Madeleine de Sinéty au Jeu de Paume
Madeleine de Sinéty
Une vie entière à photographier les invisibles

Jeu de Paume
L’EXPOSITION
« Madeleine de Sinéty. Une vie » est la première rétrospective consacrée à cette photographe autodidacte (1934-2011), présentée au Jeu de Paume, à Paris, du 12 juin au 27 septembre 2026. En couleur autant qu’en noir et blanc, ses images couvrent quatre décennies, de la France aux États-Unis, portées par un même désir : garder la trace de mondes en train de disparaître.
Née dans un château de la vallée de la Loire, qu’un incendie détruit quand elle a quatorze ans, Madeleine de Sinéty a passé huit ans dans un village breton de cinq cents habitants, son appareil autour du cou, à photographier la vie des familles paysannes.Exposition « Madeleine de Sinéty » | Teaser © Jeu de Paume
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LA GRANDE BASCULE : du château à un village breton
Du château de la Loire aux fermes bretonnesFille d’un comte et d’une comtesse, Madeleine de Sinéty grandit dans un milieu où l’accès à la ferme du domaine familial lui est même interdit. Après l’École des arts décoratifs de Paris, elle gagne sa vie comme dessinatrice de mode pour des magazines et évolue dans le milieu aristocratique de la capitale. La photographie vient tard : autodidacte, elle n’achète son premier appareil qu’à la fin des années 1960, encouragée par le journaliste américain Daniel Behrman, rencontré à Paris. Elle photographie d’abord son quartier de Montparnasse et les trains à vapeur.
années passées dans le village breton de Poilley (1972-1980)
Madeleine de Sinéty, La Charrette de pommes, Poilley, 1974, Photographie couleur © Succession Madeleine de Sinéty
À l’été 1972, en revenant d’un séjour en Bretagne, elle quitte la nationale bondée et s’arrête par hasard à Poilley, en Ille-et-Vilaine, à une soixantaine de kilomètres au nord de Rennes. Le coup de foudre est immédiat. À trente-sept ans, elle met fin à sa carrière d’illustratrice et s’installe dans ce village de cinq cents âmes, où Marie Touchard et sa petite-fille Béatrice l’accueillent et deviennent ses amies. De 1972 à 1980, elle partage le quotidien d’une vingtaine de fermes – les travaux des champs, les fêtes de village, la mort du cochon, le rythme des saisons. Acceptée peu à peu, elle photographie l’intérieur des maisons et les visages : plus de cinquante mille images d’une campagne en pleine transformation.
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GARDER LA TRACE : des trains à vapeur au Maine
Sauver la mémoire des mondes qui s’effacentUn même fil relie ses séries : sauver la mémoire de métiers, de lieux et de gestes voués à disparaître. Avec Daniel Behrman, elle suit d’abord les derniers trains à vapeur et se lie avec les cheminots des lignes secondaires, qui la laissent monter clandestinement dans la cabine des conducteurs. À Paris, autour de la gare Montparnasse, elle photographie un quartier populaire de cafés ouvriers et d’ateliers d’artistes, sacrifié à la nouvelle gare et à la tour – une tour qu’elle qualifie, dans son journal, de « mirador de cauchemar ». Elle réunit ces images sous le titre Paris démoli.
Munie de son premier appareil 35 mm, la photographe alterne noir et blanc et diapositives Kodachrome pour suivre, dès 1969, les derniers trains à vapeur encore en circulation.
Ses voyages new-yorkais la conduisent au Meatpacking District, le marché de gros de la viande au sud de Manhattan, qu’elle arpente au petit matin entre carcasses suspendues et voie ferrée aérienne – au moment même où Paris vient de raser ses Halles. Plus tard, installée à Rangeley, dans le Maine, elle devient la photographe attitrée d’une petite communauté rurale, fixant mariages, remises de diplômes et familles modestes. Partout, la même manière de faire : vivre longtemps auprès de ses sujets, jusqu’à ce que l’appareil s’oublie, et rendre visibles des existences que personne ne regarde – paysans, cheminots, femmes seules, familles vivant de l’aide sociale.
Madeleine de Sinéty, Guingamp–Paimpol, 1971, Photographie couleur © Succession Madeleine de Sinéty
Focus sur l’œuvre
Prise le long de la ligne Guingamp-Paimpol, dans les Côtes-d’Armor, cette photographie appartient à la série des « Vapeurs », le reportage que Madeleine de Sinéty consacre, à partir de 1969, avec le journaliste Daniel Behrman, aux derniers trains à vapeur encore en circulation. Au premier plan, une fillette vêtue de rose se tient sur le seuil d’une maison bretonne, tandis qu’une femme assise lit le quotidien régional Ouest-France ; un petit chien et un balai occupent le coin de la pièce, près d’un réfrigérateur blanc. Par la porte ouverte, une locomotive à vapeur traverse le paysage : l’image fait ainsi le trait d’union entre l’univers ferroviaire suivi sur cette ligne et la vie domestique rurale bretonne qu’elle s’apprête à embrasser. Réalisée en couleur à une époque où le noir et blanc dominait la photographie documentaire, elle témoigne de son usage précoce de la diapositive. C’est à cette ligne que la photographe consacrera, en 1997, le livre Guingamp-Paimpol : deux minutes d’arrêt.
RÉVÉLÉE APRÈS SA MORT : la première rétrospective
Une œuvre révélée après sa disparitionDe son vivant, Madeleine de Sinéty travaille en solitaire, sans commande ni magazine, et montre très peu ses images – et seulement en noir et blanc, notamment à la Bibliothèque nationale de France en 1996. Morte à Rangeley en 2011, elle reste longtemps méconnue. La redécouverte s’amorce en 2020, quand le centre d’art GwinZegal l’expose et lui consacre un livre autour de ses photographies en couleur. Son fonds d’archives – plusieurs centaines de milliers d’images – rejoint aujourd’hui les collections publiques, et sa donation à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, coproductrice de l’exposition, est en cours.
Organisée dans l’ordre des années, cette première rétrospective déroule quatre décennies, de Paris jusqu’au Maine, en mêlant aux photographies des extraits du journal intime que l’artiste a tenu toute sa vie. Le commissariat – l’équipe qui a choisi les œuvres et conçu le parcours – est confié à Quentin Bajac et Jérôme Sother ; la scénographie, la façon dont les salles sont agencées, est signée Pauline Phelouzat. Une large place y est faite à ses couleurs, longtemps restées à l’état de diapositives et non montrées de son vivant. Le catalogue, première monographie consacrée à la photographe, s’ouvre d’ailleurs sur un texte d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature : la rencontre de l’écrivaine des vies ordinaires et de celle qui les a fixées sur pellicule.
Madeleine de Sinéty, Meatpacking District, Manhattan, New York, 1972, Photographie couleur © Succession Madeleine de Sinéty
PARIS DÉMOLI : le vieux Montparnasse face au béton
Le vieux quartier face à la tourAu début des années 1970, installée boulevard Edgar-Quinet, dans le 14e arrondissement, la photographe arpente l’ancien quartier de la gare Montparnasse, promis à la démolition. Au bout d’une rue bordée d’immeubles anciens et de petits commerces se dresse la tour alors en construction, silhouette de béton et de verre érigée au nom de la « modernité ».
Madeleine de Sinéty, Quartier du Montparnasse, Paris, vers 1972, Photographie couleur © Succession Madeleine de Sinéty
Focus sur l’œuvre
Au bout d’une ruelle pavée bordée de façades anciennes et d’enseignes de petits commerces, la tour Montparnasse, encore en construction, domine les toits au second plan. Le cadrage frontal oppose l’échelle écrasante de l’édifice à la modestie du bâti populaire du premier plan, faisant tenir dans une seule image l’avant et l’après d’un quartier.
POURQUOI VOIR "MADELEINE DE SINÉTY. UNE VIE" AU JEU DE PAUME ?
Pour voir comment une héritière partie vivre parmi les paysans a construit, en huit ans passés dans un village breton, un témoignage intime sur une France rurale en train de basculer dans la modernité. L’exposition réunit des séries pour la plupart inédites, où ses couleurs – longtemps enfermées dans des boîtes de diapositives – côtoient ses images en noir et blanc. Vous y suivrez, salle après salle, une trajectoire de vie autant qu’une œuvre : les trains à vapeur, le Montparnasse démoli, les abattoirs de Manhattan, puis les campagnes du Maine.
Madeleine de Sinéty, Portland, 1995, Photographie noir et blanc © Succession Madeleine de Sinéty
Point de vue critique
Prise à Portland en 1995, cette scène de rue en noir et blanc rassemble adultes et enfants sur un trottoir, entre une chaise longue et une maison de bois. Rien n’y est posé ni jugé. Comme à Poilley, la photographe travaille sur la durée : installée dans le Maine depuis 1985, elle y documente des familles modestes, souvent dépendantes de l’aide sociale. De cette familiarité patiente naît une densité humaine que peu de reportages égalent.
Dense, le parcours reste facile à suivre, porté par des portraits qui se lisent d’emblée. La programmation le prolonge avec la projection du documentaire Le Village de Madeleine de Julie Bertuccelli. Et dans les mêmes murs, le Jeu de Paume présente en parallèle « Fragile beauté », la collection photographique d’Elton John et David Furnish.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Madeleine de Sinéty » au Jeu de Paume ?
L’exposition « Madeleine de Sinéty » se tient au Jeu de Paume du 12 juin au 27 septembre 2026. Le musée ouvre le mardi de 11h à 21h, puis du mercredi au dimanche de 11h à 19h. Il est fermé le lundi.
Où réserver ses billets pour « Madeleine de Sinéty » au Jeu de Paume ?
Les billets pour « Madeleine de Sinéty » se réservent en ligne sur Tiqets, au plein tarif de 14 €, sans frais additionnels. Le tarif réduit est de 9,50 € et l’entrée reste gratuite pour les moins de 18 ans.
Combien de temps dure la visite de « Madeleine de Sinéty » au Jeu de Paume ?
Comptez la durée d’un parcours chronologique en cinq salles, des trains à vapeur aux campagnes du Maine. Le Jeu de Paume ne publie pas de durée officielle : la déambulation se fait librement, à votre rythme.
Comment se rendre au Jeu de Paume pour « Madeleine de Sinéty » ?
Le Jeu de Paume se situe 1 place de la Concorde, dans le Jardin des Tuileries (Paris 1er). En métro, descendez à la station « Concorde » (lignes 1, 8 et 12), sortie n°1. Les bus 42, 72, 73, 84 et 94 desservent l’arrêt « Concorde », et des stations Vélib’ se trouvent rue Cambon et place de la Madeleine.
Le Jeu de Paume est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Madeleine de Sinéty » ?
Oui. Le Jeu de Paume est accessible aux personnes à mobilité réduite. Un itinéraire adapté en fauteuil roulant est balisé depuis la Grille du Pont de Fer, côté quai des Tuileries ; le musée détaille cet accès sur sa page dédiée.
Y a-t-il des nocturnes pour « Madeleine de Sinéty » au Jeu de Paume ?
Oui. Chaque mardi, le Jeu de Paume prolonge son ouverture jusqu’à 21h, un créneau idéal pour découvrir l’exposition en soirée. Du mercredi au dimanche, la fermeture est à 19h.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Lundi : fermé
- Mardi : 11h - 21h
- Du mercredi au dimanche : 11h - 19h
- Fermé les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre
- Les 24 et 31 décembre : fermeture à 17h
