des quatre bras de l’édifice construit en croix, Adéla Součková a dressé une structure en forme de tente. Bois, tissu, pastel, pigments naturels, charbon de bois et cendres la composent. L’artiste a pris pour point de départ les décors peints du monument, où des personnages incarnent des valeurs politiques. Son œuvre s’intitule Monument aux paysages oubliés et aux femmes inconnues. Sara Favriau a assemblé, en châtaignier et en mousse, un enchevêtrement de passerelles miniatures consacré aux « petites mains », les exécutants du travail manuel. Le commissariat y voit une évocation de l’usine et de l’esclavage.
Le commissariat annonce une attention particulière aux sculptrices et indique que le décor sculpté du Panthéon ne porte la signature d’aucune femme artiste. Parmi les sculptrices exposées figure Germaine Richier, morte en 1959, avec deux bronzes venus d’une collection particulière, L’Orage et L’Ouragane. Elle a conçu L’Ouragane comme la compagne de L’Orage : une femme et un homme debout, de grande taille.
Le décor du Panthéon comprend le monument Aux héros morts inconnus d’Henri Bouchard : les commissaires le rapprochent de l’étude de Paul Marcel Dammann pour une médaille au soldat inconnu.
Paul Marcel Dammann, Étude pour une médaille au soldat inconnu, 1925, fusain et mine graphite sur papier collé sur carton, 20,5 × 26,5 cm, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris Domaine public. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Cecilia Laulanne/Dist. GrandPalaisRmn
POURQUOI VOIR « VIES MINUSCULES » AU PANTHÉON ?
Fermé pour travaux depuis septembre 2025, le Centre Pompidou montre une partie de ses collections dans « Vies minuscules », au milieu du décor peint et sculpté du Panthéon. Aucun sens de visite n’est imposé : trente modules clairs, un par artiste, sont répartis dans la nef, et les commissaires disent vouloir laisser chacun faire ses rapprochements. Ils en suggèrent quelques-uns, comme les jeunes cavaliers afro-américains photographiés à Philadelphie par Mohamed Bourouissa et ceux que François-Léon Sicard a sculptés pour La Convention nationale, dans le monument.
Jumana Manna, Bicep, 2015, plâtre, toile de jute, laque, pigments, métal, bandes de plastique, élément en plâtre : 52 × 110 × 91 cm, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris © Adagp, Paris, 2026. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. GrandPalaisRmn
Point de vue critique : le muscle et la fouille
Rehaussé de laque et de pigments, le plâtre a l’allure d’un fragment anatomique exhumé, grossi jusqu’à frôler la caricature. Bicep appartient à une série que Jumana Manna, artiste palestinienne, a conçue à partir des expulsions d’habitants de Silwan, à Jérusalem-Est, à l’ombre des fouilles de la Cité de David. Elle y croise la violence de l’archéologie et une virilité mise en scène : monumental en apparence, ce membre précaire met en doute le prestige des vestiges.
L’exposition se visite avec le billet d’entrée, qui donne aussi accès à la crypte où reposent Voltaire, Jean Jaurès ou Simone Veil. Le week-end, des conférenciers du Centre Pompidou en proposent des visites commentées, pour lesquelles le monument conseille des vêtements chauds en hiver. Le Panthéon annonce l’exposition tout public. Un journal d’exposition réunit vingt œuvres commentées par les commissaires et un entretien avec Pierre Michon.
Commissariat, scénographie et production
- Commissariat
- Eva Barois De Caevel (conservatrice, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou)Mathieu Potte-Bonneville (philosophe, directeur du département culture et création du Centre Pompidou)Aurélien Bernard (attaché de conservation, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou)
- Scénographie
- Julie Boidin (architecte scénographe, Centre Pompidou)
- Coproduction
- Centre PompidouCentre des monuments nationaux
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Vies minuscules » au Panthéon ?
L’exposition se tient du 24 septembre 2026 au 31 janvier 2027. D’octobre à janvier, le Panthéon ouvre tous les jours de 10h à 18h, à partir de 12h le premier lundi ouvré du mois, avec une dernière entrée à 17h15. Il ferme le 25 décembre et le 1er janvier.
Où réserver ses billets pour « Vies minuscules » au Panthéon ?
Les billets se réservent en ligne sur Tiqets : le billet au Panthéon, à 13 € en plein tarif et sans frais additionnels, comprend l’exposition, la nef et la crypte. L’entrée est par ailleurs gratuite pour tous le premier dimanche de novembre, de décembre et de janvier.
Combien de temps dure la visite de « Vies minuscules » au Panthéon ?
Aucune durée n’est annoncée pour l’exposition, dont les modules, un par artiste, se découvrent librement dans la nef. À titre de repère, l’audioguide du monument propose un parcours d’une heure. D’octobre à janvier, le dernier accès a lieu à 17h15.
Comment se rendre au Panthéon pour « Vies minuscules » ?
Le Panthéon se trouve place du Panthéon, dans le 5e arrondissement. La desserte principale est le RER B, station Luxembourg ; le métro ligne 10 (Maubert – Mutualité) et ligne 7 (Place Monge), ainsi que les bus 21 et 27 (arrêt Panthéon), complètent l’accès. La station Vélib’ n° 5032, Panthéon – Valette, est toute proche.
Le Panthéon est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Vies minuscules » ?
Oui pour la nef, où se déploie l’exposition : une rampe extérieure mène à l’entrée et un élévateur dessert ses deux niveaux. La crypte, en sous-sol, n’est accessible que par des marches, mais une borne de visite virtuelle est installée dans la nef. Les toilettes ne sont pas adaptées aux fauteuils. L’entrée est gratuite pour la personne en situation de handicap et un accompagnateur, sur justificatif.
Peut-on prendre des photos à « Vies minuscules » au Panthéon ?
Oui, pour un usage personnel et non commercial : le règlement du monument autorise les photographies, mais interdit trépieds et drones. Les photos à but professionnel sont interdites à l’intérieur, et les tournages soumis à autorisation.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Tous les jours : 10h - 18h
- Premier lundi ouvré du mois : ouverture à 12h
- Dernière entrée : 17h15
- Jeudi 8 octobre 2026 : fermeture à 14h30 (dernière entrée 13h45)
- 24 et 31 décembre : fermeture à 17h (dernière entrée 16h15)
- Fermé les 25 décembre et 1er janvier
