Visages d’artistes au Petit Palais
Visages d'artistes
Quand l'artiste se regarde, de Courbet à Messager
Petit Palais

L'EXPOSITION
L'exposition « Visages d'artistes » se tient au Petit Palais du 18 mars au 19 juillet 2026. Consacrée au portrait et à l'autoportrait d'artiste, elle réunit environ cent œuvres : peintures, sculptures, arts graphiques, photographies et arts décoratifs. Des pièces majeures des collections, comme l'Autoportrait au chien noir de Gustave Courbet, côtoient des œuvres méconnues sorties des réserves pour l'occasion. En contrepoint, une dizaine d'artistes femmes contemporaines réinterrogent les codes du genre.
L'AUTOPORTRAIT, QUINTESSENCE DU PORTRAIT D'ARTISTE
Le parcours s'ouvre sur l'autoportrait. Dans la rotonde d'introduction, une galerie de visages accueille le visiteur. L'absence de commanditaire offre aux créateurs un espace de liberté et d'expérimentation. Le regard direct de l'artiste établit un lien immédiat avec le spectateur. L'introspection du modèle, qui est aussi l'auteur, charge chaque œuvre d'une tension singulière.
Gustave Courbet (1819–1877), Autoportrait dit Courbet au chien noir, entre 1842 et 1844, huile sur toile © CC0 Paris Musées / Petit Palais
Gustave Courbet affirme sa présence avec une intensité qui a marqué l'histoire du genre. Pierre Puvis de Chavannes, Léon Bonnat et Jacques-Émile Blanche exposent chacun leur tempérament. Les masques en grès émaillé de Jean-Joseph Carriès surprennent par leur expressivité. Portraits métaphoriques ou métonymiques, ces pièces révèlent un style sans concession. L'artiste s'y met en scène, affirme son identité et expose sa singularité.
Nina Childress présente Autoportrait clown / fleur (2020), toile où l'humour déjoue les conventions du portrait. La sculpture hyperréaliste d'Hélène Delprat introduit un effet de surprise qui réinterroge la tradition du genre. Ces interventions contemporaines prolongent la liberté revendiquée par les artistes du XIXe siècle, avec d'autres moyens et d'autres enjeux.
Votre billet au Petit Palais ouvre l'accès à cette rotonde où les siècles dialoguent. Le passage d'un visage à l'autre entraîne le regard dans un jeu de confrontations entre époques et sensibilités.
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FRATERNITÉS, ATELIERS ET INTIMITÉS PARTAGÉES
La deuxième section explore les portraits collectifs et les liens qui unissent les artistes entre eux. Les relations professionnelles, amicales et familiales prennent corps à travers des formats variés. Le Panorama du siècle d'Henri Gervex (1889) déploie une vaste composition où se croisent les figures marquantes de l'époque. Paul Paulin sculpte les bustes d'Edgar Degas, Auguste Renoir, Claude Monet et Camille Pissarro. Cette galerie impressionniste, sortie des réserves, constitue l'une des redécouvertes du parcours.
Les portraits familiaux ajoutent une dimension intime au parcours. Annette Messager et Nathanaëlle Herbelin renouvellent le motif en puisant dans leurs expériences personnelles. Leurs œuvres convoquent un imaginaire du lien qui dépasse le simple exercice d'admiration.
Cindy Sherman (née en 1954), Untitled #205, 1989, épreuve chromogène © Cindy Sherman. Courtesy the artist and Hauser & Wirth
Focus sur l'œuvre
Untitled #205 appartient à la série des History Portraits (1988–1990), réalisée alors que Cindy Sherman vivait à Rome. L'artiste y parodie La Fornarina de Raphaël (vers 1518) en se mettant elle-même en scène à l'aide de prothèses mammaires, d'un faux ventre de femme enceinte, de tissus bon marché et d'un maquillage appuyé. Là où le modèle de Raphaël offrait un regard oblique et sensuel, Sherman fixe le spectateur d'un regard frontal, presque accusateur. L'usage ostensible de matériaux artificiels constitue une déconstruction des représentations masculines du corps féminin héritées de la Renaissance. Le cadre doré qui entoure la photographie fait partie intégrante de l'œuvre et renforce le jeu de citation avec la peinture ancienne.
Le visiteur découvre ensuite l'espace de l'atelier, lieu qui oscille entre création solitaire, réception et sociabilité. Un mur de photographies montre l'artiste parmi ses œuvres et son décor personnel. La fascination pour cet environnement traverse les époques. Giulia Andreani y explore l'histoire familiale. Sophie Calle propose une lecture nomade de l'atelier, en rupture avec l'image du lieu fixe et immuable. Camille Henrot, dont la pratique mêle sculpture, dessin et vidéo, apporte un contrepoint où les systèmes de connaissance se substituent au décor traditionnel.
Ces regards contemporains contrastent avec les témoignages historiques et élargissent la définition du portrait d'artiste. Le parcours met ici en lumière l'évolution des sociabilités entre créateurs.
HOMMAGES AUX MAÎTRES ET PROLONGEMENT DANS LES COLLECTIONS
La fin du parcours aborde les hommages rendus aux maîtres. Rembrandt, Léonard de Vinci et Van Dyck servent de figures tutélaires. Les artistes du XIXe siècle les citent, les saluent ou les parodient. L'humour s'invite à travers la caricature et le travestissement.
Cindy Sherman détourne les codes de la représentation classique. Nan Goldin et Claire Tabouret réinterprètent des motifs mythologiques. Ces propositions contemporaines répondent aux modèles anciens par le décalage et la réappropriation. Le face-à-face entre les époques prend ici une dimension ludique autant que critique.
Annette Messager (née en 1943), Collection pour trouver ma meilleure signature, Ma collection de châteaux, 1972 (installation réunie en 2010), techniques mixtes sur papier, cadres en bois et verre © Collection MAC VAL, Photo Jacques Faujour © ADAGP, Paris 2026
Le visiteur est ensuite invité à prolonger sa visite dans les collections permanentes du musée. L'impressionnant Janus d'Anne et Patrick Poirier l'accueille à l'entrée de la galerie des sculptures. Apolonia Sokol et Françoise Pétrovitch ont créé des œuvres spécifiquement pour l'exposition. Elles dialoguent avec les pièces historiques environnantes et prolongent les questions posées dès la rotonde.
Le parcours s'achève sous la coupole peinte de Maurice Denis (1925). Cette vaste composition offre un panorama de l'histoire de l'art français, du Moyen Âge au début du XXe siècle. De Nicolas Poussin à Maurice Denis lui-même, de nombreux portraits d'artistes ponctuent l'ensemble. « Visages d'artistes » au Petit Palais se referme sur cette fresque ambitieuse qui relie passé et présent.
LE MASQUE ET L'HUMOUR, L'AUTOPORTRAIT EN LIBERTÉ
L'exposition réserve une place singulière aux stratégies de dérision et de travestissement dans l'autoportrait. Le masque, le déguisement et la mise en scène offrent aux artistes un moyen de contourner la solennité du genre. Cet art du décalage, hérité de la caricature et du grotesque du XIXe siècle, prend des formes radicalement nouvelles avec les artistes contemporaines invitées au Petit Palais.
Nina Childress incarne cette liberté. Depuis quarante ans, elle construit une œuvre où le portrait sert de terrain d'expérimentation. Son Autoportrait clown / fleur (2020) transforme la représentation de soi en mascarade joyeuse, où le travestissement remplace l'introspection. L'autoportrait devient jeu, provocation et affirmation d'une identité en perpétuelle réinvention.
Nina Childress (née en 1961), Autoportrait clown / fleur, 2020, huile sur toile © Photo Julien Vidal. Courtesy the Artist and Art : Concept, Paris. © Nina Childress, ADAGP, Paris 2026
Focus sur l'œuvre
Réalisé durant l'été 2020, cet autoportrait s'inscrit dans une pratique récurrente de l'artiste franco-américaine, issue de la scène punk parisienne avec Lucrate Milk puis le collectif des Frères Ripoulin (aux côtés de Claude Closky et Pierre Huyghe). Le maquillage de clown – nez rouge, bouche surdimensionnée – rappelle le masque sanitaire imposé par la pandémie, tandis que la fleur introduit une note de dérision qui entraîne le portrait vers la farce assumée. La palette très colorée emprunte au pop art et à l'hyperréalisme. Cette toile fait partie de la collection du Musée d'Art Moderne de Paris, où elle complétait une présentation des « Grosses Têtes » de Childress, portraits dont l'échelle agrandie fait basculer l'image vers l'abstraction.
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO « VISAGES D'ARTISTES » ?
« Visages d'artistes » offre un parcours rare à travers l'histoire du portrait d'artiste. L'Autoportrait au chien noir de Courbet, les bustes impressionnistes de Paul Paulin et les masques de Carriès dialoguent avec les créations de Nina Childress, Cindy Sherman ou Annette Messager.
Anne (née en 1941) et Patrick Poirier (né en 1942), Janus, 2018, résine, gel coat, bois et peinture © Courtesy collection De Pont Museum, Tilburg (NL). Photo : Peter Cox. © ADAGP, Paris 2026
Point de vue critique
Le Janus d'Anne et Patrick Poirier marque un seuil symbolique dans le parcours. Cette tête monumentale à double visage reprend le motif antique du dieu des passages et des commencements. La résine blanche confère à l'œuvre une présence à la fois classique et spectrale. Dans le contexte de « Visages d'artistes », elle incarne le double regard qui traverse toute l'exposition : l'un tourné vers les maîtres du passé, l'autre ouvert sur la création contemporaine.
De la rotonde à la coupole de Maurice Denis, l'exposition traverse quatre siècles de représentation. Les interventions de Giulia Andreani, Sophie Calle, Camille Henrot et Claire Tabouret éclairent les enjeux actuels d'identité et de genre. La visite se prolonge dans les salles du musée, où les créations contemporaines dialoguent avec le fonds historique. Cette exposition inaugure par ailleurs une année consacrée aux femmes artistes au Petit Palais. Réservez votre billet au Petit Palais pour suivre ce récit qui mène de l'individuel au collectif.
✨L'avis de Camille
Rédactrice culture
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INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche : 10h - 18h
- Nocturnes vendredi et samedi : 10h - 20h
- Dernière entrée : 1h avant fermeture
- Fermé le lundi
