Kurt Schwitters au Musée national Picasso
Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948
Peintures, collages et poèmes : trente ans de Kurt Schwitters

Musée national Picasso-Paris
L’EXPOSITION
Kurt Schwitters a transformé sa maison en œuvre d’art ; ce Merzbau a été détruit en 1943. « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » est la rétrospective que le Musée national Picasso-Paris consacre à cet artiste allemand du 6 octobre 2026 au 7 février 2027, avec plus de trois cents pièces et documents.
Trente années de production, de 1918 à 1948 : la sélection réunit peintures, collages et assemblages, mais aussi les dessins et les livres d’un homme qui a écrit, publié et fait de la publicité.Les fascinants objets trouvés de Kurt Schwitters © Sotheby’s
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MERZ : UN NOM DÉCOUPÉ DANS UNE PUBLICITÉ DE BANQUE
Un mot vide devenu méthode de travailPeintre, sculpteur, poète, musicien, typographe : Schwitters exerce tous ces métiers à la fois. En 1919, il découpe le mot « merz » dans une publicité de la Kommerz und Privatbank et le colle sur un tableau. Ce mot ne veut rien dire. Il servira pourtant à nommer ses collages, ses assemblages, ses poèmes, sa revue, et jusqu’à sa maison. Le principe tient en une phrase : ramasser des rebuts – ficelle, fil de fer, coupures de journaux, objets trouvés – puis coller et assembler.
Kurt Schwitters, Merzbild Einunddreissig, 1920, huile, papier, bois, métal, tissu et ouate sur carton monté sur châssis de bois, 98 × 66 cm, Sprengel Museum Hannover
L’exposition le présente en artiste inclassable. Proche de Dada, mouvement né pendant la Première Guerre mondiale contre les conventions artistiques, il travaille aussi avec Theo van Doesburg et El Lissitzky, deux figures du constructivisme, sans se ranger d’un côté ni de l’autre. Le parcours relie son travail à celui de Picasso, qui assemblait lui aussi des objets ordinaires. Les deux hommes sont nés à six ans d’écart, en 1881 et 1887.
Le parcours relie son travail à celui de Picasso, qui assemblait lui aussi des objets ordinaires.
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LE MERZBAU : UNE ARCHITECTURE BÂTIE À L’INTÉRIEUR DE SA MAISON
De Hanovre à l’exil anglaisÀ Hanovre, au début des années 1920, Schwitters se met à bâtir. Chez lui, il élève une architecture organique, faite de creux et d’angles, qu’il baptise Merzbau, construction Merz ; elle s’étend sur plusieurs pièces de sa maison. En 1933, l’Allemagne nazie le range parmi les artistes qu’elle qualifie de dégénérés. En 1937, ses œuvres sont confisquées dans les musées allemands ; il part pour la Norvège, où son fils Ernst l’a précédé, et laisse Helma, sa femme, à Hanovre. L’invasion allemande de 1940 le pousse vers l’Angleterre, où il est interné un temps dans un camp de l’île de Man : il y peint ses compagnons de détention. En exil, l’inventeur de Merz vit surtout de paysages et de portraits figuratifs, jusqu’à sa mort en 1948.
vues photographiques de 1933 ont servi de base à la reconstruction de la salle principale du Merzbau
Le Merzbau original a disparu avec la maison. Il en reste des images : en 1933, Wilhelm Redemann avait photographié la salle principale. Peter Bissegger s’est appuyé sur ces trois vues pour la reconstruire entre 1981 et 1983, et cette reconstruction est installée au Sprengel Museum de Hanovre, non à Paris. En exil, Schwitters avait recommencé ailleurs : en Norvège, puis en Angleterre avec le Merzbarn, pour lequel le Museum of Modern Art lui avait accordé une bourse. À sa mort, un seul mur en était achevé. Parmi les pièces et documents réunis au Marais figurent en revanche des carnets et des archives.
Ernst Schwitters, Kurt Schwitters beim Vortrag der Ursonate, London, 1944, photographie
Focus sur l’œuvre
La photographie saisit Kurt Schwitters en train de dire l’Ursonate, sa sonate de sons primitifs, devant un public londonien. Elle a été prise par son fils Ernst, photographe installé à Londres, en décembre 1944, lors du vernissage de la seule exposition personnelle que son père ait tenue en Angleterre de son vivant, à la Modern Art Gallery. L’écrivain Herbert Read avait introduit la lecture en expliquant à la salle ce que ce travail devait à la poésie, et en le rapprochant de Finnegans Wake de James Joyce. L’accueil semble avoir été réservé : Schwitters écrivit peu après à une connaissance que les jeux de mots anglais ne sont pas les jeux de mots allemands et qu’il aurait fallu traduire très librement. Aucun enregistrement n’a jamais capté cette partition de trente-cinq minutes en entier, et les tentatives de Schwitters pour en réaliser un ont échoué : de ces lectures londoniennes, il ne reste qu’une série de photographies prises par son fils.
HORS DU TABLEAU : UNE REVUE, DES PUBLICITÉS, UNE SONATE DE SYLLABES
Merz comme métier et comme poésiePelikan, Opel, le fabricant de biscuits Bahlsen : ces entreprises ont compté parmi les clients de Schwitters. Merz a aussi été un métier. En 1924, il ouvre une régie publicitaire du même nom ; l’administration de Hanovre l’emploie comme typographe à partir de 1929. La revue Merz, elle, paraît de 1923 à 1932. L’ambition porte un nom, l’œuvre d’art totale, qui va du collage à l’architecture en passant par le théâtre et la poésie.
Les mots suivent le même chemin. Dès 1919, An Anna Blume assemble des proverbes, des citations et des bouts de chanson. Entre 1922 et 1932, Schwitters met au point l’Ursonate, sonate de sons primitifs : une poésie faite de syllabes inventées, bâtie comme une sonate classique. Il l’interprète lui-même en public. Le commissariat réunit Cécile Godefroy, conservatrice au Museum of Modern Art de New York, et Johan Popelard, chef du département de la conservation et des collections du Musée national Picasso-Paris. Le musée annonce un artiste que la France n’a plus montré depuis plus de trente ans. Le Centre Pompidou l’avait exposé du 24 novembre 1994 au 20 février 1995, dans une rétrospective présentée alors comme la première jamais consacrée en France à cet artiste.
L’exposition a bénéficié du soutien exclusif d’OPmobility.
POURQUOI VOIR « KURT SCHWITTERS » AU MUSÉE NATIONAL PICASSO-PARIS ?
Cette visite montre comment des déchets ramassés dans la rue deviennent des tableaux. Le même geste vaut pour un collage et pour une maison entière. Le parcours est dense et une part des pièces se lit autant qu’elle se regarde ; prévoyez du temps.
Kurt Schwitters, Picture from 8 Sides, 1930–1936, huile et relief de bois sur panneau, 91 × 90 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid
Point de vue critique
Le panneau obéit à des règles géométriques très visibles, sur un format presque carré où un relief de bois se pose sur la peinture à l’huile. La géométrisation gagne le travail de Schwitters à partir de 1922, puis s’accentue en 1930, quand il expose avec le groupe Cercle et Carré à la galerie 23, rue La Boétie. Le format et le titre suggèrent que la pièce peut se regarder par huit côtés, et donc s’accrocher de plusieurs manières.
Le 10 octobre 2026, le musée accueille la performance de Denis Savary Etourneaux, transposition ornithologique de l’Ursonate de Kurt Schwitters, portée par deux chanteurs d’oiseaux, Jean Boucault et Johnny Rasse. D’autres rendez-vous suivent jusqu’en janvier, dont un colloque international à la Sorbonne les 12 et 13 novembre. La collection permanente du Musée national Picasso-Paris, à l’hôtel Salé, est comprise dans le même billet : elle conserve Tête de taureau, la selle et le guidon de vélo que Picasso a assemblés en 1942.
Commissariat
- Cécile Godefroy (conservatrice peinture et sculpture, Museum of Modern Art, New York)Johan Popelard (chef du département de la conservation et des collections du Musée national Picasso-Paris)
✨L’avis de Camille
Rédactrice culture
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QUESTIONS FRÉQUENTES
Quand a lieu « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » au Musée national Picasso-Paris ?
L’exposition se tient du 6 octobre 2026 au 7 février 2027. Le musée ouvre du mardi au dimanche, de 9h30 à 18h, avec un dernier accès à 17h15 et une fermeture des salles à partir de 17h40. Il est fermé le lundi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre, et ferme à 17h les 24 et 31 décembre.
Où réserver ses billets pour « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » au Musée national Picasso-Paris ?
Le billet au Musée national Picasso-Paris se réserve en ligne avec Tiqets, à 16 € en tarif adulte, sans frais additionnels. La réservation d’un créneau horaire donne un accès prioritaire ; ce billet est unique et couvre à la fois les expositions temporaires et la collection permanente.
Combien de temps dure la visite de « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » au Musée national Picasso-Paris ?
Le musée indique 1h30 à 2h en moyenne pour parcourir l’ensemble des collections et des expositions. Le parcours Schwitters comporte de nombreux documents à lire : prévoyez la fourchette haute.
Comment se rendre au Musée national Picasso-Paris pour « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » ?
Le musée se situe 5 rue de Thorigny, 75003 Paris. En métro, ligne 1 arrêt Saint-Paul, ligne 8 arrêts Saint-Sébastien Froissart et Chemin Vert. En bus, ligne 96 arrêt Saint-Claude, ligne 75 arrêt Archives Rambuteau, lignes 67, 69, 72, 76 et 96 arrêt Rue Vieille du Temple – Mairie du 4e. Le musée signale que le stationnement à proximité immédiate est difficile et renvoie vers sept parkings publics, dont le Parking Marais, 7 rue Barbette, à environ 200 m ; l’emplacement PMR le plus proche se trouve 14 rue de Thorigny.
Le Musée national Picasso-Paris est-il accessible aux personnes à mobilité réduite pour « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » ?
Oui, le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite, par ascenseurs et rampes d’accès. Le musée signale toutefois que l’ascenseur desservant le 3ᵉ étage de la collection est indisponible : ce niveau n’est accessible que par les escaliers. Des fauteuils roulants et des sièges-cannes sont disponibles sur demande à l’accueil, et l’entrée est gratuite et prioritaire pour les personnes en situation de handicap et un accompagnant.
Y a-t-il des nocturnes pour « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » au Musée national Picasso-Paris ?
Oui, chaque premier mercredi du mois, le musée reste ouvert jusqu’à 22h. Le dernier accès est fixé à 21h15 et la fermeture des salles commence à 21h40.
Peut-on prendre des photos à « Kurt Schwitters. Le chaos-monde. 1918–1948 » au Musée national Picasso-Paris ?
Oui, sans flash et sans pied, sauf devant les œuvres portant une mention contraire. Le dessin est également autorisé dans les salles, à l’exception de certaines techniques comme l’encre, le pastel, le fusain ou l’aquarelle.
INFORMATIONS PRATIQUES
Lieu
Horaires
- Du mardi au dimanche : 9h30 - 18h
- Dernier accès à 17h15, fermeture des salles à partir de 17h40
- Nocturne jusqu’à 22h chaque premier mercredi du mois (dernier accès à 21h15)
- Fermé le lundi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
- Fermeture à 17h les 24 et 31 décembre
