American Images à la MEP
American Images
Trente ans de portraits entre icônes et invisibles
Maison Européenne de la Photographie

L'EXPOSITION
L'exposition « American Images » offre la première rétrospective parisienne consacrée à la photographe néerlandaise Dana Lixenberg à la Maison Européenne de la Photographie. Du 11 février au 24 mai 2026, elle déploie sur deux étages plus de trente années de travail réalisé aux États-Unis. Portraits en grand format, séries documentaires et installation vidéo composent un portrait pluriel de l'Amérique contemporaine, où célébrités et anonymes sont saisis avec une dignité égale.
LES PORTRAITS ÉDITORIAUX DES ANNÉES 1990
Le parcours s'ouvre sur une vaste sélection de portraits en couleur réalisés entre 1993 et 2003, issus de commandes pour des magazines américains tels que Vibe, The New York Times Magazine, Interview ou Rolling Stone. Dana Lixenberg y photographie des personnalités majeures de la culture américaine : Whitney Houston, Tupac Shakur, Biggie Smalls, Kate Moss, Iggy Pop, Jay-Z, Allen Ginsberg ou Leonard Cohen apparaissent dans des images devenues emblématiques. Ces visages, capturés à la chambre 4 × 5 pouces, dégagent une présence calme et mesurée qui transcende leur statut public.
Dana Lixenberg, Kimberly Denise Jones (Lil' Kim), 1997, photographie couleur, tirage chromogène, chambre grand format 4 × 5 pouces © Dana Lixenberg. Courtesy de l'artiste et de Grimm Amsterdam | London | New York
À ces figures célèbres s'ajoutent des portraits d'anonymes rencontrés dans des contextes très différents : une femme condamnée à mort au Texas, des travailleuses du sexe dans le Nevada, des participants à une réunion de prière en Floride. Chaque sujet reçoit la même attention, le même respect. Aucun indice contextuel superflu ne vient orienter le regard : la frontalité révèle la singularité de chacun. Les célébrités y laissent entrevoir une vulnérabilité inattendue, tandis que les anonymes accèdent à une visibilité pleine de charisme. La lumière douce, les fonds neutres et la richesse des détails renforcent cette impression d'intimité partagée. Le visiteur circule parmi ces grands tirages, saisi par la quiétude qui émane de chaque visage. Réservez votre billet à la MEP pour découvrir ces portraits qui, trente ans après, conservent une actualité saisissante.
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LES SÉRIES DOCUMENTAIRES AU LONG COURS
Le parcours se poursuit avec trois ensembles personnels qui approfondissent des réalités sociales souvent reléguées aux marges. Jeffersonville, Indiana (1997–2004) naît d'une commande du magazine Jane pour documenter Haven House, un foyer d'accueil temporaire situé à la frontière du Kentucky. Dana Lixenberg y retourne régulièrement et photographie les résidents à l'extérieur du bâtiment, dans des portraits détachés de tout signe de précarité immédiate. Aux visages s'ajoutent des paysages modestes des environs, révélant une Amérique ordinaire dont la banalité dissimule des fragilités profondes.
The Last Days of Shishmaref (2007) conduit dans un village iñupiaq d'Alaska, sur l'île de Sarichef dans la mer des Tchouktches, menacé par l'érosion côtière accélérée liée au changement climatique. Portraits, scènes d'intérieur et paysages composent un tableau nuancé d'une communauté confrontée à des transformations irréversibles. Les images, prises en hiver comme en été, capturent les rythmes quotidiens avec une grande douceur.
Dana Lixenberg, Tupac Shakur, 1993, tirage gélatino-argentique sur aluminium, chambre grand format 4 × 5 pouces, 129,5 × 103 cm © Dana Lixenberg. Courtesy de l'artiste et de Grimm Amsterdam | London | New York
Focus sur l'œuvre
Ce portrait en noir et blanc de Tupac Shakur, réalisé en 1993 pour le magazine Vibe, est devenu l'une des images les plus largement reproduites et appropriées de la culture hip-hop. Lixenberg a photographié le rappeur alors âgé de vingt-deux ans à Atlanta, pour un article qui devait faire la couverture du magazine. Le bandana noué sur le front encadre le visage du rappeur, tandis que son crucifix en diamant pend sur une chemise en jean légèrement ouverte, ponctuée de fines gouttes de pluie. Lixenberg a confié ne connaître que très peu Tupac au moment de la prise de vue, mais elle a su capter une expression mêlant charisme et mélancolie qui a donné à l'image sa force durable. Après l'assassinat de Tupac en 1996, le portrait a servi de modèle pour des fresques murales, puis s'est multiplié de façon virale sur des affiches, vêtements et œuvres d'art à travers le monde. L'image figure aujourd'hui dans la Galerie d'honneur du Nederlands Fotomuseum de Rotterdam, en raison de sa valeur iconique et de sa portée artistique et sociale.
IMPERIAL COURTS : TRENTE ANS DE PRÉSENCE
L'ensemble du troisième étage est consacré à Imperial Courts, projet le plus vaste et le plus continu de Dana Lixenberg. Initié en 1993 à Watts, dans le quartier de South Central à Los Angeles, après les soulèvements de 1992 déclenchés par l'acquittement des policiers impliqués dans le passage à tabac de Rodney King, il accompagne les habitants d'un ensemble de logements sociaux sur plus de trois décennies. Les portraits en noir et blanc, réalisés à la chambre grand format, mettent en lumière la présence et la dignité de chaque personne, loin des clichés médiatiques sur la violence et la pauvreté.
Au fil des retours réguliers de l'artiste, les images captent l'évolution des vies : naissances, absences, disparitions. Les visages vieillissent, les enfants deviennent parents, les relations se tissent dans la durée. Cette collaboration prolongée transforme le projet en portrait collectif et vivant d'une communauté résiliente.
Dana Lixenberg, DJ, 1993, tirage gélatino-argentique, chambre grand format 4 × 5 pouces, noir et blanc © Dana Lixenberg. Courtesy de l'artiste et de Grimm Amsterdam | London | New York
L'immersion se prolonge avec l'installation vidéo à trois canaux (2015), soixante-neuf minutes en couleur et en son. Moments ordinaires, célébrations, grondements d'hélicoptères, ritournelles de camions de glaces composent une bande-son environnementale précise. Les habitants s'adressent parfois directement à la caméra ou vaquent à leurs occupations, indifférents à l'objectif. La scénographie sombre et les projections grandeur nature plongent le visiteur au cœur du quotidien d'Imperial Courts. L'exposition atteint ici son point culminant : un témoignage patient et humain sur la capacité des individus à exister pleinement, malgré les adversités.
LE POLAROID : OUTIL DE TRAVAIL ET DE RELATION
L'installation Polaroid 54/59/79 (1993–2010) apporte une note plus intime au parcours. Dana Lixenberg utilisait des films instantanés 4 × 5 pouces avant chaque séance à la chambre grand format. Accumulées sur près de deux décennies, ces épreuves fragiles portent les traces du temps : rayures, empreintes de doigts, défauts de développement.
La production de ces films ayant cessé en 2008, Lixenberg a exposé sa dernière boîte en 2010. Des années plus tard, elle a rassemblé ces images dans le livre Polaroid 54/59/79, témoignage d'un procédé analogique aujourd'hui disparu. Présentés dans une vitrine à la MEP, ces Polaroids révèlent un pan habituellement invisible du processus photographique.
Dana Lixenberg, Jay-Z, at the Trump International Hotel & Tower, New York, NY, 1998, Vibe, 1998, Polaroid 4 × 5 pouces (film instantané) © Dana Lixenberg. Courtesy de l'artiste et de Grimm Amsterdam | London | New York
Focus sur l'œuvre
Ce Polaroid de Jay-Z, pris en 1998 au Trump International Hotel & Tower de New York pour le magazine Vibe, illustre la double fonction de ces épreuves instantanées. Outil technique pour vérifier lumière et cadrage, le Polaroid devenait aussi un objet de relation : offert au modèle à la fin de la séance, il scellait un moment de confiance partagée. Cette image, avec ses imperfections caractéristiques, témoigne du dialogue silencieux qui s'installait entre Lixenberg et ses sujets avant même le déclenchement de la chambre grand format.
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO « AMERICAN IMAGES » ?
Cette rétrospective révèle un regard rare sur l'Amérique : patient, respectueux, dépourvu de sensationnalisme. Chaque portrait accorde à son sujet une attention identique, qu'il s'agisse d'une icône mondiale ou d'un résident de logement social. Les séries documentaires et le projet Imperial Courts montrent comment la photographie, pratiquée dans la durée, peut complexifier les récits dominants et rendre visible ce qui est trop souvent réduit au silence.
Dana Lixenberg, Tanya K and her daughter Kayrah, 2021, tirage gélatino-argentique, chambre grand format, noir et blanc © Dana Lixenberg. Courtesy de l'artiste et de Grimm Amsterdam | London | New York
Point de vue critique
Dana Lixenberg photographie l'Amérique comme personne. Ni voyeurisme, ni complaisance : une patience rare, un regard qui place Tupac Shakur et les anonymes de Watts sur un pied d'égalité lumineuse. L'exposition déploie trois décennies d'images où la frontalité devient un acte politique. Imperial Courts, point d'orgue du parcours, bouleverse par sa profondeur temporelle et son humanité sans fard. Une leçon de photographie autant que de considération.
La scénographie sobre, les grands tirages et l'installation vidéo immersive créent une expérience sensible et réfléchie. Le visiteur ressort avec une compréhension plus nuancée des réalités sociales américaines et de la force du portrait comme acte d'attention. « American Images » rappelle que regarder l'autre, c'est déjà le reconnaître. Pour vivre cette traversée humaine et esthétique, réservez votre billet à la MEP dès maintenant.
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INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Mercredi et vendredi : 11h - 20h
- Jeudi : 11h - 22h (nocturne)
- Week-end : 10h - 20h
- Fermé les lundis et mardis
Tarifs
- TARIFS EN LIGNE :
- Plein tarif : 14 €
- Tarif réduit : 9 €
- TARIFS SUR PLACE :
- Plein tarif : 13 €
- Tarif réduit : 8 €
- TARIFS SPÉCIAUX :
- Tarif réduit : –25 ans, étudiants, enseignants, artistes auteurs, demandeurs d'emploi, Pass Paris Seniors
- Gratuité : –12 ans (inclus), personnes en situation de handicap + accompagnateur, presse, ICOM, Ville de Paris, RSA, ASS, ASPA
- CONDITIONS :
- Fermeture de la billetterie sur place 30 minutes avant fermeture
- Évacuation des salles 15 minutes avant fermeture
- Valises non autorisées dans l'enceinte du musée
