Sèvres, une passion Rothschild au Mobilier National
Sèvres, une passion Rothschild
La passion d’une dynastie pour la porcelaine de Sèvres

Mobilier national
L’EXPOSITION
« Sèvres, une passion Rothschild » est l’exposition que le Mobilier national présente à la Galerie des Gobelins, du 17 avril au 26 juillet 2026, autour de la passion d’une famille pour la porcelaine de Sèvres du XVIIIᵉ siècle.
Au XIXᵉ siècle, plusieurs Rothschild se disputaient ces pièces du XVIIIᵉ siècle, enchérissant les uns contre les autres avant de se les transmettre. Les Manufactures nationales – Sèvres & Mobilier national et l’Académie des beaux-arts s’associent ici pour la première fois ; l’exposition réunit, autour de Béatrice Ephrussi de Rothschild, des Sèvres prêtés par le Louvre, Versailles, Waddesdon Manor ou le Metropolitan Museum.Exposition « Sèvres, une passion Rothschild » | Teaser © Cultival
UNE PASSION DE FAMILLE : COMMENT LES ROTHSCHILD ONT RÉGNÉ SUR LE "VIEUX SÈVRES"
Des banquiers de Francfort aux maîtres du « vieux Sèvres »L’histoire commence à Francfort, avec Mayer Amschel Rothschild, modeste marchand du quartier juif. Ses cinq fils fondent des banques à Londres, Naples, Vienne, Paris et Francfort – d’où les cinq flèches de leur blason. Tous deviennent collectionneurs, avec un goût commun : le « vieux Sèvres », cette porcelaine du XVIIIᵉ siècle que les collectionneurs recherchent de nouveau à partir des années 1820. La famille domine bientôt les grandes ventes et réunit l’essentiel des belles pièces de la manufacture. Le vase « à têtes d’éléphants » de Waddesdon Manor, à la forme imaginée par le créateur de modèles Jean-Claude Duplessis, dit ce qu’ils recherchaient : la prouesse technique et l’audace des couleurs.
objets légués par Béatrice Ephrussi de Rothschild à l’Académie des beaux-arts en 1934, dont plus de mille porcelaines de Sèvres
Manufacture de Sèvres, attribué à Jean-Louis Morin (peintre), Vase « à têtes d’éléphants », vers 1760, porcelaine tendre, Waddesdon Manor © DR
Au cœur du parcours se tient Béatrice Ephrussi de Rothschild (1864–1934), petite-fille de James, fondateur de la branche française, et l’une des plus ferventes « Sèvres-maniaques » de la famille. En 1906, elle achète un éperon rocheux du cap Ferrat et y fait bâtir la villa Île-de-France. Un an avant sa mort, en 1934, elle lègue à l’Académie des beaux-arts la demeure et près de 6 000 objets – dont plus de mille Sèvres –, en hommage à son père Alphonse. Cette maison-musée de Saint-Jean-Cap-Ferrat conserve aujourd’hui sa collection de Sèvres, dont une partie monte à Paris le temps de l’exposition. Le commissariat – l’équipe qui a choisi les œuvres – réunit Oriane Beaufils, directrice des collections de la Villa Ephrussi, et Viviane Mesqui, conservatrice au musée national de Céramique à Sèvres.
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ROSE POMPADOUR ET VERT POMME : LES COULEURS D’UN GOÛT
La porcelaine tendre et ses teintes inimitablesLa manufacture naît en 1740 à Vincennes, devient « royale » en 1753, puis gagne Sèvres en 1756. Sa spécialité est la porcelaine tendre, plus fragile que la porcelaine ordinaire mais seule capable de fixer des couleurs vives. Deux d’entre elles feront la signature de ces collections : un vert pomme profond, lancé dès 1756, et un rose créé l’année suivante par Philippe Xhrouet, le « rose Pompadour ». Un pot-pourri en forme de navire, dit « vaisseau à mât » (musée du Louvre), résume cette virtuosité : livré vers 1760 à Madame de Pompadour, la favorite de Louis XV, pour son hôtel d’Évreux – l’actuel palais de l’Élysée –, il compte parmi les dix seuls exemplaires réalisés, dont la moitié a appartenu aux Rothschild.
création du « rose Pompadour » par Philippe Xhrouet, un an après le vert lancé en 1756
Ces porcelaines n’étaient pas faites pour les vitrines, mais pour des intérieurs habités. Dans leurs demeures – Ferrières, Waddesdon Manor, des hôtels à Paris ou à Londres –, les Sèvres voisinaient avec les meubles et les tableaux, dans ce que les décorateurs nomment encore le « goût Rothschild ». L’exposition reconstitue plusieurs de ces décors et présente les douze aquarelles du château de Ferrières du décorateur Eugène Lami, montrées ensemble pour la première fois. La famille était aussi réputée pour ses tables : James de Rothschild recruta en 1826 le cuisinier Antonin Carême, inventeur du « soufflé Rothschild ». Cette passion s’est prolongée jusqu’au XXᵉ siècle, le dernier des grands « Sèvres Rothschild » étant un canard de porcelaine signé du sculpteur François-Xavier Lalanne.
Jean-Claude Duplessis (vers 1695–1774), Manufacture de Vincennes, Terrine « forme nouvelle » en première grandeur, service « bleu céleste de Louis XV », 1754, porcelaine tendre, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © GrandPalais Rmn Château de Versailles / Gérard Blot
Focus sur l’œuvre
Cette terrine couverte à fond turquoise, le fameux « bleu céleste », porte sur son couvercle un citron peint au naturel en guise de prise ; de larges réserves blanches y déploient des bouquets de fleurs polychromes, encadrés d’une riche dorure. Son dessin revient à Jean-Claude Duplessis, orfèvre du roi, qui s’inspire des modèles d’orfèvrerie de son temps. La pièce appartient au service « bleu céleste » de Louis XV, premier grand service de table complet livré par la manufacture de Vincennes – 1 749 pièces livrées entre 1753 et 1755 –, dont le fond turquoise fut mis au point par le chimiste Jean Hellot en 1753. Transféré au Petit Trianon vers 1778, ce service fut employé par Marie-Antoinette jusqu’à la Révolution. L’une des deux terrines « forme nouvelle » vendues 2 400 livres pièce en 1754, elle appartint au baron Robert de Rothschild, dissociée de son grand plateau.
DE LA SPOLIATION AUX MUSÉES : LA GUERRE, PUIS LA GÉNÉROSITÉ
Des saisies de l’Occupation aux dons qui les ont rendues publiquesLe parcours ne s’en tient pas au faste. Une section entière revient sur la Seconde Guerre mondiale, quand les collections de la famille furent visées par les persécutions antisémites. En Allemagne, l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, l’organisme nazi chargé du pillage des biens culturels, organisa leur saisie systématique. En France, le régime de Vichy plaça les biens des Rothschild sous séquestre – il les saisit – avant de les vendre. Plusieurs pièces rejoignirent alors les collections publiques par préemption, c’est-à-dire un achat prioritaire de l’État. La plupart furent restituées après la guerre. Mais les recherches menées pour l’exposition ont montré que certaines ne l’ont pas encore été : un dossier a depuis été déposé devant la CIVS, la commission qui indemnise les victimes de spoliations antisémites. La cuvette « Verdun » présentée ici a pu être retracée grâce à l’étiquette de marchand qu’elle porte encore au revers, liée à une vente d’après-guerre.
Si tant de ces porcelaines sont aujourd’hui visibles dans les musées, c’est aussi parce que la famille s’est montrée généreuse. Dès 1922, la baronne Adèle de Rothschild lègue ses collections à l’État, et une partie de ses Sèvres rejoint le Louvre. En 1934, Béatrice Ephrussi offre la sienne à l’Académie des beaux-arts. En 1990, par dation – une œuvre cédée à l’État pour acquitter un impôt –, les héritiers du baron Edmond font entrer plusieurs porcelaines au Louvre. Ces dons expliquent pourquoi une porcelaine née pour des palais privés se découvre aujourd’hui dans une institution publique, à la Galerie des Gobelins.
Manufacture de Sèvres, Cuvette « Verdun », première grandeur, vers 1758, porcelaine tendre, collection particulière © DR
POURQUOI VOIR "SÈVRES, UNE PASSION ROTHSCHILD. DE LA VILLA EPHRUSSI À PARIS" AU MOBILIER NATIONAL ?
On vient ici suivre une même matière, la porcelaine, à travers le destin d’une famille : du goût partagé aux enchères entre cousins, puis des spoliations de la guerre aux dons qui l’ont rendue publique. Vous y verrez des vases en forme de vaisseaux, d’éléphants ou d’ananas, le « bleu céleste » de Louis XV et le rose Pompadour. Prêtées par le Louvre, Versailles, Waddesdon Manor ou le Metropolitan Museum, beaucoup de ces pièces se trouvent d’ordinaire séparées : l’exposition les réunit le temps de quelques mois.
Manufacture de Sèvres, attribué à Charles Nicolas Dodin (peintre, actif de 1754 à 1803), Pot-pourri « à vaisseau » ou « en navire », dit aussi « vaisseau à mât », vers 1760, porcelaine tendre, Paris, musée du Louvre, OA 10965 © Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier
Point de vue critique
Plutôt que d’aligner de belles porcelaines, le parcours suit un fil unique et concret : une même matière, la porcelaine de Sèvres, à travers une famille, du vaisseau à mât de Madame de Pompadour au canard de Lalanne. Il y mêle pièces royales, archives inédites et décors reconstitués, et consacre une section entière aux spoliations de la guerre et aux restitutions encore en cours.
Une section revient avec sobriété sur les spoliations subies pendant la Seconde Guerre mondiale. Le parcours se visite bien en famille, des médiateurs proposant des visites pour les enfants. Au Mobilier national, vous y croiserez même un canard de porcelaine signé François-Xavier Lalanne, preuve que ce goût des Rothschild pour Sèvres ne s’est pas arrêté au XVIIIᵉ siècle.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Sèvres, une passion Rothschild » au Mobilier national ?
L’exposition se tient du 17 avril au 26 juillet 2026, à la Galerie des Gobelins. Le lieu accueille les visiteurs du mardi au dimanche, de 11h - 18h, avec une dernière entrée à 17h15 ; il est fermé le lundi, ainsi que le 1ᵉʳ mai.
Où réserver ses billets pour « Sèvres, une passion Rothschild » au Mobilier national ?
Les visites guidées se réservent en ligne auprès de Cultival, à partir de 14 € en tarif adulte, ou via la Fnac (14 € + 0,99 € de frais de service). Le tarif étudiant est de 9 €, sur présentation d’un justificatif.
Combien de temps dure la visite de « Sèvres, une passion Rothschild » au Mobilier national ?
Comptez environ 1h30 pour une visite guidée. Le parcours se prête bien à une découverte en famille, des médiateurs proposant des visites adaptées aux enfants.
Comment se rendre au Mobilier national pour « Sèvres, une passion Rothschild » ?
La Galerie des Gobelins se situe au 42 avenue des Gobelins, 75013 Paris. En métro : ligne 7, station « Les Gobelins », ou lignes 5 et 6 à « Place d’Italie ». En bus : lignes 27, 47, 83 et 91.
Le Mobilier national est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Sèvres, une passion Rothschild » ?
La Galerie des Gobelins est accessible aux personnes à mobilité réduite : un ascenseur dessert les espaces d’exposition. Une assistance peut être proposée à l’accueil selon les besoins.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Mardi au dimanche : 11h - 18h
- Fermé le lundi
- Dernière entrée à 17h15
- Fermeture exceptionnelle le 1ᵉʳ mai
