Frontière à la Cité des sciences
Frontière
Les frontières vues par des géographes et des artistes

Cité des sciences et de l’industrie
L’EXPOSITION
« Frontière » est une exposition temporaire présentée à Paris, à la Cité des sciences et de l’industrie, du 14 avril 2026 au 7 novembre 2027 : elle aborde les frontières telles que les géographes les étudient. Parmi ses dix îlots thématiques, deux portent sur l’Europe : l’un s’intitule « L’Europe, un projet de paix », l’autre fait défiler sur une stèle plus de 70 000 décès survenus aux frontières européennes depuis 1993.
Jeux, films, cartes, photographies et installations d’artistes y présentent des enquêtes menées sur le terrain, à des frontières comme celles qui séparent le Mexique des États-Unis, les deux Corées ou le Niger de l’Algérie.RÉSERVEZ VOTRE VISITE
Le terrain : ce que des chercheurs ont rapporté de trois frontières
Corée, Venezuela, Cameroun : la parole aux chercheursL’îlot « Corée du Nord – Corée du Sud, la zone démilitarisée la plus militarisée du monde » repose sur le travail de terrain de la géographe Valérie Gelézeau. Appareil photo et enregistreur à la main, elle a longé pendant plusieurs mois la ligne qui sépare les deux pays. Deux espaces bâtis en miroir y représentent chaque côté. Seul le côté sud donne accès aux informations ; le côté nord est volontairement pixellisé. Des jumelles permettent d’y regarder les photographies et les vidéos de la géographe. Vous pouvez aussi tenter de reconnaître les sons qu’elle a enregistrés, chants patriotiques ou coups de feu. Son livre DMZ. Marche et démarche à la frontière coréenne, paru en 2026, mêle le récit d’une traversée à pied le long de cette ligne et une réflexion sur la marche comme méthode de recherche.
Vue de l’îlot « Venezuela – Colombie, une frontière aux mains des gangs », 2026 © A. Robin / EPPDCSI
La Cité des sciences et de l’industrie a conçu « Frontière » avec l’Université Grenoble Alpes et son laboratoire de sciences sociales Pacte, partenaires scientifiques de l’exposition. D’autres chercheurs y ont apporté leurs enquêtes de terrain. L’îlot « Venezuela – Colombie, une frontière aux mains des gangs » s’organise autour d’une grande fresque inspirée du travail de l’anthropologue et artiste Fernando Garlin Politis, qui a observé pendant six mois la vie des migrants, des passeurs et des habitants. Il en a rapporté des photos, des dessins et des haïkus, de courts poèmes d’origine japonaise. L’humour tient une large place dans la fresque ; l’îlot y voit une façon de résister à la violence. Dans l’îlot consacré au Cameroun et à la République centrafricaine, un film d’animation de Raphaël Lerays et Thierry Bertomeu s’inspire de l’enquête du géographe Calvin Minfegue à Garoua-Boulaï, une ville camerounaise frontalière de la Centrafrique. Le film est projeté sous une tente qui évoque celles des camps de réfugiés ; son récit suit, dans un camp humanitaire, deux femmes qui ignorent si elles pourront un jour rentrer dans leur pays.
Seul le côté sud donne accès aux informations ; le côté nord est volontairement pixellisé.
Recevez en avant-première l'actualité sur les nouvelles expositions
L’Europe : un projet de paix, des frontières mortelles
Valse des frontières et stèle des mortsUn bouton suffit pour allumer sur une carte les frontières successives de l’Europe depuis deux siècles. Cette « valse des frontières » a été conçue avec le géographe et ancien ambassadeur Michel Foucher. L’îlot « L’Europe, un projet de paix », qui l’accueille, soutient que ces lignes sont d’abord des constructions politiques, qui se déplacent au fil des guerres, des rapports de force et des traités.
morts aux frontières européennes depuis 1993
L’autre îlot européen, « L’Europe, des frontières mortelles », est bâti autour d’une immense stèle. Un vidéoprojecteur y fait défiler sans fin une ligne par mort, avec une date, un lieu, une cause et un nom quand l’identité est connue. Ce recensement est tenu depuis 1993 par UNITED for Intercultural Action, un réseau européen d’associations. L’îlot défend l’idée que les politiques migratoires n’arrêtent pas les migrations, mais les rendent plus dangereuses. Le collectif Border Forensics associe des chercheurs, des journalistes et des juristes. Il a enquêté sur les circonstances de la mort de Blessing Matthew, une Nigériane de 21 ans décédée en 2018 à la frontière franco-italienne. Le collectif artistique Les chevreaux suprématistes présente cette enquête dans une installation de Pénélope de Bozzi et Matthieu Lemarié : un film, des photographies, des objets et des fac-similés de documents.
Vue des îlots « L’Europe, un projet de paix » et « L’Europe, des frontières mortelles », 2026 © F. Jellaoui / EPPDCSI
Focus sur l’œuvre
Sous de grandes lettres en volume qui forment le mot Europe, la vue réunit les deux îlots européens. Au premier plan, des visiteurs se penchent sur des tables de jeu. Au fond, un haut panneau noir aligne des noms en lettres blanches, près de grands portraits en noir et blanc : c’est la stèle des morts aux frontières de l’Europe. Elle rappelle que la mer Méditerranée constitue aujourd’hui la frontière la plus meurtrière au monde.
Des frontières moins visibles : Internet, la mer et quelques curiosités
Câbles, limites maritimes et onze dioramasDeux îlots suivent la frontière là où elle ne se voit pas : dans le réseau Internet et en mer. Un message envoyé par Internet passe par des câbles bien réels, sous terre ou au fond des mers. Une carte interactive de l’Institut français de géopolitique, à l’université Paris 8, montre le réseau mondial des câbles terrestres et sous-marins connus. Elle détaille trois cas : la surveillance en Ukraine, le contrôle d’Internet en Iran et la résistance du réseau aux pannes en Finlande. En mer, la frontière devient une affaire de droit. La convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée en 1982 dans la ville jamaïcaine de Montego Bay, limite à 12 milles marins la mer territoriale d’un État. Sa zone économique exclusive, où il contrôle l’exploitation des ressources, peut s’étendre jusqu’à 200 milles. Sur un écran tactile, vous décidez, dans six situations, si un bateau de pêche, un porte-conteneurs ou un sous-marin peut traverser, faire halte ou exploiter ces ressources.
Dans l’îlot des limites maritimes, un jeu de plateau élaboré avec la géographe Nathalie Fau est consacré au détroit de Malacca : environ 80 000 navires le franchissent chaque année.
Pénélope de Bozzi et Matthieu Lemarié signent aussi l’ensemble « Étranges frontières » : onze dioramas, de petites scènes en volume sous vitrine. Parmi eux figurent Bir Tawil, un désert entre l’Égypte et le Soudan qu’aucun des deux pays ne revendique ; l’île des Faisans, que la France et l’Espagne administrent chacune six mois par an ; et les îles Diomède, l’une russe et l’autre américaine, que moins de 4 kilomètres séparent mais que divise la ligne de changement de date.
Vue de l’îlot « Les limites maritimes : mais où sont-elles ? », 2026 © A. Robin / EPPDCSI
POURQUOI VOIR « FRONTIÈRE » À LA CITÉ DES SCIENCES ET DE L’INDUSTRIE ?
Ce parcours part de lieux précis, étudiés sur place par des chercheurs et des artistes, pour éclairer des frontières dont parle l’actualité. Les deux commissaires, Astrid Aron et Maud Gouy, défendent l’idée qu’une frontière n’est jamais naturelle et résulte toujours d’une décision humaine. Parmi les dispositifs, un garde-frontière virtuel animé par une intelligence artificielle fait passer à qui le souhaite un contrôle fictif entre deux pays imaginaires.
Vue de l’îlot « Corée du Nord – Corée du Sud, la zone démilitarisée la plus militarisée du monde », 2026 © A. Robin / EPPDCSI
Point de vue critique
Le titre de l’îlot pose un paradoxe : une zone dite démilitarisée, et pourtant la plus militarisée du monde. Le dispositif le met en scène. Deux silhouettes de soldats en uniforme s’y font face, de part et d’autre d’une carte ; à côté, un visiteur regarde dans des jumelles d’observation. Les images qu’elles dévoilent sont inédites : une chercheuse les a captées en arpentant la frontière, jusqu’aux abords de cette zone.
La Cité conseille « Frontière » à partir de 12 ans. L’exposition est accessible aux visiteurs à mobilité réduite et aux visiteurs sourds et malentendants ; ses textes sont rédigés en français, en anglais et en espagnol. La Cité des sciences et de l’industrie inclut dans le même billet ses expositions permanentes, ses autres expositions temporaires, son planétarium et le sous-marin l’Argonaute.
Commissariat et scénographie
- Commissaires
- Astrid AronMaud Gouy
- Muséographe
- Delphine Heyndrickx
- Scénographie
- Renaud Djian
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
Partagez votre visite sur Instagram
Immortalisez votre expérience et inspirez votre communauté en partageant vos plus belles photos
QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Frontière » à la Cité des sciences et de l’industrie ?
L’exposition se tient du 14 avril 2026 au 7 novembre 2027. Les espaces d’exposition de la Cité ouvrent de 10h à 18h du mardi au samedi, et jusqu’à 19h le dimanche ; ils sont fermés le lundi.
Où réserver ses billets pour « Frontière » à la Cité des sciences et de l’industrie ?
Combien de temps dure la visite de « Frontière » à la Cité des sciences et de l’industrie ?
La Cité n’indique pas de durée de visite pour cette exposition. Le parcours compte dix îlots thématiques et se conclut par un film de 23 minutes.
Comment se rendre à la Cité des sciences et de l’industrie pour « Frontière » ?
Prenez le métro ligne 7 jusqu’à la station Porte de la Villette, également desservie par le tramway T3b et par les bus 71, 139, 150 et 152. Depuis le quai du tramway et les arrêts de bus, une rampe d’accès mène directement à la Cité, au 30 avenue Corentin-Cariou, dans le 19e arrondissement.
La Cité des sciences et de l’industrie est-elle accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Frontière » ?
Oui : les personnes à mobilité réduite ont accès à l’exposition, dont l’espace, au niveau 1, est desservi par des ascenseurs. Les visiteurs sourds et malentendants y ont accès eux aussi, et la Cité porte le label Tourisme et handicap pour les quatre familles de handicap.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au samedi : 10h - 18h
- Dimanche : 10h - 19h
- Fermé le lundi, ainsi que le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
