Tenter l’art pour soigner à l’Institut du Monde Arabe
Tenter l'art pour soigner
À l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville dans les années 1960
Institut du monde arabe

L'EXPOSITION
En 2021, le musée de l'Institut du monde arabe reçoit une donation exceptionnelle : archives, céramiques peintes et nombreuses planches dessinées à la gouache, réalisées à la fin des années 1960 lors d'ateliers de socialthérapie à l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. Cette institution algérienne, marquée par la figure emblématique de Frantz Fanon, voit sa collection mise en lumière pour la première fois. L'exposition « Tenter l'art pour soigner » à l'Institut du monde arabe révèle comment l'art-thérapie a transformé un établissement psychiatrique en espace de création et de guérison.
Oui, l'art peut nous guérir | © France Culture
L'HÉRITAGE DE FRANTZ FANON
Au cœur de l'exposition « Tenter l'art pour soigner » à l'Institut du monde arabe, le parcours s'ouvre sur les fondations d'une institution marquante : l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, fondé en 1933 au sud d'Alger. Cet établissement, jadis marqué par les rigidités de la psychiatrie coloniale, connaît une révolution profonde à partir de 1953. Frantz Fanon (1925–1961), figure emblématique de l'anticolonialisme et médecin-chef jusqu'en 1956, y instaure une approche novatrice.
Moussaoui S., Sans titre, 12 octobre 1968, gouache sur papier contrecollé sur carton, 50,5 × 65,2 cm © Musée de l'IMA / Alberto Ricci
Inspiré par une sensibilité culturelle et humaine, Fanon rompt avec les méthodes imposées, favorisant des pratiques qui respectent l'identité des patients algériens. Il crée des activités manuelles, de la musicothérapie et encourage la pratique sportive, afin de favoriser l'expression des patients en vue de leur possible guérison et de leur réinsertion dans la société. Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, l'hôpital, rebaptisé en hommage à Fanon, poursuit cette voie humaniste. Les successeurs du psychiatre martiniquais approfondissent la thérapie sociale, transformant les murs de l'institution en un lieu de reconstruction collective.
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LES ATELIERS DE SOCIALTHÉRAPIE
Poursuivant l'exploration de l'exposition « Tenter l'art pour soigner », le parcours s'engage dans les ateliers de dessin qui ont fleuri à Blida-Joinville à la fin des années 1960. Ces espaces deviennent des laboratoires de l'âme où les patients saisissent le crayon pour exprimer l'inexprimable. La gouache sur papier, technique accessible et immédiate, se révèle comme un médium idéal pour capter les flux intérieurs : couleurs vives pour les joies fugaces, traits hésitants pour les tourments enfouis.
Les pensionnaires, souvent anonymes dans leur souffrance, signent parfois leurs créations d'initiales ou de noms discrets, affirmant ainsi leur existence au monde. Ces ateliers ne visent pas la perfection esthétique, mais la libération : un trait qui danse sur la feuille devient un pas vers la réinsertion. Des céramiques peintes, issues de la même donation, complètent ce tableau, leurs formes arrondies contrastant avec la planéité des gouaches.
B.M.T., Une fleure (sic), 6 novembre 1967, gouache sur papier, 65 × 50 cm © Musée de l'IMA / Alberto Ricci
Focus sur l'œuvre
Cette gouache de B.M.T. offre une fleur stylisée aux couleurs éclatantes, où la faute d'orthographe – « fleure » au lieu de « fleur » – trahit l'authenticité du geste enfantin face à la détresse adulte. Ce détail orthographique révèle la spontanéité de l'expression des patients dans ces ateliers thérapeutiques, loin de toute prétention académique. L'œuvre témoigne de la dimension humaine profonde qui habitait ces séances de création collective.
ŒUVRES MAJEURES
Au sommet de l'exposition « Tenter l'art pour soigner » à l'Institut du monde arabe, les œuvres majeures captivent par leur spontanéité brute. Ces gouaches, réalisées entre 1967 et 1968, déploient une palette audacieuse : bleus profonds pour l'infini intérieur, rouges ardents pour la passion contenue, verts luxuriants pour un espoir naissant. Les patients, dans leur diversité – hommes et femmes, âges variés –, trouvent dans le dessin un langage universel qui transcende les barrières linguistiques et culturelles.
La scénographie sublime ces trésors : des cimaises inclinées invitent à une proximité respectueuse, et un éclairage directionnel fait saillir les textures granuleuses de la gouache. Le parcours guide le visiteur en un crescendo subtil, des archives aux toiles, pour une immersion totale dans l'univers des créateurs. Ces œuvres, loin d'être des curiosités médicales, s'imposent comme des peintures à part entière, riches en symboles personnels.
R. H., Sans titre, 10 janvier 1968, gouache sur papier, 64,8 × 50 cm © Musée de l'IMA / Alberto Ricci
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO « TENTER L'ART POUR SOIGNER » ?
Cette exposition transcende le cadre muséal pour devenir une méditation vivante sur le pouvoir curatif de l'art. Elle révèle des voix oubliées, celles des patients de Blida-Joinville, dont les gouaches et céramiques portent l'empreinte d'une résilience profonde. À travers le prisme de Frantz Fanon et de la thérapie sociale, elle éclaire un chapitre méconnu de l'histoire algérienne, où la création artistique forge des ponts entre passé colonial et aspirations futures.
Ibrahim M. (signature en arabe), Sans titre, 28 décembre 1967, gouache sur papier, 50 × 65 cm © Musée de l'IMA / Alberto Ricci
Point de vue critique
Le parcours, fluide et immersif, invite à une rencontre intime avec des œuvres qui vibrent d'humanité brute, loin des conventions esthétiques imposées. Pour les curieux de culture arabe, d'histoire ou d'art-thérapie, c'est une opportunité rare de dialoguer avec des créations authentiques, imprégnées de couleurs et d'émotions pures. Cette immersion promet une expérience qui marque l'esprit et nourrit l'âme, reliant le visiteur à une tradition de soin par l'art aussi intemporelle qu'essentielle.
Réservez votre billet à l'Institut du monde arabe pour découvrir cette exposition exceptionnelle. Visiter « Tenter l'art pour soigner » offre une pause contemplative dans un monde pressé, où chaque trait de gouache suscite une empathie immédiate. Elle sensibilise aux enjeux actuels de la santé mentale, montrant comment l'expression libre peut guérir les fractures sociales.
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INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Fermé le lundi
- Du mardi au vendredi : 10h - 18h
- Samedi, dimanche et jours fériés : 10h - 19h
- Fermeture des caisses 45 minutes avant
- Fermé le 1er mai
