La Marine et les peintres au Musée national de la Marine
La Marine et les peintres
Quand le pouvoir s’offre des peintres, face à la mer

Musée national de la Marine
L’EXPOSITION
« La Marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir » est l’exposition que le musée national de la Marine, au Trocadéro, consacre du 13 mai au 2 août 2026 à l’évolution du métier de peintre de marine, pour les 400 ans de la Marine : près de cent cinquante peintures et plus de quatre-vingt-dix artistes, de Louis XIII aux visions modernes du XXᵉ siècle, y montrent comment le pouvoir a mis l’art à son service.
Un peintre payé pour glorifier la flotte du roi, puis un artiste autorisé à ajouter une petite ancre à sa signature : en quatre siècles, le métier de peintre de marine a changé du tout au tout – et l’exposition montre aussi ce que les artistes en ont fait.Exposition « La Marine et les peintres » | Teaser © Musée national de la Marine
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Aux origines : une marine royale en quête d’images
Quand Louis XIII et Richelieu commandent leurs premières imagesTout commence en octobre 1626, quand Louis XIII confie à Richelieu la haute main sur la navigation du royaume : c’est l’acte de naissance d’une marine d’État permanente, le repère d’où se comptent les 400 ans fêtés en 2026. Le commissariat réunit Bertrand de Sainte-Marie et Inès d’Arche de Pessan, qui déroulent le propos en huit sections chronologiques. Pour servir ce pouvoir neuf, le roi et le cardinal commandent des images : la victoire du siège de La Rochelle (1628) inspire peintres français, flamands et hollandais, tandis que naît en France la peinture de marine – ce genre tourné vers la mer, les navires et les ports. Claude Gellée, dit le Lorrain, en donne une version lumineuse : sa Vue d’un port avec le Capitole (vers 1636) mêle activité portuaire et clarté méditerranéenne.
Claude Gellée dit le Lorrain, Vue d’un port avec le Capitole, vers 1636, huile sur toile © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Gérard Blot
Sous Louis XIV, le genre entre dans les institutions. Dès 1648, l’Académie royale de peinture et de sculpture accueille Mathieu de Plattemontagne sous le titre de « peintre du roy pour les mers ». Colbert organise le travail des artistes dans les arsenaux ; à celui de Toulon, cinquante-cinq peintres œuvrent entre 1670 et 1680, et Pierre Puget y sculpte des décors de vaisseaux. Installé à Marseille puis à Toulon, Jean-Baptiste de La Rose y peint des vues de ports si recherchées que l’une d’elles, Le port de la Ciotat en 1664, gagne les grandes collections du temps.
En France naît alors la peinture de marine, ce genre tourné vers la mer, les navires et les ports.
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Au XVIIIᵉ siècle : l’art au service de la gloire, puis le grand bouleversement
Des commandes royales au souffle romantiqueLe XVIIIᵉ siècle élève la mer au rang de sujet de prestige. Joseph Vernet en devient la figure de proue : ses Ports de France, commandés par Louis XV en 1753, donnent du royaume une image de prospérité et de puissance. L’art reste au service de la gloire : en 1786, Louis XVI commande à Auguste-Louis de Rossel de Cercy dix-huit tableaux des victoires navales françaises, série tenue pour un « véritable monument national » dont est tiré le Combat de Gondelour, 20 juin 1783 (1791), aujourd’hui affiche de l’exposition.
tableaux des victoires navales françaises commandés à Auguste-Louis de Rossel par Louis XVI en 1786
La Révolution ouvre un siècle passionné d’Histoire, où le modèle de Vernet se transforme au contact de la peinture anglaise et de l’énergie romantique. En 1830, un fait administratif marque les esprits : Louis-Philippe Crépin et Théodore Gudin sont les premiers peintres inscrits à l’« Annuaire de la Marine », la liste officielle des officiers – premier jalon vers le futur corps des peintres officiels. L’État et le ministère de la Marine achètent alors en nombre au Salon, pour magnifier leur politique navale et coloniale, tandis que la révolution réaliste gagne le motif marin : Gustave Courbet en fait un thème récurrent dès 1865, bientôt suivi d’Édouard Manet.
Auguste-Louis de Rossel, Combat de Gondelour, 20 juin 1783, 1791 © musée national de la Marine/A. Fux
Focus sur l’Œuvre
Devenue l’affiche de l’exposition, la toile montre des vaisseaux de ligne échangeant leurs feux dans une fumée dense, sur une mer agitée. Elle représente le combat livré au large de Gondelour, sur la côte indienne, le 20 juin 1783 : cinquième et dernier engagement du bailli de Suffren aux Indes, à l’issue duquel l’escadre française met en fuite celle de l’amiral anglais Hughes et délivre la place. Le cartouche peint détaille l’affrontement, quinze vaisseaux français contre dix-huit anglais. Signée « Rossel 1791 » et présentée au roi la même année, elle relève de la commande passée en 1786 par Louis XVI à Rossel, ancien capitaine de vaisseau, pour une série de dix-huit victoires navales tenue pour un véritable monument national.
Visions modernes : de l’ancre de 1920 au Salon d’aujourd’hui
L’ancre dans la signature, de Signac à la création contemporaineL’industrialisation gagne les tableaux : vapeurs, grues et coques métalliques y entrent, et les couleurs vives des néo-impressionnistes et des Fauves s’emparent des bords de mer. Paul Signac est nommé peintre de la Marine en 1915, ouvrant la voie aux tendances modernes, jusqu’à Albert Marquet. Surtout, un décret de 1920 crée le titre officiel de « peintre du Département de la Marine » : sans rémunération, il offre l’accès aux ports et aux navires – et le droit, plus inattendu, de glisser une ancre dans sa signature.
Le décret de 1920 offre aux peintres le droit, plus inattendu, de glisser une ancre dans leur signature.
Après-guerre, la peinture perd son hégémonie et les styles se diversifient ; des photographes rejoignent même le corps des peintres officiels, tel Jean Dieuzaide en 1975. À rebours des conventions, Charles Lapicque fait coexister abstraction et figuration, comme en témoigne sa toile Manœuvres au large de Brest (1959), avant de démissionner en 1966. Ce va-et-vient entre tradition et création se prolonge aujourd’hui : dans les mêmes murs et aux mêmes dates se tient le 46ᵉ Salon de la Marine. Co-organisé avec la Marine nationale et l’association des Peintres officiels de la Marine, il réunit près de quatre-vingts œuvres et désigne encore les futurs peintres officiels.
Charles Lapicque, Manœuvres au large de Brest, 1959 © musée national de la Marine/P. Dantec
POURQUOI ALLER VOIR L’EXPO « LA MARINE ET LES PEINTRES » ?
On vient suivre comment le peintre de marine est passé de serviteur de la flotte royale à artiste officiel signant d’une ancre. Près de cent cinquante peintures déroulent ce récit, de la lumière du Lorrain aux couleurs des Fauves, entre vues de ports, batailles navales et portraits de navires. « La Marine et les peintres » n’élude pas le versant officiel : commandes royales, achats d’État, politique navale et coloniale y côtoient les libertés prises par les artistes.
Émile Mathon, Retour des cendres de l’Amiral Courbet aux Salins d’Hyères en 1885 sur le Bayard, 1885 © musée national de la Marine/P. Dantec
Point de vue critique
Plutôt que d’aligner les grands noms, le parcours fait un choix : suivre l’évolution du statut du peintre de marine, du « peintre du roy pour les mers » au corps officiel encore en activité, à travers les régimes politiques. Adosser l’exposition au 46ᵉ Salon de la Marine prolonge ce propos jusqu’à la création d’aujourd’hui. Revers d’un récit étalé sur quatre siècles : la part coloniale, bien réelle, n’y est qu’un chapitre parmi d’autres.
Rouvert fin 2023 après une longue rénovation, le musée national de la Marine inscrit l’exposition dans les 400 ans de la Marine, fêtés en 2026. Au Palais de Chaillot, il donne aussi à voir ses collections permanentes restaurées ; en parallèle, le 46ᵉ Salon de la Marine y présente la création d’aujourd’hui. Accrochage dense aux grands formats, à découvrir en famille : ici, la mer parle au premier regard.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « La Marine et les peintres » au Musée national de la Marine ?
L’exposition se tient du 13 mai au 2 août 2026 au Musée national de la Marine, au Palais de Chaillot. Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h, avec un dernier accès 1h avant la fermeture.
Où réserver ses billets pour « La Marine et les peintres » au Musée national de la Marine ?
Les billets se réservent en ligne via Tiqets, au tarif plein de 15 €. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les moins de 26 ans ressortissants de l’Union européenne et les enseignants. Le billet donne aussi accès aux collections permanentes du musée.
Combien de temps dure la visite de « La Marine et les peintres » au Musée national de la Marine ?
Le billet donne accès à l’exposition et aux collections permanentes du musée. Comptez environ 1h à 1h30 pour l’exposition seule, davantage pour parcourir aussi les collections. Le dernier accès s’effectue 1h avant la fermeture, soit à 18h.
Comment se rendre au Musée national de la Marine pour « La Marine et les peintres » ?
Le musée se situe au Palais de Chaillot, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris. En métro, descendez à la station Trocadéro (lignes 6 et 9), sortie n°6 « Avenue Paul Doumer – Musée de l’Homme ». De nombreux bus desservent la place du Trocadéro (lignes 22, 30, 32, 63 et 72), et une navette fluviale s’arrête au pied de la Tour Eiffel.
Y a-t-il des nocturnes pour « La Marine et les peintres » au Musée national de la Marine ?
Oui : le musée propose une nocturne chaque premier jeudi du mois jusqu’à 22h, l’évacuation débutant 30 minutes avant la fermeture. Les autres jours d’ouverture, l’exposition ferme à 19h.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Tous les jours sauf le mardi : 11h - 19h
- Nocturne le 1er jeudi du mois jusqu’à 22h
- Dernier accès 1h avant la fermeture
- Fermé le mardi
