Eva Gonzalès au Petit Palais
Eva Gonzalès
Une centaine de peintures, pastels et gravures d’Eva Gonzalès

Petit Palais
L’EXPOSITION
Eva Gonzalès n’avait plus eu d’exposition comparable à sa rétrospective posthume de 1885, organisée deux ans après sa mort. Le Petit Palais lui consacre du 15 septembre 2026 au 24 janvier 2027 une monographie inédite de près de 100 œuvres, sous le titre « Eva Gonzalès. Parcours d’une artiste libre ».
Le parcours suit l’ordre chronologique, et trois de ses contemporaines – Berthe Morisot, Mary Cassatt, Marie Bracquemond – y apparaissent en contrepoint.Le Petit Palais, l’art au cœur de Paris © Petit Palais
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SA FORMATION : un atelier pour femmes, faute d’accès aux Beaux-Arts
De l’atelier Chaplin à l’atelier de ManetL’École des beaux-arts de Paris est fermée aux femmes quand Eva Gonzalès veut apprendre à peindre. Comme les autres candidates au métier, elle passe donc par l’enseignement privé : en 1866, elle rejoint l’atelier pour femmes ouvert par Charles Chaplin, portraitiste de la haute société parisienne qui a aussi formé Mary Cassatt. L’endroit lui aurait donné accès à l’étude du modèle vivant, dont les élèves femmes étaient d’ordinaire écartées. Trois ans plus tard, Eva Gonzalès devient l’unique élève d’Édouard Manet, qui la peint à son tour, assise devant son chevalet. Elle mène pourtant sa carrière de son côté. L’exposition pose d’ailleurs la question sans détour : cette peintre se réduit-elle au titre d’élève de Manet ?
Édouard Manet, Portrait d’Eva Gonzalès, 1870, huile sur toile, 191,1 × 133,4 cm, Sir Hugh Lane Bequest, 1917, the National Gallery, London. In partnership with Hugh Lane Gallery, Dublin © The National Gallery London
Deux toiles de ces années-là arrivent de Londres. La Psyché – une jeune femme devant un miroir en pied, peinte vers 1869-1870 – est le premier tableau d’Eva Gonzalès entré à la National Gallery, qui l’a acheté en 2024 : la peintre y est alors devenue la vingtième femme artiste, sur environ 750 noms. Une seule autre de ses œuvres figure dans une collection publique britannique, au Bristol Museum and Art Gallery. Le portrait que Manet a peint d’elle en 1870 se trouve au même endroit et vient lui aussi à Paris. La Psyché, elle, tient dans un très petit format : trente-neuf centimètres sur vingt-six et demi.
Trois ans plus tard, Eva Gonzalès devient l’unique élève d’Édouard Manet, qui la peint à son tour, assise devant son chevalet.
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LE SALON PLUTÔT QUE LES IMPRESSIONNISTES : le choix de la voie officielle
Une carrière conduite au SalonPour son premier Salon, en 1870, Eva Gonzalès envoie L’Enfant de troupe, un jeune soldat peint sur une toile de 133 centimètres de haut qui répond au Fifre de Manet, réalisé quatre ans plus tôt. Le Salon est alors le grand rendez-vous public de la peinture française, et son jury décide de ce qui sera vu. Conservé au musée de Gajac, à Villeneuve-sur-Lot, le tableau remonte à Paris pour l’occasion. Eva Gonzalès y expose régulièrement jusqu’en 1883, sans se joindre au groupe impressionniste. De son vivant, la critique lui est favorable.
Une loge aux Italiens résume ce choix. Peinte vers 1874, cette toile de 97,7 sur 130 centimètres montre un couple installé dans une loge du Théâtre-Italien : sa sœur Jeanne et Henri Guérard, qu’Eva Gonzalès épousera en 1879. Le bouquet peint au bord de la loge fait songer à celui de l’Olympia de Manet. L’exposition retient de ces années l’influence du maître, dans les sujets comme dans la liberté de la touche. Au même moment, la première exposition du groupe impressionniste accueille La Loge de Renoir, aujourd’hui à Londres ; Eva Gonzalès, elle, vise le Salon. Le jury écarte d’abord son tableau ; il n’est exposé qu’en 1879, et bien reçu. Le musée d’Orsay, qui le conserve, le prête et apporte à l’ensemble son soutien exceptionnel.
Le Salon est alors le grand rendez-vous public de la peinture française, et son jury décide de ce qui sera vu.
Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens, v. 1874, huile sur toile, 97,7 × 130 cm, musée d’Orsay, Paris © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Focus sur l’œuvre
La toile est signée en bas à gauche. Un fond sombre fait vibrer les carnations et les étoffes claires, tandis que les deux figures, curieusement détachées l’une de l’autre, prolongent un parti pris du maître : ne jamais livrer au spectateur l’interprétation du sujet. Il existe de la main de Manet une version au pastel restée à l’état d’esquisse, au point qu’on s’est demandé s’il ne s’était pas mêlé de la conception du tableau. Passée en vente à l’Hôtel Drouot le 20 février 1885 sous le numéro 47, la toile demeure ensuite dans la famille : c’est Jean Guérard, le fils de l’artiste, qui en fait don au musée du Louvre en 1927.
SES MODÈLES : la sœur, le mari, et les plages de Normandie
Jeanne, Henri Guérard et la côte normandeLe père d’Eva Gonzalès, l’homme de lettres Emmanuel Gonzalès, fréquente la scène artistique parisienne ; sa mère, musicienne, tient un salon où passe le Tout-Paris des lettres et du monde. C’est dans ce cercle que la peintre prend ses modèles. Sa sœur Jeanne pose pour elle, apprend la peinture à ses côtés et reste sa confidente : deux portraits d’elle, exécutés vers 1870-1872 et vers 1873-1874, figurent dans le parcours. Jeanne a posé vêtue de la robe de mariée de sa sœur ; quelques années après la mort d’Eva Gonzalès, elle devient à son tour la femme d’Henri Guérard.
Les scènes d’intérieur et les portraits voisinent avec des paysages de la côte normande, comme Enfants dans les dunes de sable, Grandcamp, peint vers 1877-1878, que conserve d’ordinaire la National Gallery of Ireland, à Dublin. En 1883, Eva Gonzalès meurt à trente-six ans, quelques jours après avoir accouché et peu après Manet. Son œuvre disparaît ensuite peu à peu des mémoires, malgré la rétrospective que les salons de la revue La Vie moderne lui consacrent à Paris deux ans plus tard. L’exposition veut la réinstaller dans le récit de la peinture française. Cent quarante et un ans après 1885, le Petit Palais annonce un ensemble d’une ampleur comparable.
La National Gallery of Ireland a acheté Enfants dans les dunes de sable, Grandcamp en 1972 grâce au Shaw Fund. Le tableau y porte le numéro d’inventaire NGI.4050.
Eva Gonzalès, Enfants dans les dunes de sable, Grandcamp, v. 1877-1878, huile sur toile, 46 × 56 cm, National Gallery of Ireland, Dublin Photo : National Gallery of Ireland
Focus sur l’œuvre
Deux enfants du pays se tiennent au bord d’un chemin côtier. Un panier de poissons, posé près d’eux, forme comme une nature morte au cœur de la scène. Le sable et l’herbe occupent l’essentiel de la surface ; une fine ligne bleutée, placée très haut, tient lieu d’horizon. La touche, large et rapide, se fait bien plus lâche, presque esquissée, que dans les vues de Dieppe peintes en 1871 : les années passées auprès de Manet ont laissé leur trace sur sa façon de peindre.
SON PASTEL : du Salon de 1874 aux collections de l’État
La Matinée rose, achetée en 1885Le pastel occupe une place à part entière dans son œuvre, aux côtés de la peinture à l’huile. La Matinée rose date de 1874 : un pastel sur papier et châssis entoilé de 93,8 centimètres de haut, signé en bas à droite au pastel noir. La même année, la feuille est exposée au Salon, au palais des Champs-Élysées, sous le numéro 2180 du livret.
L’œuvre a reparu en 2023 dans l’accrochage Pastels du musée d’Orsay, de Millet à Redon. Le reste du temps, elle n’est pas présentée en salle.
Après la mort de l’artiste, l’atelier est dispersé : le pastel passe en vente à l’Hôtel Drouot le 20 février 1885, sous le numéro 71. L’État l’achète la même année et l’attribue au musée du Louvre. Il reste jusqu’en 1929 au musée du Luxembourg, puis revient au Louvre, qui le conserve aujourd’hui encore ; l’œuvre est affectée au musée d’Orsay et porte le numéro d’inventaire RF 12299.
Eva Gonzalès, La Matinée rose, 1874, pastel sur papier et châssis entoilé, 93,8 × 74,3 cm, musée d’Orsay, Paris, conservé au musée du Louvre © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
POURQUOI VOIR « EVA GONZALÈS » AU PETIT PALAIS ?
Vous y suivrez une carrière entière, année après année, ce que la dispersion mondiale de l’œuvre rend rare. Les prêts viennent du Denver Art Museum, de l’Art Institute de Chicago, de la Kunsthalle de Brême et de nombreuses collections privées ; gravures et pastels y côtoient les peintures. Un parcours de médiation, « Une vie d’artiste au féminin », revient sur les obstacles des peintres femmes du XIXe siècle, et un cycle de conférences gratuit accompagne l’exposition jusqu’au 12 janvier 2027.
Eva Gonzalès, L’Enfant de troupe, 1870, huile sur toile, 133 × 109 cm, musée de Gajac, Villeneuve-sur-Lot © Photo Maitetxu Etcheverria
Point de vue critique
Un jeune joueur de clairon en uniforme se détache sur un fond neutre qu’une simple ligne sépare du sol ; tout le côté droit du modèle reste dans l’ombre. Connue aussi sous le titre Le Clairon, la toile est achetée par l’État dès la fin du Salon. En 2024, elle a quitté Villeneuve-sur-Lot pour le musée d’Ordrupgaard, au nord de Copenhague, et son exposition consacrée aux femmes de l’impressionnisme.
Les collections permanentes du Petit Palais restent en accès libre, sauf pendant les nocturnes des vendredis et samedis, réservées aux expositions temporaires. Dans le même musée, « Visionnaires », carte blanche gratuite à Prune Nourry, s’installe dans les collections dès le 20 octobre ; Mary Cassatt, elle, a sa première grande exposition française au même moment, à Orsay. L’une des toiles réunies, La Servante ou à la barrière, est conservée au Petit Palais.
Commissariat
- Commissariat général
- Annick Lemoine (présidente de l’établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie)
- Commissariat scientifique
- Stéphanie Cantarutti (conservatrice en chef du patrimoine, peintures modernes, Petit Palais)Fleur Roos Rosa de Carvalho (conservatrice en chef, arts graphiques, Van Gogh Museum, Amsterdam)
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Eva Gonzalès » au Petit Palais ?
L’exposition se tient du 15 septembre 2026 au 24 janvier 2027. Le musée accueille le public du mardi au dimanche de 10h à 18h, avec une dernière entrée dans les expositions temporaires à 16h45 et une fermeture des salles à partir de 17h45. Il est fermé le lundi ainsi que les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet, 11 novembre et 25 décembre.
Où réserver ses billets pour « Eva Gonzalès » au Petit Palais ?
Le billet au Petit Palais est proposé à 14 € en plein tarif sur Tiqets, sans frais additionnels et hors frais de transaction éventuels. Il donne accès à l’exposition temporaire et aux collections permanentes, dont l’entrée reste gratuite, et comprend un guide audio téléchargeable. La réservation d’un créneau horaire est fortement recommandée ; le billet n’est ni remboursable ni modifiable.
Combien de temps dure la visite de « Eva Gonzalès » au Petit Palais ?
Le musée ne publie pas de durée de visite officielle. Le parcours réunit près de 100 œuvres – peintures, pastels et gravures – présentées dans l’ordre chronologique. Pour disposer de tout le temps nécessaire, entrez avant 16h45, ou avant 18h45 les vendredis et samedis en nocturne, les salles fermant respectivement à partir de 17h45 et de 19h45. Les collections permanentes, gratuites, se visitent dans la foulée en journée.
Comment se rendre au Petit Palais pour « Eva Gonzalès » ?
Le musée se situe avenue Winston-Churchill, dans le 8e arrondissement. En métro, les lignes 1 et 13 desservent la station Champs-Élysées - Clemenceau et la ligne 9 la station Franklin D. Roosevelt. Le RER C s’arrête à Invalides. Les bus 28, 42, 72, 73, 80, 83 et 93 passent à proximité. Les visiteurs individuels entrent par l’entrée principale ; les groupes et les visiteurs à mobilité réduite passent par le rez-de-chaussée, en bas à droite de l’escalier principal.
Le Petit Palais est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Eva Gonzalès » ?
Oui, le musée est accessible, à l’exception du hall du niveau haut (niveau 1). L’entrée des personnes à mobilité réduite se trouve au rez-de-chaussée, à droite de l’escalier principal. L’accès est gratuit pour les visiteurs en situation de handicap et leur accompagnateur, sur présentation d’un justificatif. Les chiens guides et d’assistance sont autorisés. Fauteuils roulants, sièges pliants et loupes grossissantes sont prêtés sur demande à l’accueil, et des dispositifs tactiles sont proposés dans les salles.
Y a-t-il des nocturnes pour « Eva Gonzalès » au Petit Palais ?
Oui, les vendredis et samedis jusqu’à 20h, uniquement pour les expositions temporaires. La dernière entrée est fixée à 18h45 et les salles ferment à partir de 19h45. Pendant ces nocturnes, l’exposition, le café et le jardin restent accessibles, mais les collections permanentes sont fermées. Le Café 1902 sert jusqu’à 19h40, dernière commande à 19h15.
Peut-on prendre des photos à « Eva Gonzalès » au Petit Palais ?
Oui, les photographies à usage personnel sont autorisées, dans le respect des œuvres et des autres visiteurs. Les séances photo, mises en scène et prises de vue à caractère professionnel ou commercial ne le sont pas : elles relèvent d’une autorisation préalable. Dans les salles, il est strictement interdit de toucher les œuvres.
INFORMATIONS PRATIQUES
Horaires
- Du mardi au dimanche : 10h - 18h
- Nocturnes vendredi et samedi : jusqu’à 20h (expositions temporaires)
- Dernière entrée dans l’exposition : 16h45 (18h45 en nocturne)
- Fermeture des salles à partir de 17h45 (19h45 en nocturne)
- Fermé le lundi et les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet, 11 novembre et 25 décembre
