Cezanne et nous au Grand Palais
Cezanne et nous
Cezanne et 78 autres artistes, 174 œuvres au Grand Palais

Grand Palais
L’EXPOSITION
« Cezanne et nous » est une exposition présentée au Grand Palais du 23 septembre 2026 au 17 janvier 2027, consacrée autant à Paul Cezanne (1839–1906) qu’aux artistes venus après lui. Elle réunit 174 œuvres : 69 du peintre, et 105 signées par 78 autres artistes, de Paul Gauguin à Peter Doig.
Le parcours occupe seize sections dans les galeries 3 et 4, et il commence par ceux qui ont reconnu sa valeur les premiers : les artistes eux-mêmes.LES PREMIERS ACHETEURS : Cezanne découvert chez un marchand de couleurs
Chez le père Tanguy, puis chez VollardEn 1882, à quarante-trois ans, Cezanne reste un inconnu à Paris. La critique se moque de son « outrance » ; la seule toile qu’il parvient à faire admettre cette année-là au Salon, l’exposition officielle des peintres, passe presque inaperçue. Il rentre s’installer dans sa ville natale, Aix-en-Provence. Ses tableaux, pourtant, circulent déjà. Le marchand de couleurs Julien Tanguy, dit le père Tanguy, en garde dans sa boutique de Montmartre. Cezanne les lui a laissés en dépôt, c’est-à-dire confiés sans les vendre. Des artistes qui cherchent une autre voie les découvrent là. Paul Gauguin en achète six entre 1879 et 1883, après avoir rencontré Cezanne à Pontoise grâce à Camille Pissarro.
Pierre Bonnard, Ambroise Vollard, vers 1904, huile sur toile © photo GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Michel Urtado
La suite se joue chez un autre marchand. En 1895, Ambroise Vollard consacre à Cezanne une première exposition personnelle, puis d’autres jusqu’à la mort du peintre en 1906. Vollard achète plusieurs centaines de ses œuvres et s’assure d’en avoir le monopole ; il les vend, les prête, les fait reproduire, et publie en 1914 une biographie du peintre. La quatrième section du Grand Palais s’intitule « Hommages à Cezanne ». Elle présente Hommage à Cezanne, une toile de plus de deux mètres quarante de large que Maurice Denis peint en 1900. Un groupe de peintres et Vollard y entourent une nature morte que Gauguin avait possédée.
Des artistes qui cherchent une autre voie les découvrent là.
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LE PRINCIPE : les tableaux de Cezanne et ceux de ses héritiers dans la même salle
Confrontations deux à deux dans les galeries« Cezanne et nous » alterne deux manières de présenter les œuvres : des salles qui rejouent des présentations historiques, et des salles où les tableaux sont confrontés deux à deux. La section « Baigneurs et baigneuses » relève de la seconde. Cezanne a multiplié les corps nus au bord de l’eau, sans modèle ni prétexte littéraire. Les Grandes Baigneuses, peintes vers 1894–1905, arrivent de la National Gallery de Londres. Elles voisinent avec Les Baigneuses d’André Derain (1907) et le Baigneur d’Henri Matisse (1909), venus l’un et l’autre du Museum of Modern Art de New York. Ces peintres ne cherchaient plus à peindre la peau, mais la structure et la masse du corps.
œuvres de Cezanne environ représentent des baigneurs et des baigneuses
Au Grand Palais, le commissariat général réunit Claire Bernardi, qui dirige le musée de l’Orangerie, et Xavier Rey, à la tête du Musée national d’art moderne au Centre Pompidou. Jean-Rémi Touzet, conservateur au musée d’Orsay, et Michel Gauthier, conservateur au Centre Pompidou, complètent l’équipe. La scénographie est conçue par Pauline Phelouzat. Trois coproducteurs signent l’exposition : le Centre Pompidou, le GrandPalaisRmn et l’établissement public qui réunit les musées d’Orsay et de l’Orangerie. Le nom, lui, s’écrit ici sans accent. C’est la forme que le peintre employait en signant ses tableaux. Ses descendants la réclament depuis la fin des années 2010, et la Société Paul Cezanne l’a retenue pour le catalogue raisonné, l’inventaire de référence de son œuvre.
Paul Cezanne, Les Grandes Baigneuses, vers 1894–1905, huile sur toile © photo The National Gallery, London
Focus sur l’œuvre
Onze femmes nues occupent la moitié basse de la toile, assises, debout ou étendues dans une clairière, la plupart drapées de linges blancs, le premier plan travaillé en petites touches orangées et jaunes qui suggèrent une berge sableuse. De part et d’autre du groupe, des troncs massifs penchent vers la droite et tracent de fortes diagonales, que certaines figures reprennent et que d’autres contrebalancent en s’inclinant à gauche. Derrière elles court une ligne d’arbres sous des nuages pâles ; plus haut, le ciel vire au bleu profond. Malgré le titre, aucune eau n’est visible. La toile compte parmi les trois grandes compositions de baigneuses qui occupent Cezanne à la fin de sa vie : il y cherche encore à fondre les corps nus dans un paysage atemporel, dans une harmonie de bleus, de bruns et de verts, avec une monumentalité, une schématisation des corps aux visages effacés et des bleus électriques qui rendent le contraste plus frappant entre la radicalité de la technique et le sujet anodin. Conservée à Londres depuis 1964, elle est généralement tenue pour la deuxième des trois versions engagées, sans doute commencée en 1898–1899 et achevée en 1905. Cezanne en a réduit la part de ciel en repliant le haut de la toile sur son châssis, un geste resté invisible jusqu’à ce que le tableau soit retendu, bien après sa mort.
LA POMME ET LA MONTAGNE : ce que les artistes en font aujourd’hui
Des natures mortes à la Sainte-Victoire« Avec une pomme, je veux étonner Paris ! », aurait déclaré Cezanne. L’exposition tient le pari pour gagné : une section entière, « Des pommes et des pommes », rassemble les natures mortes du peintre et les fruits peints, gravés ou photographiés après lui. On y voit Peaches d’Andy Warhol (1979), une sérigraphie de sa série Space Fruit: Still Life – le procédé permet de répéter la même image à l’identique. Et Two Apples de Roy Lichtenstein (1982), un bois gravé en six couleurs.
La montagne Sainte-Victoire referme le parcours. Cezanne l’a représentée plus de 80 fois entre 1878 et sa mort, et elle est devenue, selon l’exposition, autant un mythe culturel qu’un sujet de peinture. La dernière section du Grand Palais emprunte son titre à une phrase écrite à Émile Zola en avril 1878 : « Quel beau motif ! » Elle réunit des toiles de Cezanne et les réponses d’artistes venus après lui : les paysages d’Etel Adnan, les Variations Sainte-Victoire que Vera Molnar a tracées à l’encre entre 1989 et 1996, le Mont Sainte-Victoire (montagne rouge) peint vers 1927 par l’Américain Marsden Hartley. Et un panneau de signalisation routière : celui qui indique la Sainte-Victoire aux automobilistes, que Bertrand Lavier a repeint à l’acrylique en 2014 et intitulé Paysages aixois.
Le Grand Palais publie un journal de l’exposition, « Cezanne est une montagne », écrit par Vincent Brocvielle et illustré par le dessinateur Jochen Gerner : 24 pages, 40 illustrations, 7 €.
Roy Lichtenstein, Two Apples, 1982, bois gravé en six couleurs sur papier © Estate of Roy Lichtenstein New York / Adagp, Paris, 2026 photo Collection Institut d’art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes
LE SENTIMENT GÉOLOGIQUE : la pierre, et ceux qui l’ont photographiée après lui
Rochers de Bibémus et regards photographiquesLa seizième section du parcours s’intitule « Le sentiment géologique ». De nombreuses peintures de Cezanne représentent des rochers, et cet attrait pour la pierre rejoint l’intérêt de son époque pour les sciences de la Terre : « Pour bien peindre un paysage, je dois découvrir d’abord les assises géologiques. » Dans les toiles réalisées aux carrières de Bibémus, une équivalence s’installe entre la pierre, les forces invisibles qui structurent la nature et la matière picturale elle-même.
La salle ne réunit pas que des peintures. Autour des rochers de Bibémus et du Château Noir, elle fait place à des photographes – Paul Strand, Paul Nash, André Kertész, Albert Renger-Patzsch –, à la toile qu’André Masson consacre en 1948 à la carrière de Bibémus, et à une composition de terres frottées que herman de vries a prélevées en 2000 dans le « pays de Cezanne ». Renger-Patzsch y figure avec deux épreuves : une carrière de tuf calcaire photographiée en Apulie en 1959, et cette vue de sulfure de plomb.
Albert Renger-Patzsch, Bleiglanz (« Sulfure de plomb »), vers 1935, épreuve gélatino-argentique © Albert Renger-Patzsch Archiv / Ann und Jürgen Wilde, Zülpich / Adagp, Paris, 2026 photo Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. GrandPalaisRmn / Guy Carrard
Focus sur l’œuvre
L’épreuve, verticale et en noir et blanc, est entièrement occupée par un amas de blocs anguleux dont les facettes accrochent la lumière, sans échelle, sans ciel ni ligne d’horizon. Albert Renger-Patzsch compte parmi les représentants, en photographie, de la Nouvelle objectivité, un mouvement qui cherche à saisir la réalité matérielle avec détachement, sans détour. À partir de 1929, il se consacre à l’industrialisation du paysage et à l’extraction des matières premières, dont relève cette épreuve. L’aspect graphique rendu par les jeux de lumière sur les reliefs géométriques rappelle les représentations cezanniennes des carrières de Bibémus ; l’accent porté sur la condition bidimensionnelle de l’image, sur sa nature superficielle et opaque, achève de rapprocher les deux regards.
POURQUOI VOIR « CEZANNE ET NOUS » AU GRAND PALAIS ?
Les pommes que Cezanne a peintes vers 1899 et celles que le pop art a imprimées quatre-vingts ans plus tard se retrouvent dans la même section. C’est l’argument de « Cezanne et nous », et il vaut aussi pour les portraits, les paysages et les baigneurs. Le parcours ne s’en tient d’ailleurs pas à la peinture : photographies, sculptures, dessins et aquarelles y figurent également.
Paul Cezanne, La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, vers 1887, huile sur toile © photo Courtauld
Point de vue critique
Peinte vers 1887, cette vue appartient à la série que Cezanne multiplie à partir de 1886 et poursuit jusqu’à sa mort. Les ramures déployées des pins viennent troubler la grande sérénité du paysage ; les touches minutieuses, vertes et jaunes, décrivent la topographie, tandis qu’une touche plus fluide anime la montagne aux pentes violettes, bleues et roses. Cezanne l’offre en 1896 au poète Joachim Gasquet ; Samuel Courtauld l’achète en 1925. Elle est aujourd’hui le visuel de l’exposition.
Le Centre Pompidou, coproducteur, est fermé pour travaux jusqu’en 2030, et une partie de ses collections d’art moderne circule pendant ce temps. Le Grand Palais et le Centre Pompidou ont déjà présenté ensemble « Matisse, 1941–1954 », de mars à juillet 2026. Des visites guidées d’une heure trente et des visites en famille sont programmées, et un livret-jeu est prévu pour les 7–11 ans. Le documentaire d’Anne Richard Looking for Cezanne est diffusé début octobre sur France 5.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Cezanne et nous » au Grand Palais ?
L’exposition se tient du 23 septembre 2026 au 17 janvier 2027, dans les galeries 3 et 4. Les salles sont ouvertes du mardi au dimanche de 10h à 19h30, avec une nocturne le vendredi jusqu’à 22h ; fermeture hebdomadaire le lundi. Une fermeture exceptionnelle est prévue le samedi 26 septembre, à la demande de la préfecture de police.
Où réserver ses billets pour « Cezanne et nous » au Grand Palais ?
Deux formules sont vendues en ligne par la Fnac. Le billet daté, à 20,50 € en plein tarif, est associé à un créneau horaire ; il revient à 17,50 € pour les 18–25 ans, les étudiants jusqu’à 30 ans et les familles nombreuses. Le Billet Liberté, à 25,50 €, donne accès sans réservation, à la date et à l’heure de votre choix, jusqu’au 3 janvier 2027 inclus. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans. Ces tarifs s’entendent hors frais de transaction éventuels.
Combien de temps dure la visite de « Cezanne et nous » au Grand Palais ?
Aucune durée moyenne n’est publiée pour la visite libre, mais les formats accompagnés donnent un repère : la visite guidée avec conférencier dure 1h30, la visite exploration en famille 1h et la visite en langue des signes française 2h. Le parcours se déploie sur seize sections réparties dans deux galeries. La dernière entrée a lieu 45 minutes avant la fermeture, et la billetterie sur place ferme une heure avant.
Comment se rendre au Grand Palais pour « Cezanne et nous » ?
En métro, par les lignes 1 et 13, station Champs-Élysées – Clemenceau, ou par les lignes 1 et 9, station Franklin D. Roosevelt. Le RER C et les bus 28, 42, 52, 63, 72, 73, 80, 83 et 93 desservent Invalides. Deux stations Vélib’ sont proches : n°8029 avenue Franklin D. Roosevelt et n°8001 avenue Dutuit. L’entrée se fait Square Jean Perrin, 17 avenue du Général Eisenhower, dans le 8ᵉ arrondissement.
Le Grand Palais est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Cezanne et nous » ?
Oui. L’entrée principale, Square Jean Perrin, présente un accès de plain-pied puis deux ascenseurs, et la circulation dans les espaces publics est accessible. Des fauteuils roulants et des cannes-sièges sont disponibles en libre accès, et tous les sanitaires comportent au moins une cabine adaptée. Des services adaptés sont proposés aux visiteurs malvoyants et malentendants, et une visite en langue des signes française figure au programme de l’exposition.
Y a-t-il des nocturnes pour « Cezanne et nous » au Grand Palais ?
Oui, chaque vendredi : les galeries restent ouvertes jusqu’à 22h, contre 19h30 les autres jours. La dernière entrée reste fixée à 45 minutes avant la fermeture. Le Grand Palais est fermé le lundi.
Peut-on prendre des photos à « Cezanne et nous » au Grand Palais ?
Oui, pour un usage strictement privé. Le règlement de visite des expositions du Grand Palais interdit le flash et le pied, ainsi que la prise de vue des œuvres signalées par un pictogramme d’appareil photo barré. En cas de forte affluence, le GrandPalaisRmn peut limiter les prises de vue afin de préserver le confort de visite et la sécurité des œuvres.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche : 10h - 19h30
- Nocturne le vendredi : jusqu’à 22h
- Fermeture hebdomadaire : le lundi
- Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture
- Samedi 26 septembre : fermeture exceptionnelle
