Le savoir en trompe-l’œil au Musée Guimet
Le savoir en trompe-l’œil
Les bibliothèques peintes en trompe-l’œil du royaume du Joseon

Musée Guimet
L’EXPOSITION
Le roi Jeongjo voulait ses livres autour de lui : il a fait peindre des bibliothèques en trompe-l’œil, jusque derrière son trône. Le musée Guimet leur consacre une exposition du 16 septembre 2026 au 4 janvier 2027 : « Le savoir en trompe-l’œil. Corée, 18e-20e siècle » réunit des paravents peints et des prêts venus de Corée, du Louvre et de Singapour.
Ces peintures ont un nom, le chaekgeori, et une trajectoire : nées à la cour, elles gagnent les maisons nobles puis la province, où elles finissent par basculer dans le rêve.Exposition « Le savoir en trompe-l’œil » | Teaser © Musée Guimet
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UN ROI ET SES LIVRES PEINTS : LA NAISSANCE DU CHAEKGEORI À LA COUR DU JOSEON
Une commande royale devenue un genreDans la Corée du Joseon (1392–1910), le genre naît d’une commande de cour. Jeongjo, sur le trône de 1776 à 1800, charge les peintres de l’Académie royale de réaliser les premières bibliothèques peintes en trompe-l’œil, destinées à son cabinet de travail. Le procédé remplit une fonction précise : prolonger l’esprit du cabinet d’étude, entretenir la vertu, la curiosité et le goût de la conversation savante. Ces bibliothèques sont peintes sur des paravents, ces meubles à panneaux qui se déploient dans une pièce.
Le règne de Jeongjo, commanditaire des premières bibliothèques peintes en trompe-l’œil
Paravent à six panneaux (détails), dynastie Yi ou Choson (1392–1910), Ancienne collection Lee U Fan, musée Guimet, Paris © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn/Thierry Ollivier
Le motif ne sort pas de nulle part. Les ambassades coréennes envoyées à Pékin y voient des cabinets chinois de trésors. Elles y découvrent aussi l’art jésuite de la perspective, que des artistes européens diffusent alors dans les églises de la ville et jusqu’à la cour des Qing. De ce croisement entre une culture chinoise de l’accumulation savante et une technique européenne de l’illusion naît un genre proprement coréen. Un paravent prêté par le musée national de Corée, à Séoul, en donne la mesure. Dix panneaux d’étagères peintes à l’encre, aux couleurs et à l’or sur soie, chargées de livres, de vases et de plantes.
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LES OBJETS PEINTS : DES COLLECTIONS RÊVÉES PLUTÔT QUE RÉELLES
Des rayonnages remplis d’objets jamais possédésLe principe tient dans la perspective : peintes, les étagères donnent l’illusion de la profondeur. Sur les rayons s’accumulent des porcelaines, des instruments d’écriture, des bronzes archaïsants et, partout, des livres. S’y ajoutent des objets arrivés d’Occident, du Japon ou de Chine. Aucune de ces bibliothèques ne reproduit une collection existante : ce sont des cabinets de désirs, faits d’objets rêvés autant que possédés. Le parcours les distingue des vanités européennes, ces natures mortes qui rappellent la brièveté de la vie ; ici, le sujet n’est pas la mort, mais l’envie. L’exposition présente aussi des objets bien réels, conservés au musée Guimet. Un éventail de bois et de papier, de 84 centimètres sur 43, porte un motif de taegeuk, l’emblème qui figure au centre du drapeau coréen. Un vase chinois à décor d’étoffe nouée est marqué au règne de Qianlong (1736–1795), et une bouteille coréenne, à anse et en forme de double gourde, remonte au 13e siècle.
Yi Han-chol, Portrait du dignitaire de haut rang Cho Man-yong (1776-1846), Corée, époque du Joseon (1392–1910), 1845, encre et couleurs sur papier, 51 × 38 cm, musée Guimet, Paris © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn / Jean-Yves et Nicolas Dubois
Focus sur l’œuvre
Le dignitaire est représenté de trois quarts sur un fond uni, sans décor ni attribut. Il porte le costume de la fin du Joseon : une robe claire et ample, une ceinture bleu ciel et le bonnet de crin noir à ailerons, forme héritée du modèle chinois des Tang qui signale la classe des lettrés fonctionnaires. Le modelé et les ombres, posés avec mesure sur le visage, donnent un relief que la peinture coréenne devait alors à l’illusionnisme occidental, arrivé dans le pays par l’intermédiaire de la Chine. La calligraphie, en haut à droite, désigne le modèle par son pseudonyme, P’ung eun, et le dit âgé de soixante-dix ans. Peintre de métier attaché à l’Académie, Yi Han-chol entame après cette date une carrière à la cour, où il peint les derniers souverains de la dynastie.
UN ROULEAU DE PLUS DE CINQ MÈTRES : LA DÉMONSTRATION D’UNE CORÉE OUVERTE SUR LE MONDE
Les ambassades du Joseon à PékinUn rouleau peint du 18e siècle, long de plus de cinq mètres, est présenté pour la première fois. Il donne à voir ce que pesaient, à la cour de Chine, les ambassades venues de Corée. Le projet en tire sa démonstration : la Corée du Joseon n’avait rien d’un « royaume ermite », mais formait un pays curieux et ouvert, en relation suivie avec le monde. Pour l’établir, l’exposition relie l’art jésuite et l’art coréen. Elle emprunte au Louvre comme à l’Asian Civilisations Museum de Singapour des œuvres qui montrent comment les règles européennes de la perspective ont circulé.
« Le savoir en trompe-l’œil » est la première exposition que le musée Guimet consacre à ce genre. Arnaud Bertrand, conservateur des collections Corée – Chine ancienne au musée Guimet, en signe le commissariat ; il a co-signé la précédente exposition coréenne du musée, consacrée au royaume de Silla. Un catalogue coédité avec Beaux-Arts Éditions paraît le jour de l’ouverture : 160 pages et 100 illustrations.
Délégation d’ambassades étrangères à la cour des Qing, Corée, époque du Joseon (1392–1910), 19e siècle, musée Guimet, Paris © Musée Guimet, Paris, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier
UNE PORCELAINE QUI IMITE LE TISSU : LE TROMPE-L’ŒIL CHINOIS EN VOLUME
Un vase des Qing qui joue l’illusionUn petit vase de porcelaine blanche, haut d’une vingtaine de centimètres : sur la panse, une large étoffe nouée en jaune et rose paraît serrer la paroi et laisse retomber ses pans vers le pied. Autour, des rameaux fleuris bleus se détachent du fond. Le nœud est peint, non noué ; le tissu est de la porcelaine, couverte d’émaux de la famille rose.
De la fin du règne de Yongzheng à celui de Qianlong, les fours impériaux de Jingdezhen, supervisés depuis la cour, produisent des porcelaines qui empruntent l’apparence d’autres matières : le bois, le bronze archaïque, la laque, la pierre, le textile.
Dans la culture de cour du 18e siècle, cette imitation ne passe pas pour une tromperie. Elle vaut prouesse technique et signe de connaisseur : reproduire une matière dans une autre est tenu pour un raffinement, et les pièces obtenues cohabitent avec les originaux dont elles reprennent l’apparence, dans les rituels comme dans le décor des demeures aristocratiques et lettrées.
Vase à décor d’étoffe nouée, Chine, dynastie des Qing (1644–1911), règne et marque de Qianlong (1736–1795), porcelaine à décor d’émaux famille rose, 20,6 × 10 cm, musée Guimet, Paris © GrandPalaisRmn (musée Guimet, Paris) / Thierry Ollivier
POURQUOI VOIR « LE SAVOIR EN TROMPE-L’ŒIL » AU MUSÉE GUIMET ?
Vous verrez ici une image de cour devenir un décor de maison, puis glisser vers le fantastique. Le musée conserve aussi des salles consacrées à la Corée, et une visite commentée d’une heure est proposée chaque samedi à partir du 26 septembre. Des visites en famille, à partir de 8 ans, sont programmées les 11 octobre et 8 novembre.
Paravent à dix panneaux représentant une bibliothèque, Corée, époque du Joseon (1392–1910), XIXe siècle, encre, couleurs et or sur soie, musée national de Corée, Séoul © National Museum of Korea’s public work is used according to KOGL
Point de vue critique
Dix panneaux alignent des casiers ouverts sur un fond bleu profond. Peintes en perspective, les étagères creusent le mur : piles de livres, porcelaines et vases fleuris s’y étagent à des profondeurs différentes. Ce type de bibliothèque peinte apparaît à la cour du Joseon à la fin du 18e siècle ; il est la première forme de peinture coréenne à employer le trompe-l’œil et le clair-obscur venus d’Europe.
Autour de l’exposition, un colloque réunit le 10 octobre quatre spécialistes de l’art coréen, et le commissaire raconte la genèse du projet le 8 novembre. Sur la façade du musée, les deux demi-cercles de bois conçus par l’artiste Seulgi Lee avec l’architecte Jean-Benoît Vétillard restent en place jusqu’en février 2027. « Le savoir en trompe-l’œil » ferme l’année coréenne du musée Guimet, ouverte pour les 140 ans des liens diplomatiques noués en 1886 entre la France et la Corée.
Commissariat
- Arnaud Bertrand (conservateur des collections Corée – Chine ancienne, musée Guimet)
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Le savoir en trompe-l’œil » au musée Guimet ?
L’exposition se tient du 16 septembre 2026 au 4 janvier 2027. Le musée ouvre tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h ; les caisses ferment à 17h15 et le dernier accès a lieu à 17h30. Les salles ferment à 16h45 les 24 et 31 décembre, et le musée est fermé le 25 décembre et le 1er janvier.
Où réserver ses billets pour « Le savoir en trompe-l’œil » au musée Guimet ?
Le billet au musée Guimet se réserve en ligne chez Tiqets, à 15 € en tarif adulte, sans frais additionnels. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans et pour les 18–25 ans ressortissants de l’Union européenne, sur présentation d’une pièce d’identité.
Combien de temps dure la visite de « Le savoir en trompe-l’œil » au musée Guimet ?
Le billet est un billet combiné : il donne accès à l’exposition, installée au rez-de-jardin, et aux trois niveaux de collections permanentes. Prévoyez votre venue en conséquence, les caisses fermant à 17h15, le dernier accès se faisant à 17h30 et l’évacuation des salles commençant à 17h45.
Comment se rendre au musée Guimet pour « Le savoir en trompe-l’œil » ?
Le musée se trouve 6 place d’Iéna, 75116 Paris. En métro, descendez à « Iéna » (ligne 9) ou « Boissière » (ligne 6) ; en RER, à « Pont de l’Alma » (ligne C). Les bus 32, 63 et 82 desservent l’arrêt « Iéna », les bus 22 et 30 l’arrêt « Kléber-Boissière ». Deux stations Vélib’ sont proches, « Longchamp - Place d’Iéna » et « Galilée - Kléber ».
Le musée Guimet est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Le savoir en trompe-l’œil » ?
Oui. Une rampe extérieure mène au hall, un élévateur rejoint le rez-de-chaussée et deux ascenseurs desservent le rez-de-jardin, où sont présentées les expositions temporaires, ainsi que les trois niveaux de collections. Côté transports, les stations de métro et de RER voisines ne sont pas accessibles, mais toutes les lignes de bus parisiennes le sont, et des places de stationnement sont réservées dans la contre-allée de l’avenue d’Iéna. Trois fauteuils roulants sont prêtés à l’accueil contre une pièce d’identité, sans réservation possible, et des sièges pliants sont mis à disposition à l’entrée des collections. L’entrée est gratuite et prioritaire pour le visiteur et un accompagnant, sur présentation d’un justificatif en cours de validité.
Peut-on prendre des photos à « Le savoir en trompe-l’œil » au musée Guimet ?
Oui, les prises de vue sont autorisées dans les salles d’exposition temporaire, sauf mention contraire signalée sur place, et pour un usage privé. Le flash, les lampes et tout autre dispositif d’éclairage sont interdits ; les pieds et supports d’appareils photographiques se déposent à la consigne.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Tous les jours sauf le mardi : 10h - 18h
- Fermeture des caisses à 17h15, dernier accès à 17h30
- Évacuation des salles à partir de 17h45
- Fermeture des salles à 16h45 les 24 et 31 décembre
- Fermé le 25 décembre et le 1er janvier
