Hilma af Klint au Grand Palais
Hilma af Klint
Le grand œuvre d’une pionnière secrète de l’abstraction

Grand Palais
L’EXPOSITION
« Hilma af Klint. Les peintures du Temple (1906-1915) » est l’exposition que le Grand Palais et le Centre Pompidou consacrent à la peintre suédoise du 6 mai au 30 août 2026, première grande exposition monographique de l’artiste organisée en France, réunissant le grand œuvre composé de dix séries peintes entre 1906 et 1915.
Le parcours présente ce cycle longtemps tenu à l’écart du public, où géométrie, aplats colorés et motifs organiques précèdent de plusieurs années les premières toiles abstraites de Kandinsky ou Malevitch. Spiritisme féminin, théosophie, traités de couleur du XIXᵉ siècle et folklore nordique éclairent l’écosystème intellectuel d’une artiste qui a tenu son œuvre abstraite scellée vingt ans après sa mort.Exposition « Hilma af Klint » | Teaser © Grand Palais et Centre Pompidou
LE GRAND ŒUVRE : DIX SÉRIES, UN CYCLE DÉPLOYÉ D’UN SEUL TENANT
Du 7 novembre 1906 à l’hiver 1915, neuf années pour cent quatre-vingt-treize tableauxLe cycle s’ouvre le 7 novembre 1906 et se referme à l’hiver 1915. En neuf ans, Hilma af Klint compose dix séries totalisant cent quatre-vingt-treize tableaux, dont le parcours présente une large sélection. La première année, Chaos originel rassemble vingt-six toiles de petit format, suivies en 1907 par les huit toiles d’Éros, par les Grandes Peintures figuratives et par la série pivot des Dix plus grands. Cette dernière, peinte du 2 octobre au 7 décembre 1907, déploie dix temperas sur papier marouflé sur toile aux dimensions inhabituelles – 322 × 239 cm pour la plus grande – organisées selon les quatre âges de la vie : enfance, jeunesse, âge adulte, vieillesse.
Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 4 (Jeunesse), 1907, tempera sur papier marouflé sur toile, 315 × 234 cm, HaK105 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Après une interruption de quatre années consacrées à sa mère devenue aveugle, af Klint reprend le cycle en 1912. La seconde phase – La Série US, Cygne, Colombe – privilégie des formes plus structurées, où la composition géométrique laisse moins de place à l’improvisation gestuelle des premières années. Le parcours s’achève sur Retable (1915), grand format en huile rehaussé de feuille d’or qui, dans les mots de l’artiste, forme « un résumé de l’ensemble de l’œuvre ». La succession chronologique des séries laisse lire les changements de méthode entre les dessins médiumniques préparatoires des premières années et les compositions resserrées de la seconde phase.
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LES SOURCES DU CYCLE : SPIRITISME, THÉOSOPHIE, COULEUR, FOLKLORE
Le groupe des Cinq, la Société théosophique, les traités scientifiques et l’art populaire suédoisLe parcours déploie autour des peintures du Temple les sources qui ont nourri leur invention. En 1896, af Klint fonde avec quatre amies – Sigrid Hedman, Anna Cassel, Cornelia Cederberg et Mathilda Nilsson – le groupe De Fem (« Les Cinq »), qui pratique des séances de spiritisme et consigne dans des carnets l’écriture automatique guidée par des entités spirituelles. Plusieurs dessins médiumniques co-signés par les Cinq figurent dans la sélection, aux côtés de toiles d’Anna Cassel dont la collaboration avec af Klint est documentée jusqu’aux dernières années du cycle. En 1904, l’artiste rejoint la Société théosophique de Stockholm ; les traités cosmogoniques de Jacob Böhme et de Robert Fludd, ainsi que Les Pensées-formes (1905) d’Annie Besant et Charles Leadbeater, alimentent un vocabulaire symbolique dont le parcours montre des éditions d’époque.
La science des couleurs entre dans le parcours par plusieurs traités du XIXᵉ siècle – Goethe, Chevreul, Ogden Rood – présentés en éditions d’époque, qui ont alimenté la formation de l’artiste à l’Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm. Le folklore nordique fournit l’autre versant : un cabinet de curiosités réunit des boîtes à chapeau peintes (1807–1829) prêtées par le Leksands kulturhus, des coiffes et corsets brodés du musée de Dalécarlie, et L’Escalier des âges peint par Olhans Olof Jonsson vers 1820–1830 – motif populaire des étapes de la vie que la peintre transpose, en mode abstrait, dans Les Dix plus grands.
Hilma af Klint, Chaos originel, n° 1, 1906-1907, huile sur toile, 53 × 37 cm, HaK001 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Focus sur l’œuvre
Chaos originel, n° 1 ouvre, le 7 novembre 1906, le cycle des peintures du Temple : c’est la toute première toile que peint Hilma af Klint après avoir accepté, le 1er janvier 1906, la commande spirituelle confiée par Amaliel, l’un des « hauts maîtres » régulièrement contactés lors des séances du groupe De Fem. La série compte vingt-six toiles de petit format réalisées entre novembre 1906 et mars 1907, préparées à partir de dessins médiumniques exécutés au graphite ; selon les notes de l’artiste, les tableaux 1, 2, 3, 4, 19 et 20 sont peints par af Klint elle-même, les tableaux 10, 11, 12 et 15 par Anna Cassel, le reste réparti à parts égales entre les deux amies. La palette élémentaire – bleus, jaunes et verts – répond à un code symbolique inspiré du Traité des couleurs de Goethe (1810), présent dans la sélection : le bleu vaut pour le féminin, le jaune pour le masculin, leur union se résolvant dans le vert. La spirale, motif récurrent de la série, signifie comme énergie d’évolution.
RÉÉVALUATION CONTEMPORAINE : LA PLACE D’AF KLINT DANS L’HISTOIRE DE L’ABSTRACTION
De la consigne testamentaire des vingt ans à la reconnaissance internationaleHilma af Klint avait stipulé dans son testament que ses œuvres abstraites resteraient scellées vingt ans après sa mort. Cette consigne, combinée à la rareté des présentations publiques, a maintenu son grand œuvre à l’écart du récit canonique de l’abstraction. Il faut attendre 1986 et l’exposition « The Spiritual in Art, Abstract Painting 1890-1985 » à Los Angeles pour que les peintures abstraites de l’artiste soient présentées au grand public, puis 2018 et la rétrospective du Guggenheim Museum de New York pour que sa reconnaissance internationale s’établisse.
Le commissariat est confié à Pascal Rousseau, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste des avant-gardes historiques, à qui l’on doit notamment « Aux origines de l’abstraction. 1800-1914 » au musée d’Orsay en 2003 et un premier accrochage parisien autour de l’artiste – « Hilma af Klint (1862-1944) : une modernité révélée » – au Centre culturel suédois en 2008, en collaboration avec le Centre Pompidou. Cette continuité institutionnelle éclaire le projet actuel, qui réinscrit le cycle des peintures du Temple dans la généalogie scientifique et spiritualiste de l’abstraction documentée par le commissaire depuis plus de vingt ans. La scénographie est conçue par Pascal Rodriguez, architecte-scénographe du Centre Pompidou, second versant d’une coproduction portée par les deux institutions.
Hilma af Klint, Évolution, n° 1, 1908, huile sur toile, 102,5 × 134,5 cm, HaK069 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
LA SECONDE PHASE : LA BASCULE GÉOMÉTRIQUE DE 1912–1915
Après quatre années d’interruption, l’influence de l’anthroposophie de Rudolf SteinerLa seconde phase du cycle débute en 1912, après quatre années où af Klint a suspendu sa pratique pour s’occuper de sa mère devenue aveugle. La rencontre avec Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, croisé pour la première fois à Stockholm en 1908, oriente l’artiste vers un vocabulaire plus structuré, où les compositions géométriques resserrées prennent le pas sur l’improvisation gestuelle des premières années.
Le tournant se traduit dans la facture autant que dans le format : les toiles passent d’un petit format intime (53 × 37 cm pour Chaos originel) à un grand vertical désormais standardisé à environ 155 × 115 cm. La grille remplace l’improvisation gestuelle, et l’iconographie absorbe les diagrammes que Steiner diffuse alors dans ses conférences publiques sur l’hyperespace et la « connaissance suprasensible ». La même année 1913, af Klint peint en parallèle la série L’Arbre de la connaissance, où elle transpose le « symbole de l’arbre cosmique » évoqué par Steiner, et expose pour la première fois dix-sept de ses tableaux à la Société théosophique de Stockholm.
Hilma af Klint, La Série US, n° 5, 1913, huile sur toile, 156,5 × 114,5 cm, HaK130 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Focus sur l’œuvre
Peinte entre le 30 septembre et le 12 décembre 1913, La Série US, n° 5 déploie une iconographie de crucifixion en réponse à la quatrième dimension, thème central dans les écrits du théosophe Charles Webster Leadbeater et dans les conférences contemporaines de Rudolf Steiner. Une figure centrale transparente, type rayon X – lue par l’historienne Linda Dalrymple Henderson comme une figure christique –, est dressée sur une croix dépliée en hypercube, motif emprunté aux diagrammes de l’architecte théosophe Claude Bragdon. Aux deux côtés inférieurs apparaissent un homme et une femme sur des croix conventionnelles, codés selon le système chromatique constant d’af Klint : jaune pour le masculin, bleu pour le féminin. La toile illustre, à elle seule, la bascule géométrique de la seconde phase : la dualité des deux genres, encore figurée dans la première phase par la juxtaposition d’escargots et de spirales, prend ici la forme d’un dispositif spatial complexe emprunté aux théories de l’hyperespace alors en circulation.
POURQUOI ALLER VOIR L’EXPO "HILMA AF KLINT" ?
Voir réunies en un seul lieu les dix séries qui composent le grand œuvre de Hilma af Klint, et mesurer comment ces tableaux peints entre 1906 et 1915 précèdent de plusieurs années les premières toiles abstraites de Kandinsky ou Malevitch. Les Dix plus grands, dix temperas monumentales (jusqu’à 322 × 239 cm) sur les quatre âges de la vie, forment la série pivot du cycle et l’une des plus reconnues de l’artiste.
Hilma af Klint, Retable, n° 1, 1915, huile et feuille d’or sur toile, 237,5 × 179,5 cm, HaK187 © By courtesy of the Hilma af Klint Foundation / photo The Moderna Museet, Stockholm
Point de vue critique
Retable, n° 1 clôt le cycle des peintures du Temple : af Klint commence cette dernière série en octobre 1915 par trois esquisses préliminaires et la considère, dans ses notes, comme « un résumé de l’ensemble de l’œuvre ». Le tableau associe la peinture à l’huile et la feuille d’or – seule série du cycle à mobiliser ce matériau précieux – pour figurer une pyramide chromatique sommée d’un disque doré, qui célèbre, selon le catalogue de l’exposition, « l’accomplissement spirituel du groupe en donnant à voir la fin vers laquelle il se dirige : une demeure suprême, émanation de l’équilibre cosmique ».
Au-delà du grand œuvre, le parcours restitue l’écosystème intellectuel d’af Klint : dessins médiumniques du groupe De Fem, traités d’ésotérisme exposés en éditions d’époque, sources scientifiques sur la couleur, et folklore nordique présenté en cabinet de curiosités. Au Grand Palais, l’exposition s’inscrit dans le partenariat coproduit avec le Centre Pompidou pendant la rénovation de ce dernier jusqu’en 2030. La scénographie est conçue par Pascal Rodriguez. Première grande exposition monographique d’Hilma af Klint organisée en France.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Hilma af Klint » au Grand Palais ?
L’exposition « Hilma af Klint. Les peintures du Temple (1906-1915) » se tient du 6 mai au 30 août 2026 dans les Galeries 8 du Grand Palais. Elle est ouverte du mardi au dimanche de 10h à 19h30, avec une nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Fermeture hebdomadaire le lundi.
Où réserver ses billets pour « Hilma af Klint » au Grand Palais ?
Les billets pour « Hilma af Klint » sont disponibles via Fnac Spectacles, partenaire billetterie de l’exposition. Le plein tarif est de 16,50 €, avec des tarifs réduits à 12 € pour les étudiants jusqu’à 30 ans et les familles nombreuses, et 13,50 € pour les 18-25 ans. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les visiteurs en situation de handicap, les bénéficiaires des minima sociaux et les demandeurs d’emploi.
Combien de temps dure la visite de « Hilma af Klint » au Grand Palais ?
Comptez environ 1h30 à 2h pour parcourir les dix séries des peintures du Temple, les dessins médiumniques du groupe De Fem, les traités d’ésotérisme en éditions d’époque et le cabinet de curiosités consacré au folklore nordique. La série monumentale des Dix plus grands, composée de dix temperas pouvant atteindre 322 × 239 cm, mérite à elle seule un temps de contemplation prolongé.
Comment se rendre au Grand Palais pour « Hilma af Klint » ?
L’entrée se fait par le square Jean Perrin, au 17 avenue du Général Eisenhower, dans le 8ᵉ arrondissement. Les lignes 1 et 13 du métro desservent la station « Champs-Élysées – Clemenceau », la ligne 9 dessert « Franklin D. Roosevelt ». Le RER C s’arrête à « Invalides », et plusieurs lignes de bus (28, 42, 52, 72, 73, 80, 83, 93) ainsi que des stations Vélib’ jalonnent les abords du monument.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche : 10h - 19h30
- Nocturne le vendredi jusqu’à 22h
- Fermeture hebdomadaire le lundi
