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Leonora Carrington au Musée du Luxembourg

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Présentation
Peinture

Leonora Carrington

La Femme de Vitruve du surréalisme enfin célébrée

Musée du Luxembourg

Exposition Leonora Carrington - Musée du Luxembourg

L'EXPOSITION

Le Musée du Luxembourg accueille « Leonora Carrington » du 18 février au 19 juillet 2026. Première rétrospective d'envergure en France consacrée à cette artiste surréaliste britannico-mexicaine, l'exposition réunit 126 œuvres. Née en 1917 dans le Lancashire, Carrington y est présentée comme une « Femme de Vitruve » : une créatrice totale dont l'œuvre fusionne humain et animal, masculin et féminin, au fil de métamorphoses nourries de mythologie et d'ésotérisme.

DES ORIGINES ANGLAISES À LA RÉVÉLATION FLORENTINE

Le parcours débute par les années de formation. Née à Clayton Green (Angleterre) dans une famille d'industriels du textile, Leonora Carrington grandit entre gouvernantes et pensionnats catholiques dont elle est régulièrement renvoyée. L'héritage celtique transmis par sa mère irlandaise nourrit dès l'enfance un imaginaire peuplé de créatures fantastiques et de récits merveilleux.

Envoyée à Florence par sa famille, l'adolescente découvre les maîtres du Quattrocento au musée des Offices. Ce séjour italien marque un tournant décisif. L'art de la Renaissance lui révèle la puissance des compositions mythologiques et la richesse du langage symbolique. Elle commence à peindre en copiant les maîtres anciens, posant les fondements d'une technique solide qui ne la quittera plus.

Leonora Carrington – Sisters of the Moon, Diana

Leonora Carrington (1917–2011), Sisters of the Moon, Diana, 1932 © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris

L'œuvre Sisters of the Moon, Diana, datée de 1932, témoigne de cette période. Des figures hybrides y associent silhouettes humaines et références antiques. Le trait affirme déjà une liberté instinctive, éloignée des conventions académiques. L'artiste y esquisse le vocabulaire qui traversera toute sa production : fusion des opposés, présence animale, tension entre le réel et le merveilleux.

« Leonora Carrington » au Musée du Luxembourg éclaire ces années fondatrices avec rigueur. Le visiteur saisit la détermination d'une jeune femme qui refuse les destins tracés d'avance. Cette première section prépare les bouleversements européens à venir.

L'ENGAGEMENT SURRÉALISTE EN EUROPE

La suite du parcours plonge dans les années françaises. En 1937, Leonora Carrington rencontre Max Ernst à Londres lors du vernissage d'une exposition. Elle quitte l'Angleterre, s'installe avec lui dans le sud de la France et entre dans le cercle surréaliste. André Breton admire ses textes et intègre son conte La Débutante dans l'Anthologie de l'humour noir.

Le surréalisme amplifie son attrait pour l'alchimie et les savoirs ésotériques. Ses toiles gagnent en intensité ; les métamorphoses s'y multiplient. L'humain converse avec l'animal dans des compositions où les frontières entre les règnes s'abolissent. L'artiste ne suit pas le groupe : elle forge un langage propre, irrigué par une identité féminine affirmée.

Leonora Carrington – Double Portrait (Self-Portrait with Max Ernst)

Leonora Carrington (1917–2011), Double Portrait (Self-Portrait with Max Ernst), 1938, huile sur toile, 65,4 × 81,9 cm © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris. © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco

Focus sur l'œuvre

Réalisé en 1938 à Saint-Martin-d'Ardèche, ce double portrait témoigne de l'intensité de la relation artistique et amoureuse entre Carrington et Max Ernst. Pendant trois ans, leurs pratiques respectives s'influencent mutuellement. Carrington refuse pourtant le rôle de muse que le mouvement surréaliste assigne aux femmes artistes, souvent désignées de manière condescendante comme « femmes-enfants ». Elle déclare : « Je n'avais pas le temps d'être la muse de qui que ce soit… J'étais trop occupée à me rebeller contre ma famille et à apprendre à être artiste. »

La guerre bouleverse ce parcours. Ernst est interné au camp des Milles en raison de sa nationalité allemande. Carrington fuit en Espagne, où une crise psychique la conduit à l'hôpital psychiatrique de Santander. Elle relate cette épreuve dans son récit En Bas, l'un des témoignages les plus saisissants sur l'internement psychiatrique au XXe siècle.

L'exposition au Musée du Luxembourg restitue ces années de création et de ruptures. Le visiteur mesure comment le contexte européen, entre effervescence artistique et drames personnels, accélère la maturité d'une artiste en constante réinvention.

L'ACCOMPLISSEMENT MEXICAIN

Le parcours s'achève sur la période mexicaine, la plus longue et la plus féconde. À partir de 1942, Carrington s'installe à Mexico. Elle y retrouve Remedios Varo, qui devient sa proche amie, et se lie à l'intelligentsia locale. Ce nouveau territoire lui offre une liberté créatrice entière.

Son répertoire s'élargit. Aux peintures s'ajoutent tapisseries, sculptures et fresques monumentales. Les mythologies précolombiennes se mêlent aux récits celtiques de son enfance. Les frontières entre les règnes – humain, animal, végétal – s'abolissent dans des compositions d'une densité inédite. La toile Artes 110, peinte en 1944, concentre cette énergie : couleurs franches, signes alchimiques entrelacés, paysage fracturé en archipel aérien.

Leonora Carrington – Artes 110

Leonora Carrington (1917–2011), Artes 110, 1944, huile sur toile, 40,6 × 60,9 cm © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris. © NSU Art Museum Fort Lauderdale

MYTHOLOGIE ET PUISSANCE FÉMININE

La pièce Le Bon Roi Dagobert (Elk Horn), réalisée en 1948, incarne cette maturité. Des créatures hybrides y évoluent dans un espace sans frontières. L'artiste y apparaît comme cette « Femme de Vitruve » que l'exposition met en avant : centre d'un cosmos réinventé, figure d'harmonie entre les mondes visible et invisible.

« Leonora Carrington » au Musée du Luxembourg déploie dans cette section toute l'ampleur d'une œuvre radicale. Mère, migrante, chercheuse spirituelle, l'artiste transforme chaque expérience en vision. Le parcours permet de suivre un cheminement singulier, des brumes du Lancashire aux lumières du Mexique.

Leonora Carrington – Le Bon Roi Dagobert (Elk Horn)

Leonora Carrington (1917–2011), Le Bon Roi Dagobert (Elk Horn), 1948, huile sur toile, 90 × 60 cm © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris. © Collectión D.T.O.

Focus sur l'œuvre

Dans cette toile, Carrington se représente sous les traits de la Déesse Blanche, en référence directe à l'essai éponyme de Robert Graves publié la même année. Selon l'analyse du magazine Coolt, la lecture de cet ouvrage constitua l'une des révélations les plus importantes de sa vie. Graves y décrivait la récupération de cultes anciens autour de divinités féminines effacées par l'histoire. La Déesse Blanche, symbole de puissance féminine dont le culte fut détruit par le patriarcat, nourrit la conscience féministe de Carrington et irrigue durablement sa production. Le choix de cette œuvre comme affiche officielle de l'exposition souligne sa place centrale dans le parcours.

POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO « LEONORA CARRINGTON » ?

Cette exposition comble un manque. Leonora Carrington, malgré sa stature internationale, n'avait jamais fait l'objet d'une rétrospective de cette ampleur en France. Les 126 œuvres rassemblées traversent cinq décennies de création, des premiers dessins aux sculptures tardives. Le parcours, conçu par les commissaires Tere Arcq et Carlos Martín, articule chronologie et thématiques pour révéler une artiste inclassable. Co-organisé par le GrandPalaisRmn et Mondo Mostre, le projet bénéficie d'un travail scientifique rigoureux.

Leonora Carrington – The Lovers

Leonora Carrington (1917–2011), The Lovers, 1987, huile sur toile, 76 × 103 cm © 2026 Estate of Leonora Carrington / ADAGP, Paris. © Courtesy Gallery Wendi Norris, San Francisco

Point de vue critique

Peinte en 1987, The Lovers témoigne de la constance d'une vision artistique inaltérée sur près de six décennies. Sous une tente énigmatique, deux figures aux têtes rouge et bleue reposent entourées de personnages encapuchonnés portant des croix, tandis qu'un loup anthropomorphe se tient au premier plan. La composition mêle symbolisme alchimique et créatures mythologiques dans une logique onirique caractéristique. Des premiers dessins de jeunesse aux toiles de la maturité, le langage visuel de Carrington ne faiblit jamais.

Ses toiles, nourries de mythologie celtique, d'alchimie et de traditions précolombiennes, construisent un monde où les métamorphoses tiennent lieu de langage. Des œuvres comme Artes 110 ou Le Bon Roi Dagobert (Elk Horn) marquent durablement la mémoire. Pour découvrir cette figure essentielle du surréalisme, réservez votre billet au Musée du Luxembourg.

Camille, Rédactrice culture

L'avis de Camille

Rédactrice culture

Cette exposition révèle l'envergure d'une œuvre longtemps méconnue en France. Le parcours évite l'éloge convenu et dessine la trajectoire d'une artiste en perpétuelle transformation. Les pièces réunies composent un ensemble cohérent où le merveilleux ne cède jamais à la facilité. Une redécouverte nécessaire.

INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu
Musée du Luxembourg 19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
Horaires
  • Tous les jours : 10h30 - 19h
  • Nocturne le lundi : 10h30 - 22h
  • Fermeture exceptionnelle le 1er mai
Tarifs
  • FNAC :
  • Normal : 15,50 €
  • Jeune (16–25 ans) : 11,50 €
  • Carte Famille nombreuse : 11,50 €
  • Adhérent Fnac : 14,50 €
  • Demandeurs d'emploi : 11,50 €
  • CONDITIONS :
  • Dernière entrée 45 min avant la fermeture
  • Évacuation des salles 15 min avant la fermeture
  • Dernier accès au guichet 1h avant la fermeture

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