Kerry James Marshall au Musée d’Art Moderne de Paris
Kerry James Marshall. The Histories
Plus de quatre décennies de peinture

Musée d’Art Moderne de Paris
L’EXPOSITION
« Kerry James Marshall : The Histories » est la première exposition que la France consacre à ce peintre américain, présentée au Musée d’Art Moderne de Paris du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027. Soixante-dix œuvres y sont réunies, dont huit peintures inédites réalisées pour l’exposition, dans des compositions monumentales où les personnes noires occupent le centre.
Menée avec le soutien de l’artiste, elle suit en onze groupes les séries et les cycles du peintre, de 1980 à aujourd’hui : la peinture domine, avec une sculpture, des dessins et des gravures.Exposition « Kerry James Marshall » | Teaser © Musée d’Art Moderne de Paris
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LES DÉBUTS : des figures noires peintes dans une gamme de noirs
Premières œuvres, formation et gamme de noirsAu Musée d’Art Moderne de Paris, le parcours commence par les premières œuvres de la maturité, réalisées dans les années 1980. Invisible Man (1986) emprunte son titre au roman de Ralph Ellison paru en 1952, dont le narrateur noir se dit invisible parce que les autres refusent de le voir. La section pose la question qui court dans tout le reste de l’exposition : qui a été peint dans l’histoire de l’art, et qui en a été écarté. Une décision matérielle y est présentée d’emblée : les figures de Marshall sont peintes dans une gamme de noirs, obtenus en mêlant plusieurs pigments à d’autres couleurs.
Kerry James Marshall, Untitled, 2008, acrylique sur panneau de PVC, 184,8 × 155,6 cm, Harvard Art Museums/Fogg Museum, Cambridge, MA. Richard Norton Memorial Fund, acquis grâce à la générosité de Nancy B. Tieken © Kerry James Marshall Photo © President and Fellows of Harvard College
L’enfance du peintre tient en deux lieux : Birmingham, en Alabama, où il naît en 1955, et Watts, quartier de Los Angeles, où sa famille s’installe en 1963, deux ans avant les émeutes de 1965. Il se forme à l’école d’art Otis, où enseigne Charles White, peintre afro-américain connu pour ses grandes peintures murales, et dont l’influence se lit dans son dessin. Il vit à Chicago depuis 1987. « Mastry », grande rétrospective américaine, y a commencé sa tournée en 2016, au musée d’art contemporain de la ville, avant le Met Breuer, à New York, puis à Los Angeles. L’enseignement du dessin revient plus loin dans l’exposition, avec les œuvres des années 2000 et 2010. The Academy (2012) en est une pièce maîtresse : dans un cours d’après nature, le modèle lève le poing, celui du salut Black Power – le geste des mouvements noirs américains des années 1960.
La section pose la question qui court dans tout le reste de l’exposition : qui a été peint dans l’histoire de l’art, et qui en a été écarté.
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SCÈNES ORDINAIRES : des salons de coiffure peints en très grand format
Salons, parcs et séries au cœur du parcoursSalons de coiffure et de beauté, parcs, espaces en plein air : ce sont les décors des œuvres monumentales que le parcours présente ensuite. Marshall y renvoie à Édouard Manet, Gustave Caillebotte ou Georges Seurat, qui peignaient la vie moderne au XIXe siècle. L’exposition y voit une façon de combler une absence, celle d’images qui montreraient, à cette échelle, le quotidien des personnes noires. Le peintre emprunte d’ailleurs autant à l’histoire de l’art occidental qu’à la culture populaire, de l’afrofuturisme – courant qui projette les cultures noires dans des futurs imaginaires – à la bande dessinée et à la science-fiction.
Kerry James Marshall, School of Beauty, School of Culture, 2012, acrylique et paillettes sur toile libre avec œillets métalliques, 274,3 × 401,3 cm, Collection Birmingham Museum of Art, Alabama, acquis grâce aux fonds octroyés par Elizabeth (Bibby) Smith, Collectors Circle for Contemporary Art, Jane Comer, Sankofa Society et des fonds régionaux © Kerry James Marshall Courtesy de l’artiste et Jack Shainman Gallery, New York Photo : M. Sean Pathasema
Focus sur l’œuvre
La scène se déroule dans une école de beauté, un salon animé où coiffeuses et clientes s’affairent devant des miroirs en forme de cœur bordés de paillettes. Le tableau prolonge De Style (1993), scène de salon de coiffure pour hommes peinte dix-neuf ans plus tôt, et transforme comme elle un lieu du quotidien en grande peinture d’histoire. Au premier plan, entre deux jeunes enfants et près d’une femme qui pose, flotte une forme blonde étirée : la tête de la Belle au bois dormant de Disney, peinte en anamorphose, c’est-à-dire déformée au point de ne se lire que sous un certain angle. Elle fait écho au crâne des Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune (1533). Aux murs, des affiches renvoient à la chanteuse Lauryn Hill et à la rétrospective de Chris Ofili à la Tate Britain en 2010. Le jeu des miroirs, où apparaît le flash de l’appareil photo du peintre, rappelle Les Ménines de Diego Velázquez (1656).
L’exposition y voit une façon de combler une absence, celle d’images qui montreraient, à cette échelle, le quotidien des personnes noires.
Le commissariat, confié à Mark Godfrey, commissaire indépendant, épouse ce travail par séries et par cycles. Deux d’entre elles tiennent le milieu de l’ensemble : Souvenirs (1997–1998), qui part du mouvement américain des droits civiques, et Vignette (2003–2014). Cette dernière montre des couples noirs dans un style emprunté au rococo, l’ornement du XVIIIe siècle, autant qu’aux cartes de vœux américaines. Une sculpture les accompagne, Wake, commencée en 2003 : elle reçoit de nouveaux médaillons à chacune de ses présentations, et change donc d’une exposition à l’autre. Les œuvres réunies viennent de collections privées comme de musées, en Europe et en Amérique du Nord.
Kerry James Marshall, Vignette #13, 2008, acrylique sur panneau de PVC, Collection Jennifer Gilbert © Kerry James Marshall Image courtesy de l’artiste et Jack Shainman Gallery, New York
LES HISTOIRES DU TITRE : la traite, des portraits inventés et huit tableaux neufs
Portraits sans archives et série inéditeComment peindre le portrait de quelqu’un dont il ne reste ni archives ni image ancienne ? Une section de l’exposition pose la question et rassemble des portraits imaginaires. Elle montre notamment Harriet Tubman, figure de la lutte contre l’esclavage aux États-Unis, et Scipio Moorhead, artiste noir de Boston lui-même réduit en esclavage. Ce dernier est connu surtout par un poème que la poétesse Phillis Wheatley lui adressa en 1773. Plus tôt, dès la deuxième salle, de grandes toiles portent sur le Passage du milieu, nom donné à la traversée de l’Atlantique imposée aux Africains capturés pour être vendus comme esclaves.
POURQUOI VOIR « KERRY JAMES MARSHALL » AU MUSÉE D’ART MODERNE DE PARIS ?
L’exposition permet de voir comment un peintre installe des figures noires dans les grands formats de la peinture d’histoire. Concrètement : des compositions monumentales, et des sujets ordinaires – un salon de coiffure, un parc – traités comme des scènes d’épopée. Le parcours est dense, et ses thèmes, de l’esclavage aux droits civiques et au Black Power, en font une visite plutôt destinée aux adultes et aux adolescents ; la violence, elle, n’est jamais montrée de façon directe.
Kerry James Marshall, The Academy, 2012 © Kerry James Marshall. Image courtesy of the artist and Jack Shainman Gallery, New York
Point de vue critique
The Academy s’empare d’un exercice emblématique de l’enseignement académique : le dessin d’après modèle vivant. Debout sur une petite estrade, devant un fond coloré à motifs, le modèle masculin regarde droit vers le spectateur et dresse le poing dans le salut du Black Power, à la place de la pose conventionnelle attendue en atelier. Peinte en 2012, la toile condense l’intérêt de longue date de Marshall pour les disciplines enseignées dans les institutions artistiques, qu’il investit d’un geste politique.
Après Kara Walker en 2007 et Jean-Michel Basquiat en 2010, le Musée d’Art Moderne de Paris poursuit une série d’expositions consacrées à des artistes noirs américains. Le même jour s’ouvre « Simone Fattal. Des villes au fond d’un lac », et les collections permanentes du musée restent accessibles gratuitement. Édité par Paris Musées, le catalogue est aussi, en langue française, la première publication sur cet artiste.
Commissariat et production
- Commissariat
- Mark Godfrey (commissaire indépendant)assisté par Emma NordbergKelly-Christina Grant (conseillère scientifique)
- Production
- Royal Academy of Arts, LondresMusée d’Art Moderne de Paris / Paris MuséesKunsthaus Zürich
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Kerry James Marshall » au Musée d’Art Moderne de Paris ?
L’exposition se tient du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027. Le musée accueille le public du mardi au dimanche, de 10h à 18h ; il est fermé le lundi ainsi que les 1er janvier et 25 décembre, et ferme à 17h les 24 et 31 décembre.
Où réserver ses billets pour « Kerry James Marshall » au Musée d’Art Moderne de Paris ?
Les billets se réservent en ligne sur Tiqets, au tarif adulte de 17 €, sans frais additionnels. Ce billet au Musée d’Art Moderne de Paris ouvre aussi les collections permanentes. Les réductions et gratuités s’appliquent sur place, sur présentation d’un justificatif.
Combien de temps dure la visite de « Kerry James Marshall » au Musée d’Art Moderne de Paris ?
Le musée ne publie pas de durée de visite indicative. Le parcours rassemble soixante-dix œuvres réparties en onze ensembles, et la fermeture des caisses intervient à 17h15 : la nocturne du jeudi laisse davantage de temps pour le parcourir.
Comment se rendre au Musée d’Art Moderne de Paris pour « Kerry James Marshall » ?
Le musée se trouve au 11 avenue du Président-Wilson, dans le 16e arrondissement. La ligne 9 du métro le dessert aux stations Alma-Marceau et Iéna, et le RER C s’arrête à Pont de l’Alma. Côté bus, les lignes 32, 63 et 82 s’arrêtent à Iéna, les lignes 42, 80 et 92 à Alma-Marceau, et la ligne 72 à l’arrêt Musée d’Art moderne. Quatre stations Vélib’ et des arceaux à vélos se trouvent à proximité.
Le Musée d’Art Moderne de Paris est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Kerry James Marshall » ?
Oui. Une rampe d’accès se trouve à droite de l’entrée principale, et des ascenseurs PMR desservent les collections comme les expositions. Un fauteuil roulant peut être réservé au 01 53 67 41 18, et trois places de stationnement réservées sont situées devant le musée. L’entrée est gratuite pour la personne en situation de handicap et son accompagnateur, sur présentation de sa carte.
Y a-t-il des nocturnes pour « Kerry James Marshall » au Musée d’Art Moderne de Paris ?
Oui : chaque jeudi, l’exposition reste ouverte jusqu’à 21h30. Cette nocturne concerne uniquement les expositions temporaires, pas les collections permanentes.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche : 10h - 18h
- Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30 (expositions temporaires)
- Fermeture des caisses à 17h15
- Fermé le lundi, les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
- Fermeture à 17h les 24 et 31 décembre
