Jo Ractliffe au Jeu de Paume
Jo Ractliffe. En ces lieux
Quand le paysage devient mémoire des violences invisibles
Jeu de Paume

L'EXPOSITION
Du 30 janvier au 24 mai 2026, le Jeu de Paume consacre une rétrospective à la photographe sud-africaine Jo Ractliffe. « Jo Ractliffe. En ces lieux » déploie quatre décennies de création à travers douze ensembles chronologiques. Née au Cap en 1961, l'artiste sonde les paysages façonnés par l'apartheid, les guerres régionales et les déplacements forcés. Ses images en noir et blanc révèlent ce que le territoire conserve quand la violence a cessé d'être visible.
Exposition « Jo Ractliffe. En ces lieux » | Teaser © Jeu de Paume
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UN VOYAGE À TRAVERS QUATRE DÉCENNIES DE PHOTOGRAPHIE
Le parcours de « Jo Ractliffe. En ces lieux » au Jeu de Paume guide le visiteur depuis les premières photographies de 1982 jusqu'aux séries les plus récentes. Cette traversée chronologique dévoile la construction patiente d'un regard singulier sur le territoire sud-africain et ses marges.
Les premières salles rassemblent des images prises sur les routes du pays dans les années 1980. La série Nadir (1986–1988) marque une rupture. L'artiste y compose des photomontages reproduits en lithographie, peuplés de chiens errants – instruments de contrôle policier autant que figures d'une liberté anarchique. L'atmosphère oppressante de l'apartheid imprègne chaque image sans que la violence n'apparaisse frontalement.
Jo Ractliffe, Nadir 14, 1988, lithographie photographique sérigraphiée © Jo Ractliffe. Courtesy Stevenson, Le Cap, Johannesburg, Amsterdam, 2026
Avec reShooting Diana (1990–1999), Jo Ractliffe sillonne les routes secondaires à l'aide d'un appareil jouet en plastique. Flous et fuites de lumière transforment les périphéries en territoires énigmatiques.
Le parcours se poursuit en Angola. Terreno Ocupado (2007) plonge dans le chaos de Luanda, ville animée par l'énergie des lendemains de guerre. As Terras do Fim do Mundo (2009–2010) explore le sud du pays en compagnie d'anciens soldats. Fosses communes de Cassinga, routes minées, campagnes vidées : le silence règne. The Borderlands (2011–2013) prolonge cette enquête à Riemvasmaak, Pomfret et Schmidtsdrift, lieux de garnison désaffectés.
Les séries récentes Landscaping (2022–2024) et The Garden (2024–2026) clôturent le parcours. L'une scrute les stigmates de l'industrie sur le littoral sud-africain. L'autre documente des jardins créés par les habitants, actes de résistance et d'enracinement.
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LE PAYSAGE COMME ARCHIVE DES VIOLENCES INVISIBLES
Au cœur de l'exposition réside une conviction : le paysage n'est jamais neutre. Il porte en lui la mémoire des violences passées et des déplacements forcés. Jo Ractliffe transforme le territoire en archive vivante où le passé persiste sous forme de traces à peine perceptibles.
L'absence constitue le motif central de cette démarche. Les images ne montrent ni la guerre ni la répression de front. Elles captent ce qui reste une fois l'événement terminé : un terrain vague, une mine désaffectée, un chemin qui ne mène plus nulle part. Le visiteur reconstitue mentalement ce qui manque. Le sens émerge du vide et du silence.
Jo Ractliffe, On the road to Cuito Cuanavale IV, 2010, tirage gélatino-argentique d'époque © Jo Ractliffe. Courtesy Stevenson, Le Cap, Johannesburg, Amsterdam, 2026
Focus sur l'œuvre
Cette photographie appartient à la série As Terras do Fim do Mundo (2009–2010), réalisée lorsque Jo Ractliffe a suivi d'anciens soldats sur les routes de la guerre civile angolaise et du « Border War » sud-africain. Cuito Cuanavale fut le théâtre, en 1987–1988, de l'une des plus grandes batailles de chars du continent africain. Les forces gouvernementales angolaises, soutenues par Cuba, y affrontèrent les rebelles de l'UNITA appuyés par l'armée sud-africaine. Ractliffe explore ici ce qu'elle nomme le « paysage comme pathologie » : la manière dont la violence passée se manifeste dans le territoire du présent. Ses photographies révèlent les échos fantomatiques du traumatisme dans des paysages où rien, en apparence, ne trahit le fracas d'autrefois.
De ce dialogue entre image et territoire naît une archéologie visuelle singulière. L'artiste ne cherche pas la preuve documentaire, mais la résonance : ce qui persiste dans la matière du sol et des chemins lorsque les protagonistes ont disparu.
Les œuvres récentes étendent cette réflexion aux enjeux contemporains. L'artiste tourne son objectif vers des territoires façonnés par l'industrie et les communautés qui y subsistent. Réservez votre billet au Jeu de Paume pour découvrir comment ces photographies ouvrent un espace de méditation sur la complexité des lieux habités.
UNE POÉTIQUE DU NOIR ET BLANC ET DE L'OBLIQUE
Jo Ractliffe adopte une esthétique sobre et distanciée qui parcourt toute l'exposition. Le noir et blanc domine, des photomontages de Nadir aux tirages numériques baryta de Landscaping. Cette monochromie efface les couleurs pour mieux révéler textures, volumes et contrastes du paysage. Elle renforce un sentiment d'étrangeté et de temporalité suspendue.
Les techniques varient au fil des décennies. Lithographies et montages composites pour Nadir. Appareil Diana en plastique, avec ses limites revendiquées, pour reShooting Diana. Tirages gélatino-argentiques d'époque pour les séries angolaises. Tirages numériques baryta pour Landscaping. Cette diversité de procédés traduit la recherche constante d'un langage adapté à chaque territoire exploré. Le choix du médium participe du sens : le flou du Diana incarne l'instabilité de la transition démocratique, tandis que la précision des tirages argentiques ancre les paysages angolais dans une réalité documentaire.
La mise en espace, épurée, laisse respirer chaque image. Les séries se succèdent sans surcharge visuelle. Le visiteur doit s'approcher pour distinguer les indices discrets – une ombre, une trace au sol, un objet abandonné – qui révèlent une histoire plus vaste. Les textes rédigés par l'artiste accompagnent chaque ensemble. Ils offrent un commentaire personnel sur le processus créatif et le contexte des prises de vue, évitant l'explication didactique au profit de la confidence.
Cette sobriété formelle contraste avec la densité émotionnelle des sujets. Elle crée une tension féconde entre retenue et intensité. Commissariée par Pia Viewing, cette rétrospective transforme la distance en outil de compréhension.
Jo Ractliffe, Donkey, Pomfret, 2011, tirage gélatino-argentique © Jo Ractliffe. Courtesy Stevenson, Le Cap, Johannesburg, Amsterdam, 2026
DÉFIER LA TRADITION DU PAYSAGE
Avec la série Landscaping (2022–2024), Jo Ractliffe arpente la côte ouest de l'Afrique du Sud. De Saint Helena Bay à Hondeklip Bay, de Port Nolloth à Okiep, elle documente des localités façonnées par des décennies d'activité industrielle. L'environnement impose ses conditions : horizons rectilignes, sols craquelés, infrastructures fantômes. Ces vues austères refusent toute séduction visuelle et toute nostalgie.
Aucune ligne de fuite ne guide le regard. Aucun élément pittoresque ne vient adoucir l'aridité des compositions. La terre apparaît à la fois comme victime et témoin, porteuse de blessures que seul un regard patient peut déceler. En adoptant le tirage numérique baryta, Ractliffe confère à ces images une densité tonale nouvelle, à l'opposé du grain argentique de ses séries angolaises.
Jo Ractliffe, Velddrif, 2023, tirage numérique baryta © Jo Ractliffe. Courtesy Stevenson, Le Cap, Johannesburg, Amsterdam, 2026
Focus sur l'œuvre
Velddrif appartient à la série Landscaping (2022–2024), qui explore la côte ouest sud-africaine – des lieux liés à l'exploitation du sel, de la pêche, du cuivre ou du diamant. Dépourvue de tout spectaculaire, cette série manifeste une esthétique de la distance et de la retenue. Jo Ractliffe refuse la tradition du paysage pittoresque et confronte frontalement cette catégorie. L'artiste affirme vouloir « faire des paysages qui rendent très difficile pour les gens de les appeler ainsi ». Ces images témoignent de plus d'un siècle de pillage industriel et évoquent ce que le chercheur Rob Nixon décrit comme une « violence lente » : une destruction différée, dispersée dans le temps et l'espace.
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO « JO RACTLIFFE. EN CES LIEUX » ?
Cette exposition offre une rencontre rare avec l'une des figures majeures de la photographie contemporaine, encore trop peu montrée en France. Elle propose une méditation profonde sur la manière dont l'histoire s'inscrit dans les paysages et continue d'agir sur les sociétés.
Jo Ractliffe, Petrus Mannel, Ebenhaeser, 2025, tirage gélatino-argentique © Jo Ractliffe. Courtesy Stevenson, Le Cap, Johannesburg, Amsterdam, 2026
Point de vue critique
Jo Ractliffe photographie ce qui reste quand la violence a disparu. Ses paysages d'Afrique du Sud et d'Angola ne montrent ni guerre ni destruction frontale, mais le silence troublant de l'après. Quatre décennies condensées en un parcours sobre et saisissant, où le noir et blanc se fait langage politique. Une leçon de regard, portée par la conviction que le territoire ne ment jamais.
Les images, par leur puissance évocatrice et leur refus du sensationnel, touchent une corde universelle. Elles interrogent notre propre rapport aux lieux que nous habitons et aux traces que nous y laissons. Dans un monde marqué par les déplacements de populations, les disputes territoriales et les crises environnementales, le travail de Jo Ractliffe acquiert une résonance singulière.
The Garden, série inédite créée spécialement pour cette exposition, clôt le parcours sur une note d'espoir. Ces jardins populaires, fabriqués à partir d'objets récupérés, incarnent un refus féroce de la dépossession. Réservez votre billet au Jeu de Paume pour vivre cette expérience visuelle et intellectuelle unique.
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INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Lundi : fermé
- Mardi : 11h - 21h
- Mercredi au dimanche : 11h - 19h
- Fermé le 1er mai et 14 juillet
Tarifs
- TIQETS :
- Billet standard : 12 €
- Tarif réduit : 9 € (Étudiant –25 ans, +65 ans, Enseignant, Cartes MDA/SACD/SCAM/AGESSA, Carte famille nombreuse)
- Jeune – Billet Étudiant (18–24 ans) : 7,50 € (du mardi au vendredi)
- Gratuit : –18 ans et personnes en situation de handicap
- CONDITIONS :
- Justificatif obligatoire pour bénéficier du tarif réduit
- Tarif Jeune Étudiant valable du mardi au vendredi uniquement
- Dernière entrée 1h avant fermeture
