Huma Bhabha / Alberto Giacometti à Institut Giacometti
Huma Bhabha / Alberto Giacometti
Quand Bhabha défie Giacometti : le corps résiste

Institut Giacometti
L'EXPOSITION
« Huma Bhabha / Alberto Giacometti » se tient du 6 février au 24 mai 2026 à l'Institut Giacometti. L'exposition rassemble des sculptures inédites de Bhabha (née à Karachi en 1962) et des pièces majeures de Giacometti (1901–1966), dont l'Homme qui marche (1960), les Femmes de Venise (1956) et La Jambe (1958).
Au centre du parcours : la figure humaine entre force et fragilité, traversée d'un humour caustique et noir.Exposition « Huma Bhabha / Alberto Giacometti » | Teaser © Institut Giacometti
LE FACE-À-FACE DES ATELIERS
Deux espaces de création, deux rapports au corpsVingt-quatre mètres carrés. Alberto Giacometti n'a jamais quitté son atelier du 46, rue Hippolyte-Maindron, concentrant sa pratique dans un espace exigu et encombré. Huma Bhabha, installée à Poughkeepsie (État de New York) depuis 2002 avec le peintre Jason Fox, y a récemment fait construire un atelier vaste et lumineux, conçu pour observer ses sculptures de loin et sous plusieurs angles. L'exposition s'ouvre sur cette confrontation entre deux rapports à l'espace.
Huma Bhabha, So Am I, 2025, liège, polystyrène, argile, fil de fer, os, acrylique, bâton à l'huile, craie et bois © Huma Bhabha / Courtesy de l'artiste et David Zwirner
Dans le patio, l'Homme qui marche (1960) de Giacometti poursuit sa progression. Face à lui, les pieds d'Untitled (2022) de Bhabha restent plantés au sol tandis que le corps semble avoir été soufflé – comme dans un film de zombies. À travers la fenêtre, Magic Carpet montre des jambes bottées de caoutchouc marchant sur un tapis volant, référence amusée à la silhouette emblématique de Giacometti.
Elle rejoint Giacometti dans une conviction : « tout se résout autour du corps humain ».
La commissaire Émilie Bouvard a construit le dialogue autour de la figure humaine, à la fois fragile et forte, féminine et masculine, drôle et mélancolique. Se revendiquant « expressionniste », Bhabha assemble argile, liège et bronze pour faire surgir des formes chargées d'affects.
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L'ŒIL DU CINÉMA
Quand la sculpture emprunte au septième artBhabha nourrit une passion pour le cinéma, des films de genre et de science-fiction au film noir des années 1940–1950. En 2018, son installation We Come in Peace sur le toit du Metropolitan Museum de New York – deux figures monumentales en bronze – l'avait imposée sur la scène internationale. Pour elle, Giacometti est « postcinéma » : ses figures paraissent floues, créant une profondeur et une distance cinématographiques. Dès le début des années 2000, elle réalise des figures filaires proches de celles de Giacometti et place autour de Karachi des pieds qui marchent, composant des saynètes incongrues comme des scènes de film.
En vis-à-vis, le cabinet d'art graphique et de photographie présente pour la première fois des planches-contacts du photographe et cinéaste suisse Ernst Scheidegger (1923–2016). Ami de Giacometti depuis leur service militaire en Engadine en 1943, Scheidegger l'a photographié pendant près de vingt ans et lui a consacré un documentaire achevé en 1965. Les suites d'images installant les sculptures en extérieur évoquent des storyboards. L'œil de cinéaste de Scheidegger était peut-être sensible, lui aussi, à la qualité cinématographique de l'art de Giacometti.
Deux films prolongent le dialogue dans le salon Follot : They Live (1988) de John Carpenter et La Belle et la Bête (1946) de Jean Cocteau.
Alberto Giacometti (1901–1966), Homme qui marche II, 1960, plâtre © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2026
Focus sur l'œuvre
L'Homme qui marche II fait partie des trois plâtres grandeur nature réalisés par Giacometti en 1960, dans le cadre d'un projet de commande pour le parvis de la Chase Manhattan Bank à New York, conçu par l'architecte Gordon Bunshaft. Ce projet n'a jamais abouti, mais les figures créées à cette occasion – une grande femme, un homme qui marche et une grande tête – sont devenues des icônes de la sculpture du XXe siècle. La silhouette étirée et filiforme, aux pieds massifs semblant s'arracher du socle, condense puissance et vulnérabilité humaines. Giacometti avait d'abord travaillé le motif de la marche dès 1947 avec un premier Homme qui marche de grande dimension inspiré du modèle égyptien, avant de le reprendre en 1960 dans ces trois versions définitives. Dans l'exposition, cette figure est placée dans le patio de l'Institut, poursuivant sa marche solitaire face aux sculptures de Bhabha dont les pieds restent au contraire plantés au sol.
Le premier aborde le devenir totalitaire des sociétés occidentales par la science-fiction ; le second médite sur le trouble des apparences – la Bête n'est pas ce qu'elle paraît être.
TÊTES, FIGURES ET FRAGMENTS
Du grand blessé aux vestiges quasi archéologiquesAu centre de la grande salle, Don't Cast a Shadow (2025) se dresse comme un grand blessé. Achevée par Bhabha pour l'exposition, la sculpture présente un corps comme troué d'impacts qui tient pourtant debout. Sa tête ronde est attendrissante. Les marques qui strient le torse – côtes saillantes, ombilic – s'inspirent des scarifications de la statuaire africaine et du réalisme des Bouddhas affamés de la tradition asiatique.
Depuis 2020, les têtes de Bhabha mêlent violence et fragilité. Assemblages, modelages d'argile ou bronzes peints donnent la sensation d'une chair entre vie et mort. En regard, la dimension grotesque de Giacometti ressort : sa Tête sans crâne voit l'arrière du crâne disparaître, entre amputation et humour grinçant.
Huma Bhabha, Listen to What I'm Not Saying, 2021, bois, plâtre, argile, fil métallique et acrylique © Huma Bhabha / Courtesy de l'artiste et David Zwirner
Focus sur l'œuvre
Listen to What I'm Not Saying illustre la méthode de construction caractéristique de Bhabha : des matières composites – fragments de bois brut, strates de plâtre et d'argile, nervures de fil métallique rehaussées d'acrylique – forment une tête-buste dont l'épiderme craquelé et les nuances incarnat évoquent une chair à la fois vivante et abîmée. Le titre suggère une communication silencieuse qui passe par la matière et la forme plutôt que par les mots – un principe partagé avec Giacometti, dont les silhouettes émaciées expriment l'essentiel de l'être humain sans la moindre parole.
Dans la salle médiane de « Huma Bhabha / Alberto Giacometti », Féroce, figure féminine créée pour l'occasion au corps tout en angles et au visage comme rongé, se tient aux côtés de deux Femmes de Venise (1956) et d'une Grande Femme (1958). Chez Giacometti, la couleur fait ressortir la structure du corps et lui confère une dimension rituelle ; chez Bhabha, elle renforce l'ambivalence des caractères sexuels.
Alberto Giacometti (1901–1966), Femme de Venise I, 1956, plâtre peint © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2026
En dernière salle, neuf terres cuites sans titre réalisées début 2022 lors d'une résidence à Oaxaca (Mexique) représentent des fragments de corps, cuites dans un four traditionnel en plein air. La Jambe de Giacometti (1958) les accompagne – coupée mais dressée. Dans le corridor, Waddah de Bhabha – du nom d'un prisonnier mort à Guantánamo – voisine avec des fragments à l'allure archéologique et des dessins des deux artistes inspirés par Giotto.
POURQUOI ALLER VOIR L'EXPO "HUMA BHABHA / ALBERTO GIACOMETTI" ?
« Huma Bhabha / Alberto Giacometti » à l'Institut Giacometti déploie un face-à-face physique entre assemblages contemporains et plâtres du XXe siècle, des ateliers reconstitués au corridor final. L'exposition prolonge un premier dialogue présenté en 2025 au Barbican Centre de Londres sous le titre Nothing is behind Us, premier volet d'une série de trois rencontres Giacometti co-organisées avec le Barbican, qui accueillera aussi Mona Hatoum et Lynda Benglis.
Alberto Giacometti (1901–1966), La Jambe, 1958, plâtre © Succession Alberto Giacometti / Adagp, Paris 2026
Point de vue critique
L'Institut Giacometti réussit un pari risqué : faire tenir dans ses salles intimes le choc de deux univers que soixante ans séparent. Les assemblages cabossés de Bhabha – liège, os, fil de fer – ne figurent pas à côté des plâtres de Giacometti : ils les prolongent, les bousculent, les rendent plus étranges encore. On sourit devant Magic Carpet, on frissonne devant les têtes. Rarement un dialogue sculptural aura été aussi physique – et aussi drôle.
De salle en salle, le plâtre griffé de Giacometti et l'argile de Bhabha, façonnée au four en plein air à Oaxaca, portent la trace visible du modelage. Le billet à l'Institut Giacometti donne accès à cet espace intime du 14e arrondissement, où l'atelier reconstitué de Giacometti voisine avec les installations. La Jambe (1958), coupée mais fière, côtoie les fragments de terre cuite de Bhabha – un peu archéologiques, un peu souriants.
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Huma Bhabha / Alberto Giacometti » à l'Institut Giacometti ?
L'exposition se tient du 6 février au 24 mai 2026. L'Institut Giacometti est ouvert du mardi au dimanche, de 10h - 18h (dernière entrée à 17h20). L'entrée est gratuite le premier jour de chaque exposition, sans réservation.
Où réserver ses billets pour « Huma Bhabha / Alberto Giacometti » à l'Institut Giacometti ?
Les billets sont disponibles en ligne sur la billetterie de l'Institut Giacometti. Le plein tarif est de 9 €. Un tarif réduit à 3 € est proposé pour les 18–26 ans, les demandeurs d'emploi, les enseignants (Pass Éducation) et les artistes affiliés. L'entrée est gratuite pour les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur.
Combien de temps dure la visite de « Huma Bhabha / Alberto Giacometti » à l'Institut Giacometti ?
Comptez environ 1h à 1h30 pour découvrir l'ensemble du parcours, qui se déploie du patio aux salles intérieures en passant par le cabinet d'art graphique et le salon Follot où deux films sont projetés.
Comment se rendre à l'Institut Giacometti pour « Huma Bhabha / Alberto Giacometti » ?
L'Institut Giacometti se situe au 5 rue Victor Schoelcher, 75014 Paris. En métro : lignes 4 et 6, stations Raspail ou Denfert-Rochereau. En RER : ligne B, gare Denfert-Rochereau. En bus : lignes 38, 68, 88 et 91.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche de 10h - 18h
- Dernière entrée à 17h20
- Fermé le lundi
- Fermé le 1er mai
