Magdalena Abakanowicz au Musée Bourdelle
L'EXPOSITION
Le musée Bourdelle présente la première grande exposition dédiée à Magdalena Abakanowicz en France. Figure majeure de la scène polonaise du XXe siècle, cette artiste pionnière (1930–2017) a traversé la guerre, la censure et les privations du régime communiste pour livrer des sculptures et des œuvres textiles d'une puissance rare. Inspirée par le monde organique, la sérialité et la monumentalité, sa création résonne avec les problématiques contemporaines – environnementales, humanistes et féministes. À travers 70 ensembles répartis sur 600 m², l'exposition « Magdalena Abakanowicz, La trame de l'existence » au Musée Bourdelle redonne à cette artiste radicale sa place parmi les grands sculpteurs du siècle dernier.
Entrez dans la forêt de sculptures tissées de Magdalena Abakanowicz © Tate
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LES ABAKANS, RÉVOLUTION TEXTILE DES ANNÉES 1960
À partir du milieu des années 1960, Magdalena Abakanowicz adopte une approche minimaliste et expérimente les possibilités sculpturales du tissage. Elle impose la singularité radicale de pièces monumentales bientôt baptisées « Abakans », un titre dérivé de son propre nom. En 1969, la quatrième Biennale internationale de la tapisserie de Lausanne marque un tournant décisif : affranchi du support de la cimaise, l'Abakan rouge de quatre mètres de diamètre se déploie sous toutes ses coutures.
Magdalena Abakanowicz, Abakan rouge, 1969, sisal et métal, 405 × 382 × 400 cm © Tate, Don anonyme, 2009. Photo : © Magdalena Abakanowicz
Conçus, tissés, assemblés et cousus en collaboration avec une assistante dans l'exiguïté de l'atelier varsovien, les Abakans ne se déploient véritablement que dans l'espace des salles d'exposition. Parfois teints en couleurs vives, ils offrent plus souvent une gamme chromatique de noirs et de bruns. Leur monumentalité expansive abolit la notion de centre et de périphérie, de dehors et de dedans. Ces architectures textiles suspendues au plafond défient la gravité et évoquent la chair en mouvement, tissées malgré les pénuries à l'aide de cordes et tissus de récupération.
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LES FOULES, RÉFLEXION SUR L'IDENTITÉ COLLECTIVE
Dans les années 1970, la pratique d'Abakanowicz s'ouvre à la figure humaine et adopte le principe de la sérialité. Elle développe des séries comme Dos et Figures dansantes, coques sans identité qui interrogent la présence et la disparition. Ces enveloppes moulées sur des corps réels – bandes de jute durcies par résine – portent les marques de plis et de textures qui oscillent entre peau et écorce, vulnérabilité et robustesse.
Le peuple anonyme et inquiétant de La Foule V matérialise la réflexion d'Abakanowicz sur « la foule agissant comme un organisme décervelé ». Cette installation, conservée au Musée d'art moderne de Paris, constitue l'un des témoignages les plus saisissants de son œuvre. L'artiste l'érige comme « une barrière » entre elle et « tous ceux qui l'effraient », lui conférant une fonction conjuratoire puissante.
Magdalena Abakanowicz, La Foule V, 1995–1997, toile de jute et résine © CC0 Paris Musées / Musée d'art moderne de Paris
Focus sur l'œuvre
Les séries intitulées Foules se succèdent de 1986 à 1997. La technique même, par compression de toiles de jute imbibées de résine dans un moule en plâtre, manifeste l'écrasement : l'individu se plie, littéralement, au moule. Privée de têtes, voire de bras, cette horde sans visage remplit une fonction conjuratoire. Au sein du groupe, les figures perdent leur identité, même si chacune présente de légères particularités et s'approprie un espace physique. La foule elle-même devient un organisme dont le rôle est difficile à définir, mais sa masse peut devenir une menace transformant la citoyenneté individuelle en asociabilité collective.
DOS, L'EMPREINTE DU CORPS
Présentée à la Biennale de Venise en 1980, la série Dos constitue un tournant majeur dans l'œuvre de Magdalena Abakanowicz. Ces sculptures figuratives acéphales, faites de toile et de résine, explorent la condition humaine avec une force rare. L'artiste moule directement les corps de ses modèles, capturant l'empreinte de leur anatomie dans le jute durci.
Chaque pièce porte les stigmates de sa fabrication : sutures apparentes, creux et bosses, textures irrégulières qui miment l'écorce ou l'épiderme. Par le caractère répétitif et anonyme de ses figures, Abakanowicz questionne la nature et exprime l'impossible répétition à l'identique des schémas de reproduction. Ces œuvres incarnent la réflexion de l'artiste sur l'effacement dans la masse, présence muette d'un peuple intérieur façonné par les traumatismes de l'histoire polonaise.
Magdalena Abakanowicz, Dos, 1980, toile de jute et résine © Fondation Marta Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski, Varsovie. Photo : © Jan Kosmowski
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO « MAGDALENA ABAKANOWICZ, LA TRAME DE L'EXISTENCE » ?
Cette rétrospective exceptionnelle offre une plongée dans l'univers d'une artiste qui a transformé le textile en sculpture monumentale. L'exposition déploie un parcours chrono-thématique de 70 ensembles – 33 installations sculptées, 10 œuvres textiles, dessins et photographies – dans les 600 m² de l'aile Portzamparc, dont les murs de béton ont été rénovés pour l'occasion. Le sous-titre « La trame de l'existence » associe deux termes employés par l'artiste pour définir son œuvre : elle envisageait le tissu comme l'organisme élémentaire du corps humain, marqué par les aléas de son destin.
Magdalena Abakanowicz, Vêtement noir et Corde, 1975 © Fondation Marta Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski, Varsovie. Photo : © Josefina Eikenaar / TextielMuseum, Tilburg
Point de vue critique
L'exposition s'achève sur le cycle de sculptures monumentales Jeux de guerre, composé d'énormes troncs d'arbres enserrés dans des cerceaux d'acier. Ces œuvres font écho à la puissance destructrice de la guerre, réalisées entre 1987 et 1995, période qui voit se fissurer le régime communiste et l'instauration d'un nouvel ordre politique et social en Pologne. Cette rétrospective permet enfin de redonner à Magdalena Abakanowicz sa place légitime parmi les grands sculpteurs du XXe siècle, après ses expositions à la Tate Modern de Londres et au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.
Fruit d'un travail de trois années, le projet bénéficie du soutien actif de la Fondation Marta Magdalena Abakanowicz Kosmowska et Jan Kosmowski de Varsovie, de l'Institut polonais et de l'Institut Adam Mickiewicz. Les prêts exceptionnels proviennent notamment de la Tate Modern de Londres, du Musée d'art moderne de Paris, du Musée national de Wrocław et du Musée central des Textiles de Łódź. Réservez votre billet au Musée Bourdelle pour découvrir cette artiste visionnaire dont l'œuvre continue de résonner avec les enjeux de notre époque.
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INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Ouvert du mardi au dimanche de 10h - 18h
- Dernière entrée dans l'exposition temporaire : 17h15
- Dernière entrée dans les collections permanentes : 17h40
- Fermé les lundis et certains jours fériés (1er mai, 25 décembre, 1er janvier)
Tarifs
- TIQETS :
- Adulte (+27 ans) : 12 €
- INFORMATIONS :
- Accès gratuit dans les collections permanentes
- Billets à prix réduit sur place : 18–25 ans et groupes de 10 personnes ou plus
- CONDITIONS :
- Gratuit : –18 ans, visiteurs handicapés avec certificat d'invalidité + 1 accompagnateur, demandeurs d'emploi

