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Patrimoines en résistance à la Cité de l’architecture et du patrimoine

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Présentation
Architecture

Patrimoines en résistance

Quand les ruines deviennent mémoire active

Exposition Patrimoines en résistance - Cité de l’architecture et du patrimoine

Cité de l’architecture et du patrimoine

L’EXPOSITION

L’exposition « Patrimoines en résistance » à la Cité de l’architecture et du patrimoine retrace, du 20 mai 2026 au 3 janvier 2027, comment des destructions patrimoniales – de Tombouctou à Odessa – sont devenues le premier crime de guerre jugé par la Cour pénale internationale. Le parcours articule trois séquences – effacer, résister, réparer.

L’exposition part d’un tournant judiciaire : en 2012, la destruction des mausolées de Tombouctou, inscrits à l’UNESCO depuis 1988, marque ce procès historique. Cartes, maquettes, photographies, vidéos et répliques numériques signées Iconem articulent un parcours qui relie Tombouctou, Bâmiyân, Palmyre, Mossoul, Gaza et Odessa.

RÉSERVEZ VOTRE VISITE

EFFACER : DU DYNAMITAGE À LA PROPAGANDE

Un siècle de destructions patrimoniales mises en regard

À l’entrée, une carte de l’atelier de cartographie de Sciences Po aligne Tombouctou, Bâmiyân, Palmyre, Gaza et Odessa sur un même plan, et recense les procédés : dynamitage, bombardement, pillage, déplacement des populations. Le parcours bifurque ensuite vers 1914. Des photographies de monuments ruinés voisinent avec des moulages de sculpture médiévale française, exécutés avant la guerre sur des édifices disparus. Des panneaux reprennent les formulations d’époque : « sculpture détruite par les barbares, IIIᵉ-Vᵉ siècle », « sculpture mutilée par les Allemands ». Plus loin, L’Illustration et des cartes postales documentent les destructions de Louvain, les 25 et 26 août 1914, puis de Reims, le 19 septembre suivant, avec les dessins de Georges Scott et François Flameng. En vis-à-vis, l’Appel au monde civilisé du 4 octobre 1914, signé par 93 membres de l’intelligentsia allemande, fait face aux numéros spéciaux de L’Art et les artistes et des Arts, où Camille Mauclair proclame L’Art assassiné et Camille Enlart cloue les « Vandales au pilori ».

Pascal Convert et Iconem - Falaise et superposition d’archive de la statue du grand Bouddha

Pascal Convert avec Iconem, Falaise et superposition d’archive de la statue du grand Bouddha (Dipankara), Bâmiyân, Afghanistan, 2016, relevé numérique 3D © Iconem / Pascal Convert

La scénographie n’est pas inédite. En mai 1915, Enlart, directeur du musée de Sculpture comparée ouvert en 1882 par Viollet-le-Duc, y confrontait déjà les mêmes moulages à des photographies de ruines. Un siècle plus tard, le dispositif rejoue dans les murs mêmes où il fut inventé. La séquence se referme sur le moulage de l’Ange au Sourire : la tête, décapitée par une poutre en flammes le 19 septembre 1914, fut ramassée dès le lendemain par l’abbé Jules Thinot. Le commissariat associe Élisabeth Essaïan, architecte à Paris-Belleville, Mathilde Leloup, politiste à Paris 8, et Yves Ubelmann, spécialiste du relevé 3D.

Sculpture détruite par les barbares, sculpture mutilée par les Allemands : un siècle plus tard, le dispositif rejoue dans les murs mêmes où il fut inventé.

RÉSISTER : PROTÉGER, DOCUMENTER, TRANSMETTRE

Numérisation, inventaires et gestes ordinaires de sauvegarde

Dans la salle suivante, les écrans d’Iconem tournent. La vieille ville de Mossoul, numérisée en Irak en 2018, se recompose pierre à pierre ; à côté défilent Palmyre, Bâmiyân, Tombouctou. Autour, des maquettes basses reconstituent des abris provisoires, des caisses de mise à l’abri, des inventaires manuscrits. Des vidéos suivent des collectifs de citoyens et d’architectes qui mesurent, photographient, emballent. La protection du patrimoine, longtemps confiée à l’UNESCO, à l’ALIPH ou à la Fondation Aga Khan, s’appuie désormais sur des ONG, des associations et des relais locaux. La Cité de l’architecture et du patrimoine montre ces gestes ordinaires dans leur matérialité. Une vitrine rassemble carnets de terrain, fiches d’inventaire, disques durs.

2023

Le centre historique d’Odessa est inscrit en urgence sur la Liste du patrimoine mondial – et sur celle du patrimoine en péril – le 25 janvier.

L’exemple ukrainien est montré en parallèle de la Syrie : le centre historique d’Odessa, inscrit en urgence par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine mondial en péril le 25 janvier 2023, dialogue avec Palmyre, filmée en 2016 après le retrait de l’État islamique. Deux guerres, deux décennies, une même mécanique documentaire. Une autre vitrine présente des œuvres contemporaines en dialogue avec ces gestes documentaires. Sur le terrain des conflits, chaque geste du quotidien protège autant les corps que la mémoire des habitants. Un billet à la Cité de l’architecture et du patrimoine donne accès à l’ensemble des collections permanentes.

Guerchom Ndebo - Parc national des Virunga, RDC, décembre 2020

Guerchom Ndebo, Parc national des Virunga, RDC, décembre 2020. Des hommes transportent du charbon au marché routier de Kulupango, à la lisière du parc national des Virunga, juste au nord de la ville de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo. © Guerchom Ndebo pour la Fondation Carmignac

Focus sur l’œuvre

Sur l’image, des hommes traversent un marché rural en portant sur l’épaule de gros sacs noirs lourdement chargés ; au second plan, on devine d’autres porteurs et l’ombre d’arbres tropicaux. La scène, captée en décembre 2020 par Guerchom Ndebo, photographe basé à Goma, se déroule à Kulupango, à la lisière du parc national des Virunga – le plus ancien parc national d’Afrique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce marché, principal fournisseur de Goma, voit transiter un charbon dont plus de la moitié provient, selon le WWF, de l’exploitation illégale du parc. Réalisée dans le cadre du projet collaboratif Congo in Conversation dirigé par Finbarr O’Reilly, lauréat du 11ᵉ Prix Carmignac du photojournalisme, la photographie élargit la notion de patrimoine bien au-delà du bâti : à la Cité de l’architecture et du patrimoine, elle illustre une forme contemporaine d’effacement – l’écocide – qui frappe le patrimoine naturel et les communautés qui en dépendent.

RÉPARER : AU-DELÀ DE LA RECONSTRUCTION

Chantiers-écoles, mémoire des victimes et restitution numérique

La dernière séquence de « Patrimoines en résistance » rassemble fragments, relevés et échantillons qui témoignent des chantiers en cours sur différents terrains. Des vidéos documentent des chantiers-écoles conduits avec les populations locales, où de futurs concepteurs apprennent à remonter un mur, à relever une voûte. Au XXIᵉ siècle, le vocabulaire a changé : à côté de la reconstruction, on parle désormais de réparation post-conflit – une approche globale qui intervient souvent avant la fin des combats. Les documents rassemblés ne concernent pas seulement le bâti : ils portent aussi sur l’environnement naturel, sur les corps et les esprits, et notamment sur les femmes ayant subi des violences sexuelles. Plus loin, des maquettes à échelle 1 présentent des dispositifs de mémoire : stèles basses, parcours au sol, plantations. L’objectif, énoncé en toutes lettres, est de reconstruire une société et de restaurer les conditions spatiales et temporelles d’une vie commune.

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Dans la dernière salle, la numérisation de Mossoul dialogue avec des photographies de reconstruction à Tombouctou. Un chiffre flotte au-dessus de ces images : le 27 septembre 2016, la CPI condamnait à neuf ans de prison Ahmad al-Faqi al-Mahdi, premier accusé à y être jugé pour destruction de patrimoine. Le 17 août 2017, une ordonnance lui imposait 2,7 millions d’euros de réparations aux victimes. Le parcours s’achève là, à la Cité de l’architecture et du patrimoine : à l’endroit exact où une peine se transforme en geste de transmission.

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Le 27 septembre 2016, la Cour pénale internationale condamnait Ahmad al-Faqi al-Mahdi à neuf ans de prison – première condamnation au monde pour destruction de patrimoine.

Iconem UNESCO - Numérisation de la vieille ville de Mossoul, Irak, 2018

Iconem avec l’UNESCO, Numérisation de la vieille ville de Mossoul, Irak, 2018, réplique numérique 3D © Iconem, UNESCO

POURQUOI ALLER VOIR L’EXPO "PATRIMOINES EN RÉSISTANCE" ?

Parce que l’exposition montre comment une guerre transforme un monument en cible et un simple relevé en acte de défense. Elle rappelle que le centre historique d’Odessa rejoint, depuis le 25 janvier 2023, la Liste du patrimoine mondial et, simultanément, celle du patrimoine mondial en péril – où Tombouctou, inscrite dès 1988, figure de nouveau depuis 2012.

Iconem UNESCO - Vue intérieure de la Cathédrale d’Odessa après sa restauration, Ukraine, 2026

Iconem avec l’UNESCO, Vue intérieure de la Cathédrale d’Odessa après sa restauration, Ukraine, 2026, réplique numérique 3D © Unesco/Iconem

Point de vue critique

La scénographie met face à face les moulages de 1915 et les écrans d’Iconem, les cartes de Sciences Po et les carnets de terrain. La mise en regard fonctionne : le visiteur passe d’un moulage de l’Ange au Sourire à une cathédrale ukrainienne restituée en photogrammétrie sans rupture de logique.

Le parcours est placé sous le patronage de la Commission nationale française pour l’UNESCO, en partenariat avec GrandPalaisRmn. Un billet à la Cité de l’architecture et du patrimoine ouvre aussi l’accès aux collections permanentes du musée. La visite se termine sur la gargouille de Reims, plomb fondu encore accroché à la pierre. L’exposition est susceptible de heurter la sensibilité du jeune public et des personnes sensibles.

Camille, Rédactrice culture

L’avis de Camille

Rédactrice culture

Rarement une exposition aura fait dialoguer aussi frontalement 1915 et 2026. On entre par les moulages du Trocadéro, on ressort par les écrans 3D d’Iconem, et entre les deux se joue la même scène : montrer ce qui a été détruit pour en empêcher l’oubli. Ni démonstration, ni reportage larmoyant. Une mécanique précise, tenue par deux commissaires rigoureuses, qui fait du patrimoine un geste politique plutôt qu’une relique.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Quand a lieu l’exposition « Patrimoines en résistance » à la Cité de l’architecture et du patrimoine ?

L’exposition « Patrimoines en résistance » se tient du 20 mai 2026 au 3 janvier 2027. La Cité de l’architecture et du patrimoine est ouverte tous les jours sauf le mardi, de 11h - 19h, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 21h.

Où réserver ses billets pour « Patrimoines en résistance » à la Cité de l’architecture et du patrimoine ?

Les billets coupe-file pour « Patrimoines en résistance » sont disponibles sur Tiqets, au tarif adulte de 13 €. Le billet donne aussi accès aux collections permanentes du musée. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, sans billet à présenter ; un tarif réduit est proposé sur place pour les étudiants de l’Union européenne de moins de 26 ans.

Combien de temps prévoir pour visiter « Patrimoines en résistance » à la Cité de l’architecture et du patrimoine ?

Le parcours articule trois séquences – effacer, résister, réparer – à travers cartes, maquettes, photographies, vidéos et répliques numériques signées Iconem. Le billet donne aussi accès aux collections permanentes (galerie des moulages, peintures murales et architecture moderne) sur 22 000 m². La dernière entrée s’effectue 40 minutes avant la fermeture, soit 18h20 (ou 20h20 le jeudi en nocturne).

Comment se rendre à la Cité de l’architecture et du patrimoine pour « Patrimoines en résistance » ?

La Cité de l’architecture et du patrimoine se situe au 1 place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris, dans l’aile Paris du palais de Chaillot, face à la tour Eiffel. Métro : Trocadéro (lignes 6 et 9) ou Iéna (ligne 9). Bus : lignes 22, 30, 32, 63 (arrêt Trocadéro) et 82 (arrêt Iéna). Vélib’ : station n°16014. Le Batobus dessert également l’arrêt Tour Eiffel à proximité.

L’exposition « Patrimoines en résistance » est-elle accessible à tous les publics ?

L’exposition « Patrimoines en résistance » aborde des destructions de guerre – Tombouctou, Bâmiyân, Palmyre, Mossoul, Gaza, Odessa – et évoque, dans la séquence « Réparer », les violences sexuelles subies par les femmes en zone de conflit. Elle est susceptible de heurter la sensibilité du jeune public et des personnes sensibles.

INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu
Cité de l’architecture et du patrimoine 1 place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris
Horaires
  • Ouvert tous les jours de 11h - 19h, sauf le mardi
  • Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
  • Dernière entrée 40 minutes avant la fermeture
  • Fermé les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre
  • Fermeture à 17h les 24 et 31 décembre
Tarifs
Tiqets
Adulte (+ de 18 ans) : 13 €
Tarif réduit (étudiants UE 18-25 ans) : sur place
Moins de 18 ans : gratuit, sans billet
Informations
Billet coupe-file via Tiqets
Accès aux collections permanentes inclus (galerie des moulages, peintures murales, architecture moderne et contemporaine)
Consignes gratuites disponibles à l’entrée Trocadéro
Conditions
Dernière entrée 40 minutes avant la fermeture
Valises et sacs de grande contenance interdits dans l’enceinte (plan vigipirate)
Exposition susceptible de heurter la sensibilité du jeune public et des personnes sensibles
Accès
🚇 Métro
Lignes 6 et 9 – station « Trocadéro »
Ligne 9 – station « Iéna »
🚌 Bus
Lignes 22, 30, 32, 63 – arrêt « Trocadéro »
Ligne 82 – arrêt « Iéna »
🚲 Vélib’
Station n°16014 – parkings à vélos avenue Paul Doumer, avenue Georges Mandel et avenue Kléber
⛴️ Batobus
Arrêt « Tour Eiffel » – port de la Bourdonnais, à quelques minutes de marche

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