Laure Prouvost au Grand Palais
L’EXPOSITION
« Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » est une exposition présentée au Grand Palais, à Paris, du 10 juin au 26 juillet 2026, où l’artiste traduit la physique quantique en un environnement monumental à voir, écouter et traverser.
Pour la concevoir, Laure Prouvost a travaillé deux ans aux côtés du philosophe Tobias Rees et du scientifique Hartmut Neven, et a même eu accès à un ordinateur quantique. Sous la verrière de la Nef, l’installation réunit une sculpture géante en mouvement, des vidéos, des sons spatialisés et jusqu’à des odeurs.Exposition « Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » | Teaser © Grand Palais
UNE SCIENCE RENDUE SENSIBLE : AUX ORIGINES DU PROJET
Faire ressentir l’infiniment petitLa physique quantique s’intéresse à l’infiniment petit, à l’échelle des atomes et des particules, là où le réel se joue en probabilités plutôt qu’en certitudes. Plutôt que de l’expliquer, Laure Prouvost a voulu la faire ressentir : son projet part d’une question, celle de savoir ce que l’on éprouverait en percevant le monde à cette échelle. Les ordinateurs quantiques auxquels elle a eu accès en donnent le ton : encore expérimentaux, ils mènent très vite des calculs complexes mais réagissent à la moindre perturbation, ce qui rend leur comportement imprévisible. C’est cette part de hasard et d’instabilité que l’artiste a transposée dans ses images et ses sons.
Laure Prouvost, The Beginning, 2026, sculpture cinétique, tissu © Laure Prouvost, Nous, frissons d’étoiles, Grand Palais © Grégoire Edouard pour GrandPalaisRmn, 2026 © Adagp, Paris, 2026
L’installation prolonge un projet plus ancien, We Felt a Star Dying, que l’artiste avait présenté en 2025 dans deux centres d’art, le Kraftwerk à Berlin et l’OGR de Turin. Pensée d’abord pour un lieu clos et sombre, l’œuvre change ici de peau : elle s’ouvre à la lumière du jour sous la verrière de la Nef. Le parcours débute par un tunnel, motif que l’on retrouve souvent chez Laure Prouvost et qui figure le passage de la nuit au jour ; on y entend déjà In Frequencies, une pièce sonore faite de fréquences, de rythmes et de voix. Le commissariat réunit Barbara Kroher, pour le Grand Palais, et Carly Whitefield, pour la LAS Art Foundation à l’origine du projet ; la mise en espace est confiée au Diogo Passarinho Studio.
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AU CŒUR DE LA NEF : UNE SCULPTURE GÉANTE ET SA VIDÉO
La pièce phare et son filmTout converge vers The Beginning, une sculpture cinétique – c’est-à-dire en mouvement – suspendue à la verrière. Taillée dans un voile léger et transparent, elle déploie six membres dans l’espace et s’anime au gré du son et de la lumière. Avec ses disques suspendus reliés par un réseau de circuits, elle peut évoquer un ordinateur quantique supraconducteur ; mais sa silhouette fait tout aussi bien penser à une étoile, ou au poulpe, l’animal fétiche de l’artiste. À la fois imposante et fragile, elle donne une forme visible à la sensibilité même de ces machines, traversées par d’infimes variations d’énergie.
En son centre, on découvre une vidéo, We Felt a Star Dying, que l’on regarde allongé sur un coussin, les images défilant au-dessus de soi. Laure Prouvost y a glissé un enregistrement de « bruit quantique » – non pas un son, mais l’ensemble des variations aléatoires propres à ces systèmes –, si bien que les images changent d’état de manière imprévisible. Tournée avec des acrobates, à travers une vitre, à l’aide d’une caméra de microscope, d’imagerie thermique et d’un drone, elle brouille les repères du haut et du bas. Sa bande-son, composée par l’artiste avec la chanteuse KUKII, mêle des chants religieux traditionnels à la texture de ce bruit quantique et fait entendre des vers de Cantique de quantique, un poème écrit avec le romancier Paul Buck.
Laure Prouvost, Vue de l’intérieur de l’installation Nous, frissons d’étoiles, 2026 © Grégoire Edouard pour GrandPalaisRmn / © Adagp, Paris, 2026
Focus sur l’œuvre
Au-delà de sa facture, la vidéo repose sur un procédé inédit : un enregistrement de bruit quantique, fourni par un ordinateur quantique, est injecté dans un modèle d’IA de diffusion. Les séquences basculent alors de manière imprévisible entre le montage de l’artiste et celui généré par la machine, produisant des images fugaces, presque abstraites. Les corps en lévitation y apparaissent comme des silhouettes de chaleur flottantes. L’œuvre rompt avec tout horizon fixe et relie l’infiniment petit à l’infiniment grand, le vivant au mécanique.
AUTOUR, UN MONDE QUI SE RÉPOND : MÉTÉORITES, HOMMES DE MÉTAL ET FONTAINES
Quand tout s’entrelaceAutour de cette pièce maîtresse gravite tout un peuple d’objets. Suspendus à la verrière, les Cute Bits – dont le nom joue avec les qubits, ces unités de calcul quantique qui peuvent valoir 0 et 1 en même temps – montent et descendent comme des météorites ; certains, en forme de casques, laissent entendre une voix et dégagent une odeur métallique. Plus loin, les Metal Men, silhouettes de métal soudé, portent un projecteur éblouissant à la place du visage. Deux tubes verticaux réunis sous le titre Heat Sees Us soufflent un air chaud qui maintient une plume en lévitation, image de l’infime ; et deux fontaines, les Fallen Stars, rappellent l’eau et le corps féminin.
Toutes ces pièces se répondent : quand une sculpture bouge, une autre lui fait écho en sens inverse, comme si leurs états étaient liés. C’est l’image que l’artiste retient de l’intrication, ce phénomène par lequel deux particules restent liées même lorsqu’elles sont éloignées. Son spatialisé, projecteurs, coussins et bancs de sable dilatent l’espace de la Nef, pendant qu’un chœur d’enfants répète « we are we », nous sommes nous. C’est là que tient « Nous, frissons d’étoiles » : l’idée d’un monde où tout se tient, du plus petit grain de matière jusqu’à l’étoile.
Laure Prouvost, Cute Bit Melodic Scent, 2025, audio, parfum, verre, fils de laine, fer à béton, cristal, morceaux de plastique, fleurs séchées, velours, système de poulies © Laure Prouvost. Photo : Andrea Rossetti © VG Bild-Kunst, Bonn 2025
Laure Prouvost, Détail de l’installation Nous, frissons d’étoiles, 2026 © Grégoire Edouard pour GrandPalaisRmn / © Adagp, Paris, 2026
L’EAU ET LE FÉMININ : LES FONTAINES FALLEN STAR
Deux fontaines pour dire l’eauParmi les sculptures dispersées sous la verrière, deux fontaines attirent le regard : les Fallen Star (Fontaine). Créées spécialement pour l’exposition, elles répondent aux Cute Bits suspendus et incarnent des éléments aquatiques associés au corps féminin. L’eau y devient symbole de fluidité, d’énergie vitale et de connexion aux éléments – un fil qui traverse aussi les images de la vidéo, du fleuve à la rosée.
La fontaine est un motif récurrent chez Laure Prouvost, qui en avait fait une pièce centrale de son intervention au Palais de Tokyo. Le recours au verre de Murano prolonge ici son goût pour les savoir-faire traditionnels – verre soufflé, céramique, tapisserie – qu’elle mobilise régulièrement, entre matière artisanale et imaginaire cosmique.
POURQUOI VOIR "LAURE PROUVOST. NOUS, FRISSONS D’ÉTOILES" AU GRAND PALAIS ?
Pour faire l’expérience d’une science abstraite sans en comprendre les équations : ici, la physique quantique se regarde, s’écoute et se hume. Le décor compte aussi, car l’œuvre occupe seule la Nef du Grand Palais, baignée de lumière sous la verrière.
Point de vue critique
Figures au corps de métal soudé, les Metal Men traversent l’œuvre de Laure Prouvost depuis le milieu des années 2010 ; leur tête y a tour à tour pris la forme d’un écran plat ou d’un moniteur vidéo. Au Grand Palais, ce visage devient un projecteur éblouissant qui renverse le rapport au regard : la sculpture ne se laisse plus voir, c’est elle qui nous éclaire. L’humain s’y fait machine, et la machine, presque sensible.
Laure Prouvost, née en 1978 à Croix et installée à Bruxelles, est une figure reconnue de l’art d’aujourd’hui : première artiste française à recevoir le Turner Prize, en 2013, et choisie pour le pavillon français de la Biennale de Venise en 2019. L’ensemble se parcourt comme un seul environnement plutôt que comme une suite de salles, et ses images parlent au premier regard. Quatre dimanches d’été, baptisés « Dimanches, frissons d’étoiles », prolongent la visite par des performances et des rencontres, dont une création sonore de KUKII. Pour les curieux d’art contemporain, le Grand Palais propose en parallèle, jusqu’en septembre, l’univers en trompe-l’œil de Leandro Erlich.
Laure Prouvost © Michaël Smits
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » au Grand Palais ?
L’exposition se tient du 10 juin au 26 juillet 2026, dans la Nef du Grand Palais. Elle est ouverte tous les jours, du lundi au dimanche, de 10h à 19h30. Fermeture exceptionnelle le 14 juillet ; fermetures anticipées le 23 juin à 16h30, le 11 juillet à 17h et le 26 juillet à 15h.
Où réserver ses billets pour « Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » au Grand Palais ?
Les billets se réservent en ligne via la Fnac. Le plein tarif est de 9,50 € (+ 0,99 € de frais de service), avec un tarif réduit à 6,50 € et la gratuité pour les moins de 18 ans et les publics bénéficiaires.
Combien de temps dure la visite de « Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » au Grand Palais ?
L’exposition occupe la seule Nef et se parcourt librement, sans durée imposée. En son cœur, la vidéo We Felt a Star Dying se déroule en boucle sur près de 26 minutes : un bon repère pour calibrer votre déambulation immersive.
Comment se rendre au Grand Palais pour « Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » ?
Le Grand Palais se situe au 7 avenue Winston Churchill, 75008 Paris ; l’entrée de l’exposition se fait par la Nef, entrée Gabrielle Chanel. En métro, lignes 1, 9 et 13, stations « Champs-Élysées – Clemenceau » et « Franklin D. Roosevelt ». En bus, lignes 28, 42, 52, 72, 73, 80, 83 et 93 (arrêt Invalides), et des stations Vélib’ sont disponibles à proximité.
Le Grand Palais est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Laure Prouvost. Nous, frissons d’étoiles » ?
Oui. L’entrée de la Nef est équipée de rampes adaptées, des fauteuils roulants et cannes-sièges sont disponibles en libre accès, et les sanitaires comptent au moins une cabine adaptée. Des services sont également proposés aux visiteurs malvoyants et malentendants.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du lundi au dimanche : 10h - 19h30
- Fermeture exceptionnelle le 14 juillet
- Fermeture anticipée : 23 juin à 16h30, 11 juillet à 17h, 26 juillet à 15h

