Normes Corps au Palais de Tokyo
Normes Corps
Huit expositions sur les corps que les normes contraignent

Palais de Tokyo
L’EXPOSITION
« Normes Corps » est la saison que le Palais de Tokyo consacre, du 3 avril au 13 septembre 2026, aux corps que les normes mettent à l’écart. Huit expositions y sont réunies, de la première rétrospective d’une sculptrice britannique à une intervention qui s’en prend à l’architecture même du bâtiment.
Le fil commun : regarder la vulnérabilité, le handicap et la fragilité non comme des manques, mais comme une matière de création.Exposition « Normes Corps » | Teaser © Palais de Tokyo
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LE GESTE : tout un bâtiment au prisme de la fragilité
Quand la fragilité devient une force partagéeLa saison est imaginée sous la présidence de Guillaume Désanges, qui en signe aussi le texte d’introduction. Elle part d’un mot précis : le validisme, ce système qui classe les corps selon une norme de santé et de performance. Il range d’un côté ceux qu’il juge conformes, de l’autre ceux qu’il tient pour déficients. Plutôt que d’en faire un motif d’apitoiement, la saison retourne la perspective : la fragilité y devient une expérience commune, et même une force créatrice. Il suffit d’un accident, d’une maladie ou de l’âge pour basculer hors de la norme. C’est, rappelle la saison, sans doute la chose la mieux partagée de l’humanité. Toutes les expositions n’abordent pas le sujet de la même façon : la programmation passe des œuvres les plus abstraites aux plus ouvertement engagées.
Cathy de Monchaux, Dreamboat, 1986 © Adagp, Paris, 2026
Le geste engage le bâtiment lui-même, jusqu’à ses espaces les moins accessibles. « Et si la conscience de la fragilité contaminait le monde des valides ? », demande Guillaume Désanges. Dès sa nomination à la présidence, en 2022, il décrivait déjà l’institution comme un « corps vivant ». La saison le prend au mot, en prolongeant l’attention portée ces dernières années à l’inclusion, à la santé mentale et aux différences. Pour le Palais de Tokyo, l’enjeu est aussi très matériel : rendre les espaces, les œuvres et les textes réellement accessibles, et faire évoluer les manières de travailler avec les artistes et les publics. Un même billet ouvre l’accès aux huit expositions, que l’on peut enchaîner au cours d’une visite.
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GRANDES FIGURES : la vulnérabilité devient sculpture
Cathy de Monchaux, Pauline Curnier Jardin, Jesse DarlingLe Palais de Tokyo présente la première rétrospective consacrée à Cathy de Monchaux, sculptrice britannique, sous le titre « Studio, Wounds and Battles, Desire is the Reiteration of Hope ». Elle réunit une cinquantaine d’œuvres, de 1984 à nos jours, où le velours côtoie le métal, la dentelle de rivets et l’os. Ses sculptures jouent de la séduction et de la menace, de l’intime au monumental : du panier en forme de barque Dreamboat (1986) à la licorne de métal Bronze unicorn (2025). Cette dernière fait écho à la toute première pièce qu’elle garde, depuis ses années d’étudiante, comme un totem. Ses titres relèvent d’un travail d’écriture, comme Never forget the power of the tears.
La même saison réunit « Virages Vierges », l’exposition monographique d’envergure de Pauline Curnier Jardin. Installations vidéo et sculptures y composent des atmosphères entre théâtre, cinéma et rituel, autour des corps féminins, de leurs injonctions et de leur puissance. Conçue avec le musée Reina Sofía de Madrid, l’exposition accompagne la première monographie consacrée à l’artiste, à paraître en 2026. L’une de ses nouvelles pièces s’inspire d’un cinéma clandestin repéré en 2004 sous le Trocadéro voisin. Sous la grande Verrière, Jesse Darling – lauréat du Turner Prize 2023 – installe une nouvelle production : un paysage d’enseignes et d’affiches devenues illisibles, où se dresse une foule de pupitres de discours coiffés de drapeaux. À partir de matériaux industriels et de rebuts, l’artiste accentue les marques d’usure pour souligner la précarité des objets autant que des pouvoirs qu’ils servent. Le titre, « Les Ambassadeurs », emprunte au tableau de Hans Holbein le Jeune Les Ambassadeurs (1533), une « vanité » : ces tableaux anciens qui, derrière les signes du pouvoir, rappellent que la vie est brève.
Cathy de Monchaux, Once upon a Fuck, once upon a Lifetime, once upon a Duchamp, 1992. Centre national des arts plastiques / Cnap (Paris). Courtesy de l’artiste et de la Galerie Jennifer Flay © Adagp, Paris, 2026
Focus sur l’Œuvre
Cette sculpture murale de 1992, conservée dans la collection du Centre national des arts plastiques, est emblématique du travail de Cathy de Monchaux au début des années 1990. Des rouleaux de papier blanc doublés d’une peluche rouge charnue s’y trouvent fixés au mur par des pinces de laiton aux griffes ouvragées. Le titre, qui détourne le nom de Duchamp, illustre le travail d’écriture de l’artiste, dimension textuelle que le Palais de Tokyo relève comme l’un des ressorts de son œuvre.
LE MUSÉE EN QUESTION : l’accessibilité comme sujet
L’accessibilité prise comme matière d’œuvreC’est peut-être le geste le plus frontal de la saison. Invité dans l’espace Païpe, l’un des lieux les moins accessibles du Palais aux personnes à mobilité réduite, l’artiste américain Joseph Grigely en fait le cœur de « This Is Where We Are ». Sourd, il travaille depuis plus de trente ans sur l’accès : qui entre, qui circule, qui se voit refuser un lieu ou un échange. Il y conçoit ce qu’il nomme une « prothèse d’accès » et fait de l’accessibilité, d’ordinaire reléguée aux marges, un matériau d’œuvre à part entière. Sa réflexion prend la forme d’œuvres, d’une publication imprimée et de maquettes qui cherchent, par exemple, comment un escalier pourrait aussi faire office de rampe.
On y retrouve aussi ses Conversation Pieces : des notes que des personnes entendantes rédigent pour échanger avec lui, recomposées en récits fragmentés. Benoît Piéron part, de son côté, d’une longue cohabitation avec l’hôpital et, plus récemment, de la découverte de son intersexuation – le fait de naître avec des caractéristiques sexuelles qui échappent aux catégories du masculin et du féminin. Il en tire de quoi métamorphoser salles d’attente et veilleuses en un décor scintillant et désorientant. « Vernis à ombres » mêle sculpture, théâtre d’ombres et culture du do-it-yourself, et puise jusque dans les paillettes du nail art pour brouiller les repères et la lumière. D’autres propositions, plus documentaires ou plus directement militantes, complètent la saison. Parmi elles, l’exposition consacrée à Cheryl Marie Wade, « reine-mère des noueux », et celles de Neïla Czermak Ichti et de Lassana Sarre, autour du langage et des identités minoritaires. Ces trois expositions portent la part la plus directement politique de la saison.
Joseph Grigely, Between the Walls and Me, 2023. Vue d’installation Massachusetts Museum of Contemporary Art (North Adams), 2023. Crédit photo : Jon Verney. Courtesy de l’artiste & Air de Paris (Romainville / Grand Paris)
POURQUOI VOIR "NORMES CORPS" AU PALAIS DE TOKYO ?
Venir voir « Normes Corps », c’est regarder une institution retourner sur elle-même une question qu’elle adresse d’ordinaire au monde : qui peut entrer, circuler, être vu ? La saison réunit huit expositions très différentes, de la plus métaphorique à la plus militante, et un seul billet permet de toutes les parcourir.
Cathy de Monchaux, Bronze unicorn, 2025. Crédit photo : Antoine Aphesbero. © Adagp, Paris, 2026
Point de vue critique
La saison ne se contente pas d’exposer le handicap : elle confie à Joseph Grigely l’un des espaces les plus inaccessibles du bâtiment et fait de l’accessibilité un médium, non un aménagement. Réunir sous une même question la rétrospective de Cathy de Monchaux, la monographie de Pauline Curnier Jardin et l’installation de Jesse Darling déplace le sujet du mur vers l’institution qui l’expose.
Prévoyez du temps : l’ensemble est dense, et mieux vaut compter une bonne demi-journée pour en faire le tour sans courir. Vous y verrez aussi bien des œuvres immédiates, comme le décor de paillettes de Benoît Piéron ou le paysage d’enseignes de Jesse Darling sous la grande Verrière, que des propositions plus exigeantes. Plusieurs travaux abordent de front la maladie, le corps et la sexualité : la saison s’adresse donc plutôt à un public adulte. C’est surtout l’occasion de voir le Palais de Tokyo questionner sa propre architecture, jusque dans l’espace que Joseph Grigely transforme en plaidoyer pour l’accessibilité.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Normes Corps » au Palais de Tokyo ?
La saison se tient du 3 avril au 13 septembre 2026. Le Palais de Tokyo ouvre tous les jours de 12h à 22h, sauf le mardi, jour de fermeture, avec une nocturne jusqu’à minuit le jeudi.
Où réserver ses billets pour « Normes Corps » au Palais de Tokyo ?
Les billets se réservent en ligne via Tiqets, au tarif de 13 € pour les visiteurs de plus de 26 ans, sans frais additionnels. Un seul billet donne accès aux huit expositions de la saison.
Combien de temps dure la visite de « Normes Corps » au Palais de Tokyo ?
Comptez une bonne demi-journée pour parcourir les huit expositions sans courir : l’ensemble est dense, et un même billet permet de toutes les enchaîner au fil de la visite.
Comment se rendre au Palais de Tokyo pour « Normes Corps » ?
Le Palais de Tokyo se situe au 13 avenue du Président Wilson, 75116 Paris, entre la tour Eiffel et les Champs-Élysées. En métro, la ligne 9 dessert les stations Iéna et Alma Marceau ; le RER C s’arrête à Pont de l’Alma ; les bus 32, 42, 63, 72, 80, 82 et 92 desservent le secteur. Une station Vélib’ (n° 8046, Marceau – Président Wilson) et des parkings se trouvent à proximité.
Y a-t-il des nocturnes pour « Normes Corps » au Palais de Tokyo ?
Oui : chaque jeudi, le Palais de Tokyo reste ouvert jusqu’à minuit (00h). Les autres jours d’ouverture, « Normes Corps » se visite de 12h à 22h, le mardi restant fermé au public.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- 12h - 22h : tous les jours sauf le mardi
- 12h - 00h : nocturne tous les jeudis
- Mardi : fermé au public
- Fermeture annuelle les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
- Fermeture exceptionnelle à 18h les 24 et 31 décembre
