Lee Miller au Musée d’Art Moderne de Paris
Lee Miller
De l'objectif à la légende, 250 tirages pour redécouvrir Lee Miller

Musée d'Art Moderne de Paris
L'EXPOSITION
Du 10 avril au 2 août 2026, le Musée d'Art Moderne de Paris présente « Lee Miller », la plus importante rétrospective française consacrée à la photographe depuis vingt ans. Organisée avec la Tate Britain et l'Art Institute of Chicago, cette présentation rassemble près de 250 tirages anciens et modernes dans un parcours sans équivalent, du mannequinat new-yorkais aux camps libérés.
Solarisations, déserts égyptiens, ruines du Blitz, baignoire d'Hitler : une œuvre où l'audace formelle n'a jamais cédé devant l'urgence du réel.L'histoire derrière le biopic Lee Miller © ELLE
RÉSERVEZ VOTRE VISITE
MANNEQUIN, SURRÉALISTE, PORTRAITISTE : LES ANNÉES PARISIENNES
De Poughkeepsie à Montparnasse : la naissance d'un regardNée en 1907 à Poughkeepsie, Elizabeth Miller grandit dans la chambre noire de son père, photographe amateur. L'exposition s'ouvre sur des portraits réalisés par Steichen, Hoyningen-Huene ou Horst : Miller y apparaît comme l'un des mannequins les plus recherchés du New York des années 1920. Elle adopte alors le prénom androgyne « Lee ».
Lee Miller, Woman with Hand on Head (Coiffure), Paris, 1931, épreuve gélatino-argentique © Lee Miller Archives, England 2025. All rights reserved. leemiller.co.uk
Son arrivée à Paris en 1929 marque un tournant. Apprentie puis compagne de Man Ray, elle explore avec lui la solarisation – ou effet Sabatier –, un procédé que personne n'avait encore exploité avec une telle intention artistique. En parallèle, Miller joue dans Le Sang d'un poète de Jean Cocteau (1930–1932).
La solarisation consiste à réexposer brièvement un tirage à la lumière en cours de développement, produisant une inversion partielle des tons et un halo onirique caractéristique.
Dès 1930, elle ouvre son studio rue Victor-Considérant, à Montparnasse, et travaille pour Vogue. Ses cadrages obliques figurent dans les galeries parisiennes aux côtés de Germaine Krull et Brassaï. Le commissariat de la rétrospective est assuré par Hilary Floe, senior curator à la Tate Britain, et Fanny Schulmann, conservatrice en chef au Musée d'Art Moderne de Paris.
De la solarisation aux cadrages obliques, Lee Miller forge un langage visuel où l'expérimentation surréaliste se mêle à l'exigence éditoriale de Vogue.
Fin 1932, Miller rentre à New York et inaugure sa première – et unique – exposition personnelle de son vivant à la galerie Julien Levy.
DU CAIRE AUX CERCLES SURRÉALISTES : NOUVELLES GÉOGRAPHIES DU REGARD
Du désert égyptien aux réseaux avant-gardistes : une photographe en mouvementEn 1934, Lee Miller épouse Aziz Eloui Bey et s'installe au Caire. Épuisée par le studio commercial new-yorkais, elle renonce d'abord à photographier. Un voyage à Jérusalem en 1935 ravive sa pratique. Ses images de cette période frappent par l'affirmation des textures et des motifs : contrastes de matières, angles inhabituels, aucun exotisme.
Lee Miller, Portrait of Space, Al Bulwayeb, near Siwa, 1937, épreuve gélatino-argentique © Lee Miller Archives, England 2025. All rights reserved. leemiller.co.uk
Focus sur l'œuvre
Portrait of Space est l'une des images surréalistes les plus célèbres de Lee Miller, réalisée dans le désert près de l'oasis de Siwa pendant sa période égyptienne. La photographie montre un paysage désertique aride cadré à travers les lambeaux déchirés d'une moustiquaire, créant un dialogue entre l'espace clos et l'immensité du désert. Publiée pour la première fois dans le London Bulletin en 1938, cette image a inspiré au peintre surréaliste belge René Magritte son tableau Le Baiser. L'œuvre fonctionne comme un « portrait » non pas d'un visage mais d'un espace, où la moustiquaire déchirée devient un cadre-fenêtre surréaliste ouvrant sur le vide du désert.
Elle organise des expéditions dans le désert, voyage en Syrie, en Palestine, au Liban, à Chypre, en Roumanie et en Grèce. Au Caire, elle se lie aux milieux intellectuels radicaux et contribue à la formation du groupe surréaliste Art et Liberté, fondé en 1938.
tirages réunis dans six sections thématiques
Sa rencontre avec le peintre et collectionneur anglais Roland Penrose, en 1937, la rapproche de l'Europe. Le parcours consacre deux sections aux portraits d'artistes : Charlie Chaplin à Saint-Moritz en 1932, Picasso à travers le plan sombre d'une visière lors de séjours en Cornouailles et dans le sud de la France. Son expérience de modèle lui permet d'établir une confiance immédiate avec ses sujets.
CORRESPONDANTE DE GUERRE : DE VOGUE AUX CAMPS LIBÉRÉS
Du Blitz londonien aux portes de Dachau : l'œil surréaliste face au conflitEn 1939, Miller choisit de rester à Londres. Elle s'investit dans le Vogue britannique, d'abord comme photographe de mode. En mai 1941, elle participe à l'ouvrage Grim Glory: Pictures of Britain Under Fire, qui documente le Blitz en mêlant célébration patriotique et humour noir.
Lee Miller, Modèle avec une ampoule (Model with Lightbulb), c. 1943, épreuve gélatino-argentique © Lee Miller Archives, England 2025. All rights reserved. leemiller.co.uk
Le 30 décembre 1942, elle obtient son accréditation de correspondante de guerre – l'une des rares femmes à y parvenir. Elle consacre d'abord de nombreux reportages aux femmes engagées dans le conflit : infirmières, aviatrices, opératrices de projecteurs. Après le Débarquement, elle traverse la Manche et couvre la capitulation de Saint-Malo en août 1944. Ses articles pour Vogue, rédigés à la première personne, s'attachent aux détails signifiants plutôt qu'au théâtre des opérations.
Le 16 avril 1945, Miller entre dans Buchenwald, quelques jours après sa libération. Le 30 avril, elle se rend à Dachau avec le photojournaliste David E. Scherman. Ses clichés, accompagnés de l'article Believe it, comptent parmi les premiers témoignages photographiques de l'extermination nazie diffusés au grand public.
La dernière section du parcours est consacrée à Farleys Farm House, dans le Sussex, où elle s'installe avec Penrose et leur fils Antony, né en 1947, entre portraits privés et expérimentations culinaires.
LA MODE COMME ARME VISUELLE
Quand la photographie de mode intègre les stigmates du BlitzL'exposition « Lee Miller » au Musée d'Art Moderne de Paris consacre une attention particulière à l'intersection entre photographie de mode et contexte de guerre dans le Londres du Blitz. Miller développe pour le Vogue britannique une approche singulière où l'élégance vestimentaire cohabite avec la réalité du conflit.
Sous la direction éditoriale d'Audrey Withers, rédactrice en chef du Vogue britannique, Miller intègre les ruines et les bombardements comme décor de ses clichés de mode. Cette pratique crée un contraste saisissant entre la sophistication des tenues et la brutalité du paysage urbain dévasté.
Lee Miller, Model (Elizabeth Cowell) wearing Digby Morton suit, London, 1941, épreuve gélatino-argentique © Lee Miller Archives, England 2025. All rights reserved. leemiller.co.uk
Focus sur l'œuvre
Cette image montre le mannequin Elizabeth Cowell portant un tailleur du couturier irlandais Digby Morton dans le Londres de 1941, en plein Blitz. Miller intègre les stigmates des bombardements comme décor de ses clichés de mode, créant une tension visuelle entre l'élégance vestimentaire et la destruction environnante. Ce parti pris éditorial, qui met en lumière les ruines et les bombardements de Londres au sein même de la photographie de mode, distingue Miller de ses contemporains.
POURQUOI VOIR « LEE MILLER » AU MUSÉE D'ART MODERNE DE PARIS ?
Près de 250 tirages retracent une vie et une œuvre indissociables, du New York des années 1920 à la ferme du Sussex. Dix-huit ans après la rétrospective du Jeu de Paume, qui ne réunissait qu'environ 150 œuvres, cette présentation élargit considérablement le corpus grâce à des prêts de la Tate Britain et de l'Art Institute of Chicago.
Lee Miller, Fire Masks, Downshire Hill, London, 1941, tiré en 2007, épreuve gélatino-argentique © Lee Miller Archives, England 2025. All rights reserved. leemiller.co.uk
Point de vue critique
Fire Masks est l'une des premières photographies de guerre de Lee Miller, réalisée devant l'abri anti-aérien du jardin de Roland Penrose, au 21 Downshire Hill à Hampstead, en 1941. Deux femmes y posent avec des masques de protection contre les bombes incendiaires. L'image dresse le portrait d'une « double difformité de la guerre » et transmet, avec un mélange de pathos et d'absurdité, la réalité quotidienne de la ville sous les bombes.
Le succès du film Lee (2024), porté par Kate Winslet, a ravivé l'intérêt pour une artiste longtemps réduite à son rôle de muse. Le billet au Musée d'Art Moderne de Paris donne accès à un accrochage privilégiant les tirages d'époque, complétés par des tirages modernes. Quelque 60 000 négatifs et documents redécouverts après la mort de Miller en 1977 dans le grenier de Farleys House fondent les Lee Miller Archives, d'où provient l'essentiel des œuvres présentées ici.
✨L'avis de Camille
Rédactrice culture
Partagez votre visite sur Instagram
Immortalisez votre expérience et inspirez votre communauté en partageant vos plus belles photos
QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Lee Miller » au Musée d'Art Moderne de Paris ?
Où réserver ses billets pour « Lee Miller » au Musée d'Art Moderne de Paris ?
Combien de temps dure la visite de « Lee Miller » au Musée d'Art Moderne de Paris ?
Comment se rendre au Musée d'Art Moderne de Paris pour « Lee Miller » ?
Le Musée d'Art Moderne de Paris est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Lee Miller » ?
Y a-t-il des nocturnes pour « Lee Miller » au Musée d'Art Moderne de Paris ?
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Ouvert du mardi au dimanche de 10h - 18h
- Nocturne le jeudi jusqu'à 21h30
- Fermé le lundi
