Matisse au Grand Palais
Matisse. 1941–1954
Quand Matisse réinventait l'art à coups de ciseaux

Grand Palais
L'EXPOSITION
L'exposition « Matisse. 1941–1954 » investit le Grand Palais du 24 mars au 26 juillet 2026. Coproduite par le Centre Pompidou et la GrandPalaisRmn, avec la participation du musée Matisse de Nice, elle rassemble plus de 300 œuvres – peintures, dessins, gouaches découpées, livres illustrés, textiles et vitraux – provenant de collections prestigieuses : Centre Pompidou, MoMA, Metropolitan Museum, Fondation Barnes, Fondation Beyeler et nombreuses collections particulières.
D'une ampleur sans précédent en France, cette rétrospective éclaire les treize dernières années de création d'Henri Matisse, période souvent qualifiée de « seconde vie ». Le commissariat est assuré par Claudine Grammont, cheffe de service du cabinet d'art graphique au Musée national d'art moderne. La gouache découpée s'y impose comme un langage plastique souverain, tandis que les autres médiums déploient une pratique pluridisciplinaire d'une richesse inédite.Exposition « Matisse. 1941–1954 » | Teaser © GrandPalaisRmn / Centre Pompidou
UNE « SECONDE VIE » : DE L'ÉPREUVE À LA RÉINVENTION
Comment l'artiste, surnommé « le ressuscité » à l'hôpital de Lyon, transforme la maladie en élan créateurEn janvier 1941, Henri Matisse subit à Lyon une grave intervention chirurgicale pour un cancer duodénal. Hospitalisé trois mois, contraint de porter un corset de fer qui limite la station debout, il est surnommé « le ressuscité » par le personnel médical. Loin de marquer un déclin, cette épreuve ouvre une phase d'une fécondité extraordinaire. L'artiste, alors âgé de 71 ans, confie avoir le sentiment de bénéficier d'un sursis, d'une existence neuve dans laquelle il s'autorise toutes les audaces plastiques.
Henri Matisse, Nu bleu II, 1952, papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 103,8 × 86 cm, Centre Pompidou, Paris © Succession H. Matisse
Dès juin 1941 – six mois à peine après l'opération –, Matisse reprend le travail depuis sa chambre-atelier de l'hôtel Régina à Cimiez, surplombant Nice. Physiquement diminué, il dessine au crayon et au fusain, puis se concentre sur des séries de dessins au pinceau et à l'encre qui témoignent d'une gestuelle d'une fluidité remarquable. La peinture ne disparaît pas : elle se déploie avec davantage d'espace et de saturation chromatique, comme en attestent les Intérieurs de Vence réalisés entre 1946 et 1948, où les objets du quotidien deviennent prétextes à de vibrantes explosions de lumière.
La gouache découpée permet à Matisse de découper « à vif » dans la couleur, de fusionner lumière naturelle et lumière intérieure.
C'est toutefois la gouache découpée qui incarne le mieux ce renouveau. Assisté de Lydia Delectorskaya, sa secrétaire, modèle et confidente depuis 1933, Matisse taille directement aux ciseaux dans des feuilles préparées à la gouache par ses collaborateurs. Ce procédé lui permet de fusionner dessin et couleur en un geste unique, supprimant l'écart entre le tracé du contour et le remplissage de la surface. Le Grand Palais offre l'occasion de mesurer la portée de cette invention radicale, qui a irrigué l'art de la seconde moitié du XXe siècle.
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LES GRANDS ENSEMBLES : DE JAZZ AUX NUS BLEUS
Un parcours qui réunit des séries rarement rassemblées, du livre d'artiste aux panneaux monumentauxLe parcours de l'exposition « Matisse. 1941–1954 » s'organise autour des ensembles majeurs qui jalonnent cette ultime période. Les Intérieurs de Vence, peints entre 1946 et 1948 dans la villa « Le Rêve », constituent une suite magistrale de onze toiles, rarement réunies. La couleur y dépasse les limites du cadre pour envahir l'espace pictural tout entier, transformant chaque scène domestique en une célébration sensorielle de la lumière méditerranéenne.
œuvres réunies dans cette rétrospective inédite en France, issues de collections internationales majeures
L'album Jazz, présenté ici avec ses vingt maquettes originales conservées par le Centre Pompidou, occupe une place centrale. Conçu dès 1943 à la suggestion de l'éditeur Tériade, ce livre d'artiste marque le basculement définitif vers la gouache découpée. Matisse y puise dans ses souvenirs de cirque, de contes populaires et de son voyage à Tahiti en 1930. Les planches ont été reproduites par la technique rare du pochoir, confiée au coloriste Edmond Vairel, en utilisant les mêmes gouaches Linel que celles des maquettes – un choix technique qui préserve l'intensité chromatique des originaux. Entre chaque planche, des pages d'écriture tracées au roseau et à l'encre de Chine apportent un contrepoint méditatif. Initialement intitulé Cirque, l'ouvrage est rebaptisé Jazz par Tériade, un titre que Matisse adopte avec enthousiasme pour son écho à l'improvisation musicale.
Henri Matisse, La Tristesse du roi, 1952, papiers gouachés, découpés, marouflés sur toile, 292 × 386 cm, Centre Pompidou, Paris © Succession H. Matisse
Focus sur l'œuvre
Réalisée en 1952 dans la chambre-atelier de l'hôtel Régina, La Tristesse du roi est l'ultime autoportrait de Matisse. Mesurant 292 × 386 cm, cette composition monumentale en gouache découpée place au centre une grande forme noire évoquant la silhouette de l'artiste assis dans son fauteuil, entouré des plaisirs qui ont nourri sa vie entière. La référence au David jouant de la harpe devant Saül de Rembrandt est explicite : comme le jeune héros biblique tentait d'apaiser la mélancolie du roi par la musique, Matisse convoque ici ses propres consolations – la danse, incarnée par une figure féminine ondulante, l'Orient, symbolisé par une odalisque verte, et la musique, suggérée par des pétales jaunes qui s'envolent comme des notes joyeuses. Cette œuvre condense l'ensemble des thèmes matissiens en un adieu lumineux qui préfère la gratitude à la nostalgie.
Le parcours dévoile également les séries Thèmes et Variations, publiées avec une préface du poète et résistant Louis Aragon, ainsi que les principaux éléments du programme décoratif de la chapelle du Rosaire à Vence – panneaux de céramique, vitraux conçus autour du motif de l'Arbre de Vie, chasubles liturgiques – que Matisse considérait comme l'aboutissement de toute sa recherche. En point d'orgue, les panneaux monumentaux La Gerbe, Les Acanthes, L'Escargot et Mémoire d'Océanie déploient une présence végétale et organique à grande échelle. Exceptionnellement réunies, les grandes figures en gouache découpée – Zulma, Danseuse créole et la série complète des quatre Nus bleus – culminent dans une simplicité monumentale où la couleur seule porte l'émotion.
L'ATELIER DU RÉGINA RECRÉÉ : UNE SCÉNOGRAPHIE IMMERSIVE
Julie Boidin restitue le « jardin » de Matisse, où l'espace de création et l'œuvre ne faisaient qu'unLa scénographie de Julie Boidin restitue l'atmosphère singulière du dernier grand atelier de Matisse, installé dans les vastes pièces de l'ancien hôtel Régina à Cimiez. Dans cet espace aux dimensions exceptionnelles, les gouaches découpées n'étaient pas simplement accrochées : elles recouvraient les murs, se déplaçaient d'un panneau à l'autre au gré des recherches en cours, constituant une sorte de jardin vertical en perpétuelle métamorphose. L'accrochage du Grand Palais tente de retrouver cette logique d'in situ évolutif.
Au fil des galeries 3 et 4, l'espace s'amplifie progressivement, reproduisant l'expérience d'une traversée de l'univers du peintre. Peintures, dessins, gouaches découpées, textiles et vitraux dialoguent entre eux et avec l'architecture, évoquant la symbiose que Matisse entretenait entre son lieu de vie et sa création. Les photographies d'époque montrent un artiste travaillant depuis son lit, armé de longs ciseaux et d'une perche terminée par un fusain, orchestrant la disposition de ses découpages sur les murs environnants.
Comptez environ 1h30 à 2h pour parcourir l'ensemble de l'exposition, répartie dans les galeries 3 et 4 du Grand Palais.
Cette approche scénographique dépasse la simple présentation chronologique. Elle invite à percevoir la méthode de travail de Matisse comme un processus vivant, où chaque élément – une feuille découpée, un dessin au pinceau, un projet de chasuble – participait d'une vision globale. Les couleurs saturées et la lumière des œuvres répondent à l'aménagement des cimaises, renforçant la sensation d'un atelier habité par une énergie créatrice intacte jusqu'au bout.
Henri Matisse, Jazz, 1947, livre d'artiste – 20 planches au pochoir d'après des gouaches découpées, texte manuscrit à l'encre de Chine, 42,2 × 32,6 cm, édité par Tériade pour les Éditions Verve © Succession H. Matisse – Exposition « Matisse. 1941–1954 » © Grand Palais
LE CORPS DANSANT : QUAND LE CISEAU CAPTE LE MOUVEMENT
Des figures découpées qui abolissent la frontière entre dessin et couleur pour saisir l'élan vitalAu cœur de l'œuvre tardive de Matisse, la figure humaine en mouvement occupe une place essentielle. La gouache découpée se révèle un instrument idéal pour saisir le geste dansé avec une économie de moyens radicale. L'artiste ne trace plus de contour qu'il remplit ensuite : d'un coup de ciseaux, il taille directement dans la feuille gouachée pour en extraire une silhouette où la ligne et la couleur ne font plus qu'un. Le corps dansant devient véhicule d'une énergie pure, affranchie des conventions académiques.
La Danseuse créole, réalisée en juin 1950, condense cette recherche. Haute de plus de deux mètres, cette figure monumentale puise dans les souvenirs du voyage à Tahiti effectué vingt ans plus tôt – un périple dont les impressions continuaient d'irriguer l'imagination de Matisse. La couleur s'y affranchit du contour pour devenir elle-même rythme et mouvement, prolongeant les explorations inaugurées dans Jazz. La silhouette vibre d'une vitalité organique qui transforme la surface murale en espace chorégraphique.
Henri Matisse, Danseuse créole, juin 1950, papiers gouachés découpés, 205 × 120 cm, musée Matisse, Nice. Don d'Henri Matisse, 1953 © GrandPalaisRmn / Gérard Blot
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO "MATISSE. 1941–1954" ?
Parce qu'une telle concentration d'œuvres tardives de Matisse n'avait jamais été tentée en France à cette échelle. Parce que des pièces dispersées entre New York, Bâle, Los Angeles et Paris se trouvent enfin réunies dans un même parcours. Parce que la dernière rétrospective Matisse au Grand Palais remonte à 1970. Et parce que la gouache découpée, loin d'être un art mineur de vieillard convalescent, constitue l'une des inventions plastiques les plus influentes du XXe siècle, dont l'impact sur la jeune génération des années 1950 – européenne comme américaine – a été déterminant.
Henri Matisse, La Gerbe, 1953, gouache sur papier, découpée et collée sur papier, marouflée sur toile, 294 × 350 cm, Hammer Museum, Los Angeles © Succession H. Matisse – Exposition « Matisse. 1941–1954 » © Grand Palais
Point de vue critique
L'exposition pulvérise le cliché d'un Matisse diminué sur le tard. Au contraire, chaque salle témoigne d'une accélération créative stupéfiante. La scénographie de Julie Boidin rend palpable la méthode de l'artiste : on comprend physiquement comment les découpages colonisaient les murs de l'atelier, comment la chapelle de Vence procédait du même élan que Jazz, comment peinture et papiers découpés se nourrissaient mutuellement. Le rassemblement des quatre Nus bleus et de La Tristesse du roi produit un effet saisissant, rarement éprouvé devant des gouaches découpées. Le visiteur repart avec la conviction que cette ultime période n'est pas un crépuscule, mais bien un zénith.
L'exposition révèle aussi la dimension profondément pluridisciplinaire de ces années. Matisse ne se contente pas de découper : il peint, dessine au pinceau et à l'encre, illustre des recueils poétiques – de Mallarmé à Charles d'Orléans –, conçoit des projets de tapisserie, de textile et de vitrail. Chaque support obéit à la même quête d'un art qui atteindrait l'universel par la simplicité du geste. La scénographie met en lumière ces correspondances, faisant dialoguer les médiums salle après salle dans une progression qui amplifie l'émotion.
Réservez votre billet au Grand Palais pour traverser ces treize années de grâce, où un artiste octogénaire, confiné dans sa chambre-atelier, inventait un langage plastique capable de transformer un simple mur en jardin luxuriant.
✨L'avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Matisse. 1941–1954 » au Grand Palais ?
L'exposition se tient du 24 mars au 26 juillet 2026. Le Grand Palais est ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 19h30, avec une nocturne le vendredi jusqu'à 22h. Fermé le lundi.
Où réserver ses billets pour « Matisse. 1941–1954 » au Grand Palais ?
Les billets sont disponibles en ligne sur Fnac Spectacles à partir de 20,50 €. L'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les demandeurs d'emploi et les titulaires du Pass GrandPalais. La réservation en ligne est recommandée pour garantir votre créneau de visite.
Combien de temps dure la visite de « Matisse. 1941–1954 » au Grand Palais ?
Comptez environ 1h30 à 2h pour parcourir l'ensemble de l'exposition, qui rassemble plus de 300 œuvres réparties dans les galeries 3 et 4 du Grand Palais. Des visites guidées d'une durée d'1h sont également proposées.
Comment se rendre au Grand Palais pour « Matisse. 1941–1954 » ?
Le Grand Palais se situe au 3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris. Métro : Champs-Élysées – Clemenceau (lignes 1, 13) ou Franklin D. Roosevelt (lignes 1, 9). RER C : Invalides. Bus : lignes 28, 42, 52, 63, 72, 73, 80, 83 et 93. Vélib' : stations n°8029 (avenue Franklin D. Roosevelt) et n°8001 (avenue Dutuit). Parkings à proximité : place de la Concorde, Rond-point des Champs-Élysées, Parc François-Ier, Alma Georges-V.
Y a-t-il des nocturnes pour « Matisse. 1941–1954 » au Grand Palais ?
Oui, une nocturne a lieu chaque vendredi jusqu'à 22h. C'est un moment privilégié pour visiter l'exposition dans une ambiance plus calme. Pensez à réserver votre billet en ligne pour un créneau en soirée.
Le Grand Palais est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Matisse. 1941–1954 » ?
Oui, l'exposition est accessible aux personnes à mobilité réduite. L'entrée est gratuite pour les visiteurs en situation de handicap ainsi que pour un accompagnateur. Renseignez-vous sur les conditions d'accueil sur le site officiel du Grand Palais.
Peut-on prendre des photos à « Matisse. 1941–1954 » au Grand Palais ?
Oui, les photographies sans flash sont autorisées dans l'exposition. Profitez-en pour immortaliser votre visite et partager vos découvertes.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Mardi – dimanche : 10h - 19h30
- Nocturne le vendredi jusqu'à 22h
- Fermé le lundi
