Giovanni Segantini au Musée Marmottan Monet
Giovanni Segantini (1858–1899)
Je veux voir mes montagnes

Musée Marmottan Monet
L’EXPOSITION
Orphelin à huit ans, passé par un centre de redressement avant de devenir peintre, Giovanni Segantini est mort à quarante et un ans dans les Alpes suisses, là où il peignait. « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » est l’exposition que lui consacre le musée Marmottan Monet du 29 avril au 16 août 2026, première exposition monographique d’envergure que la France consacre à ce peintre de la montagne. Une soixantaine de peintures, pastels et dessins y suivent son ascension, de la plaine lombarde aux hauteurs de l’Engadine.
Exposition « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » | Teaser © Musée Marmottan Monet
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UNE VIE EN ASCENSION : DE LA PLAINE LOMBARDE AUX CIMES
Des origines difficiles à la première grande exposition françaiseNé à Arco, dans le nord de l’Italie, près du lac de Garde, Giovanni Segantini perd sa mère à sept ans et son père peu après. Confié à une demi-sœur à Milan, arrêté pour vagabondage, il passe par un centre de redressement où on lui apprend le métier de cordonnier. Ce n’est qu’à seize ans, de retour à Milan, qu’il se tourne vers la peinture. Apatride, sans papiers d’aucun pays, il ne peut quitter sans danger les terres italiennes et suisses, et fera de la montagne le centre de toute son œuvre. Le parcours s’ouvre sur une série d’autoportraits des années 1890 : dans celui de 1893, un crayon sur papier, une longue barbe se détache d’un fond doré, et l’artiste s’y montre déjà sûr de lui.
Giovanni Segantini, Le Dernier Labeur du jour, 1891. Pastel et fusain sur papier, 35,5 × 56 cm. Musée d’Orsay, Paris. © GrandPalaisRmn (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Plus de cent vingt ans après la première monographie de Segantini, signée William Ritter et parue à Paris dès 1898, c’est la première exposition d’envergure que la France lui consacre.
De son vivant, pourtant, la critique française l’admirait : sa première monographie, signée William Ritter, paraît à Paris dès 1898 dans la Gazette des Beaux-Arts, revue d’art parisienne. Plus de cent vingt ans plus tard, aucune grande exposition française ne lui avait été consacrée. Le parcours est conçu par deux commissaires – celles qui choisissent les œuvres et dessinent le cheminement : Gabriella Belli, spécialiste du divisionnisme italien, et Diana Segantini, arrière-petite-fille du peintre, qui lui a déjà consacré deux rétrospectives. Leurs dix sections suivent ses déplacements, de la Lombardie à l’Engadine suisse, en gagnant peu à peu de l’altitude. La mise en espace, au musée Marmottan Monet, revient à Naori Yamazoe et Sacha Bernard.
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SAVOGNIN : LA LUMIÈRE EN FILAMENTS DE COULEUR
L’adoption du divisionnisme, à 1 207 mètresÀ l’automne 1886, Segantini s’installe à Savognin, un village des Grisons suisses, à 1 207 mètres. Son marchand et mentor Vittore Grubicy l’y rejoint avec une nouveauté qui va tout changer : la décomposition scientifique de la couleur, dont les revues artistiques de l’époque commencent à parler. Segantini adopte alors le divisionnisme – de minuscules filaments de couleurs pures, juxtaposés sur la toile, que le regard recompose à distance – et repeint sur ce principe l’Ave Maria à la traversée (1886–1888), qui deviendra l’un de ses tableaux les plus connus. À partir de là, il ne peindra plus autrement.
Altitude de Savognin (Grisons), où Segantini s’installe à l’automne 1886 et reste huit ans : c’est là qu’il adopte définitivement le divisionnisme
À Savognin, où il reste huit ans, Segantini quitte peu à peu la scène paysanne pour une peinture de l’homme et de la nature. Dans Les deux mères (1889) – une mère serrant son enfant, une vache et son veau dans la pénombre d’une étable – le parcours reconnaît la « Grande Mère », figure d’amour, de fécondité et de protection. L’homme, la femme et les bêtes deviennent les vrais sujets de ses toiles, des scènes que la critique a rapprochées de Jean-François Millet, peintre français de la vie paysanne. Maternités, idylles pastorales et premières allégories symbolistes (un art qui suggère plus qu’il ne décrit) se déclinent aussi en pastels et en dessins, que Segantini tient pour des œuvres à part entière.
Giovanni Segantini, Les deux mères, 1889. Huile sur toile, 162,5 × 301 cm. Galleria d’Arte Moderna, Milan. © Comune di Milano - tutti i diritti riservati - Milano, Galleria d’Arte Moderna
Focus sur l’œuvre
Peinte en 1889 lors des années cruciales que Segantini passe à Savognin (1886–1894), Les deux mères impose son format monumental de 162,5 × 301 cm à l’intérieur d’une étable faiblement éclairée par une rustique lampe à huile suspendue au plafond. Sur la droite, une jeune paysanne assise sur un tabouret de traite tient son enfant endormi sur ses genoux ; elle-même, le visage incliné et les yeux clos, semble s’assoupir. Sur la gauche, une vache mange à la mangeoire, son veau couché à terre dans la paille. Segantini saisit ici l’archétype de la Grande Mère en juxtaposant maternité humaine et maternité animale, l’une des métaphores les plus universelles de sa production. La toile, qualifiée de chef-d’œuvre du divisionnisme par la Galleria d’Arte Moderna de Milan qui la conserve, relève une difficulté technique tenue par le peintre : restituer une lumière artificielle faible et diffuse sans abandonner les détails dans l’ombre, grâce à des filaments de couleurs primaires et complémentaires appliquées directement sur la toile. Présentée à la première Triennale de Brera en 1891, elle marque, selon la critique, le premier pas de Segantini vers une « peinture d’idées » où la scène de genre se métamorphose en symbole universel.
JUSQU’AU SCHAFBERG : L’ŒUVRE TESTAMENT ET SON ÉCHO
Le triptyque inachevé et l’hommage d’Anselm KieferEn 1894, criblé de dettes, Segantini gagne le col de Maloja, à 1 815 mètres, plus haut et plus isolé encore. Sa renommée, elle, ne cesse de grandir : ses œuvres figurent dans les grandes expositions et les collections d’Europe, de Londres à Vienne et jusqu’à San Francisco. À l’été 1899, il met toutes ses forces dans un grand triptyque alpin qu’il veut montrer à l’Exposition universelle de 1900, persuadé qu’il y jouera sa consécration. Aidé de son ami et élève Giovanni Giacometti et de son galeriste Alberto Grubicy, il peint le panneau central, La Nature, en pleine montagne. La dernière section, « 2837 mètres. Le Schafberg », porte le nom de la cime où, le 28 septembre 1899, une péritonite le foudroie : redescendu dans une cabane, il meurt à quarante et un ans. Ses derniers mots, « Je veux voir mes montagnes », donnent son titre à l’exposition.
Le triptyque achevé, trésor inamovible du musée Segantini de Saint-Moritz, n’est pas présenté ici : le parcours en montre les ébauches dessinées en 1898, La Vie, La Nature et La Mort. À la suite de cet ensemble, le musée Marmottan Monet présente un hommage d’Anselm Kiefer : quatre toiles (1988–2025) réunies sous le titre Voglio vedere le mie montagne, les mots mêmes du peintre. Kiefer y soumet ses surfaces à des brûlures et à des oxydations, puis reconnaît dans la matière des formes de montagnes. La commissaire Gabriella Belli consacre la même année une exposition à Kiefer au Palazzo Reale de Milan, proximité qui éclaire le choix de ce contrepoint contemporain. L’exposition se tient d’ailleurs l’année du centenaire de la mort de Claude Monet, autre peintre retiré dans sa nature, à Giverny.
Giovanni Segantini, Pâturages alpins, 1893–1894. Huile sur toile, 169 × 278 cm. N° inv. : 1985/0028. Kunsthaus Zürich, 1985. © Kunsthaus Zürich
POURQUOI VOIR « GIOVANNI SEGANTINI (1858–1899). JE VEUX VOIR MES MONTAGNES » AU MUSÉE MARMOTTAN MONET ?
On vient d’abord pour une histoire : celle d’un peintre que la France connaît mal, mort à quarante et un ans en peignant ses Alpes. Le parcours suit son ascension géographique, de la plaine lombarde au col de Maloja, et montre comment sa manière change à mesure qu’il monte : la couleur se fragmente en filaments, le paysage devient symbole. Vous y verrez une soixantaine de peintures, pastels et dessins, dont les ébauches du grand triptyque resté inachevé à sa mort et quatre toiles d’Anselm Kiefer en hommage.
Giovanni Segantini, Midi dans les Alpes, 1891. Huile sur toile, 78 × 71,5 cm. Segantini Museum, Saint-Moritz, dépôt de la Fondation Otto Fischbacher-Giovanni Segantini, Saint-Gall. © Stephan Schenk, Segantini Museum
Point de vue critique
Le parcours épouse la géographie d’une vie : il suit l’ascension de Segantini, de la plaine lombarde aux cols de l’Engadine, là où une monographie s’en tiendrait d’ordinaire à la chronologie. Le choix resserre tout sur un seul motif, la montagne, et rattache chaque étape à un lieu où le peintre a vécu et travaillé. L’hommage d’Anselm Kiefer, présenté en regard, prolonge ce fil sans l’illustrer.
Le musée Marmottan Monet, qui abrite le plus important ensemble d’œuvres de Claude Monet au monde, offre de prolonger la visite face aux Nymphéas.
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » au Musée Marmottan Monet ?
L’exposition se tient du 29 avril au 16 août 2026 au Musée Marmottan Monet. Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10h - 18h, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 21h. Il est fermé le lundi, le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier.
Où réserver ses billets pour « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » au Musée Marmottan Monet ?
Les billets sont disponibles chez Tiqets (14,50 € en tarif adulte, sans frais additionnels) et chez Fnac Spectacles (16 € en tarif adulte + 0,99 € de frais de service). Tiqets propose un tarif jeune à 10 € pour les 7–25 ans, les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires du RSA, ainsi que la gratuité pour les enfants de moins de 7 ans et les personnes handicapées.
Combien de temps dure la visite de « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » au Musée Marmottan Monet ?
Le parcours présente une soixantaine de peintures, pastels et dessins organisés en dix sections structurées par les altitudes, de la plaine lombarde au Schafberg (2837 m). Prévoir un peu plus d’une heure pour le parcours complet, qui se suit sans bagage particulier en histoire de l’art, auquel s’ajoute la visite des collections permanentes (premier ensemble mondial d’œuvres de Claude Monet et fonds Berthe Morisot) incluse dans le billet.
Comment se rendre au Musée Marmottan Monet pour « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » ?
Le Musée Marmottan Monet est situé au 2 rue Louis-Boilly, 75016 Paris. Accès en métro ligne 9 (stations La Muette ou Ranelagh), RER C (Boulainvilliers), bus 22, 32, 52, 63, 70 et P.C. 1. Un parking Vinci Park Passy est disponible au 78 rue de Passy.
Le Musée Marmottan Monet est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » ?
Oui, la plupart des salles sont accessibles aux personnes à mobilité réduite, dont le rez-de-chaussée, la salle Monet et l’exposition temporaire. Les salles d’exposition permanente du premier étage sont accessibles par un ascenseur en station debout. Des fauteuils roulants sont à disposition à l’accueil et des places GIC – GIG sont aménagées devant le musée. Les poussettes sont autorisées. L’entrée est gratuite pour les personnes handicapées sur présentation d’un certificat.
Y a-t-il des nocturnes pour « Giovanni Segantini (1858–1899). Je veux voir mes montagnes » au Musée Marmottan Monet ?
Oui : le musée propose une nocturne tous les jeudis jusqu’à 21h (dernière entrée à 20h), avec fermeture des salles 15 minutes avant la fermeture du musée. Ce créneau permet de découvrir la soixantaine d’œuvres de Segantini en soirée.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Mardi - dimanche : 10h - 18h (dernière entrée 17h)
- Nocturne le jeudi jusqu’à 21h (dernière entrée 20h)
- Fermeture des salles 15 minutes avant la fermeture du musée
- Fermé le lundi, le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier
