Hilma af Klint au Grand Palais
Hilma af Klint
L’abstraction tenue secrète d’une peintre suédoise

Grand Palais
L’EXPOSITION
« Hilma af Klint. Les peintures du Temple (1906-1915) » est l’exposition que le Grand Palais consacre, du 6 mai au 30 août 2026, à une artiste suédoise qui peignait des compositions abstraites dès 1906, avant Kandinsky, Malevitch et les autres pionniers reconnus de l’abstraction, en réunissant plus de cent peintures et dessins autour de son œuvre maîtresse, le cycle des peintures du Temple.
Hilma af Klint (1862-1944) menait deux vies de peintre : l’une publique, faite de portraits et de paysages, l’autre tenue secrète, où naissaient de vastes œuvres abstraites. Coproduite avec le Centre Pompidou, c’est la première grande exposition que la France consacre à l’artiste.Exposition « Hilma af Klint » | Teaser © Grand Palais et Centre Pompidou
UNE DOUBLE VIE : LA PEINTURE OFFICIELLE ET L’ŒUVRE CACHÉE
De la reconnaissance officielle de son vivant au cycle abstrait gardé secretDe son vivant, Hilma af Klint n’a presque rien laissé voir de sa peinture abstraite. Diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm en 1887, elle expose des portraits et des paysages naturalistes, reconnus par ses contemporains, tout en menant à l’écart une recherche bien plus audacieuse. Persuadée que son époque ne la comprendrait pas, elle exige par testament que ses peintures restent cachées vingt ans après sa disparition. Il faut attendre 1986 et une exposition à Los Angeles pour que ses toiles abstraites soient montrées au public ; sa rétrospective au Guggenheim de New York, en 2018, lui vaudra une reconnaissance internationale.
Hilma af Klint, Chaos originel, n° 1, 1906-1907, huile sur toile, 53 × 37 cm, HaK001 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Cette œuvre cachée naît d’une aventure à la fois collective et spirituelle. À partir de 1896, af Klint réunit autour d’elle quatre amies – Anna Cassel, Cornelia Cederberg, Sigrid Hedman et Mathilda Nilsson – pour fonder le groupe De Fem, dont le nom suédois signifie « Les Cinq ». Au cours de séances de spiritisme, ces femmes disent recevoir des messages d’esprits, qu’elles transcrivent en dessins tracés presque sans y penser. C’est l’un de ces guides qui, en 1906, lui aurait confié la mission de peindre pour un « temple ». Le parcours s’ouvre sur ces dessins médiumniques, signés collectivement par les Cinq. Membre de la Société théosophique – un courant spirituel en vogue vers 1900, qui voulait réconcilier les religions et l’ésotérisme –, af Klint y trouve tout un répertoire de spirales, de cercles et de symboles.
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LES PEINTURES DU TEMPLE : DIX SÉRIES ET DES FORMATS GÉANTS
Cent quatre-vingt-treize tableaux, dix séries, et la salle monumentale des Dix plus grandsLe cœur de l’exposition est ce grand cycle auquel af Klint travaille de 1906 à 1915 : les peintures du Temple, un ensemble de dix séries qui compte au total cent quatre-vingt-treize tableaux. Tout commence en novembre 1906 avec Chaos originel, vingt-six toiles de petit format où des formes encore proches du paysage côtoient spirales et géométries. Le cycle se referme en 1915 sur la série Retable, trois grandes peintures à l’huile et à la feuille d’or. Entre les deux, l’artiste passe sans cesse de la figuration stylisée à l’abstraction la plus radicale. Le Grand Palais en montre plus d’une centaine.
La série la plus connue domine ce parcours : Les Dix plus grands. Peintes à la tempera – une détrempe de pigments liés – sur du papier marouflé, c’est-à-dire collé sur toile, ces dix compositions dépassent trois mètres de haut. Réalisées à l’automne 1907, elles déroulent les quatre âges de la vie, de l’enfance à la vieillesse. Sur des fonds orange, bleus ou mauves, de grandes corolles, des disques et des lignes tourbillonnantes composent un alphabet de formes mi-florales, mi-cosmiques. Elle décrivait une peinture qui passait « directement à travers » elle, sans esquisse préalable.
Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 4 (Jeunesse), 1907, tempera sur papier marouflé sur toile, 315 × 234 cm, HaK105 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Focus sur l’œuvre
Quatrième des dix temperas, Les Dix plus grands, n° 4 figure la jeunesse. Là où l’enfance s’enlève sur fond bleu et où la vieillesse virera au rose, les deux toiles consacrées à cet âge adoptent un fond orange vif et une gestuelle plus énergique ; le bleu et le jaune y rejouent la dualité du féminin et du masculin chère à l’artiste. La détrempe, qu’af Klint emprunte aux retables de la Renaissance italienne admirés lors d’un voyage, et le très grand format obligeaient la peintre à travailler à même le sol de son atelier, aidée de deux membres de son cercle, Cornelia Cederberg et Gusten Andersson. La série entière fut exécutée en une quarantaine de jours.
FOLKLORE, SCIENCE ET ÉSOTÉRISME : AUX SOURCES DE L’ABSTRACTION
Du cabinet d’objets nordiques à la relecture des origines de l’abstractionLe parcours remonte aussi aux sources où l’artiste a puisé. Un cabinet de curiosités rassemble des objets du folklore nordique prêtés par des musées suédois : coiffes brodées, boîtes peintes, et une peinture populaire intitulée L’escalier des âges. Ce motif des étapes de la vie, af Klint le reprendra, transposé dans l’abstraction, au cœur des Dix plus grands. Tout près, des traités de couleurs voisinent avec des ouvrages d’ésotérisme : l’artiste s’intéressait autant à la science des couleurs qu’à la spiritualité. Sa rencontre avec Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie – un mouvement spirituel issu de la théosophie –, infléchit plus tard sa peinture vers des formes plus géométriques.
Hilma af Klint, Évolution, n° 1, 1908, huile sur toile, 102,5 × 134,5 cm, HaK069 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Si ce parcours fait événement, c’est aussi parce qu’il rouvre une question d’histoire de l’art. Les manuels datent en général la naissance de l’abstraction des années 1910-1913, autour de Kandinsky ; or af Klint peignait déjà sans modèle figuratif dès 1906, plusieurs années avant lui. Longtemps ignorée, son œuvre fait depuis peu l’objet d’une forte réévaluation, portée par la relecture de la place des femmes dans l’art moderne. Après sa rétrospective au Guggenheim en 2018 et l’exposition que la Tate Modern lui a consacrée en 2023 face à Mondrian, le Grand Palais lui offre la première exposition d’ampleur organisée en France.
Hilma af Klint, La Série US, n° 5, 1913, huile sur toile, 156,5 × 114,5 cm, HaK130 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
POURQUOI VOIR « HILMA AF KLINT. LES PEINTURES DU TEMPLE (1906-1915) » AU GRAND PALAIS ?
Pour voir réunies, pour la première fois en France, des toiles abstraites qu’une artiste a peintes en secret il y a plus d’un siècle et choisi de cacher jusqu’après sa mort. L’exposition donne à découvrir Les Dix plus grands, dix peintures de plus de trois mètres de haut consacrées aux âges de la vie, le cycle complet des peintures du Temple et le cabinet d’objets folkloriques qui l’a nourri. Le commissariat – le travail de sélection et de mise en récit des œuvres – est confié à Pascal Rousseau, spécialiste des débuts de l’abstraction, et la scénographie à Pascal Rodriguez. Le parcours reste accessible même sans connaître l’histoire de l’art : c’est d’abord une histoire humaine, celle d’une femme longtemps oubliée. Au Grand Palais, l’exposition est coproduite avec le Centre Pompidou.
Hilma af Klint, Retable, n° 1, 1915, huile et feuille d’or sur toile, 237,5 × 179,5 cm, HaK187 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Point de vue critique
Le parcours ne sépare pas l’abstraction d’af Klint de ses racines : il associe les dessins spirites du groupe De Fem, les dix séries du cycle et un cabinet d’objets folkloriques nordiques. On y suit une artiste qui puisait autant dans la théosophie que dans les broderies suédoises et les traités de couleurs. Le commissariat de Pascal Rousseau replace ainsi l’invention abstraite dans son terreau spirituel et populaire.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Hilma af Klint » au Grand Palais ?
L’exposition « Hilma af Klint. Les peintures du Temple (1906-1915) » se tient du 6 mai au 30 août 2026 dans les Galeries 8 du Grand Palais. Elle est ouverte du mardi au dimanche de 10h à 19h30, avec une nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Fermeture hebdomadaire le lundi.
Où réserver ses billets pour « Hilma af Klint » au Grand Palais ?
Les billets pour « Hilma af Klint » sont disponibles via Fnac Spectacles, partenaire billetterie de l’exposition. Le plein tarif est de 16,50 €, avec des tarifs réduits à 12 € pour les étudiants jusqu’à 30 ans et les familles nombreuses, et 13,50 € pour les 18-25 ans. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les visiteurs en situation de handicap, les bénéficiaires des minima sociaux et les demandeurs d’emploi.
Combien de temps dure la visite de « Hilma af Klint » au Grand Palais ?
Comptez environ 1h30 à 2h pour parcourir les dix séries des peintures du Temple, les dessins médiumniques du groupe De Fem, les traités d’ésotérisme en éditions d’époque et le cabinet de curiosités consacré au folklore nordique. La série monumentale des Dix plus grands, composée de dix temperas pouvant atteindre 322 × 239 cm, mérite à elle seule un temps de contemplation prolongé.
Comment se rendre au Grand Palais pour « Hilma af Klint » ?
L’entrée se fait par le square Jean Perrin, au 17 avenue du Général Eisenhower, dans le 8ᵉ arrondissement. Les lignes 1 et 13 du métro desservent la station « Champs-Élysées – Clemenceau », la ligne 9 dessert « Franklin D. Roosevelt ». Le RER C s’arrête à « Invalides », et plusieurs lignes de bus (28, 42, 52, 72, 73, 80, 83, 93) ainsi que des stations Vélib’ jalonnent les abords du monument.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche : 10h - 19h30
- Nocturne le vendredi jusqu’à 22h
- Fermeture hebdomadaire le lundi
